La légende de Lin

Lin Yifu et sa femme, Chen Yunying.

    En Février 2008, le professeur Lin Yifu de l'Université de Pékin (Beida) a été nommé premier vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale. Il est ainsi devenu le premier ressortissant d'une nation en voie de développement à accéder à une telle position. ‘'Le succès est juste une somme: 99% d'efforts et 1% de chance", affirme-t-il. "Et encore, même ce 1% de chance est engendré par l'acharnement au travail".

Contrôler le succès
    Lin Yifu, alias Lin Zhengyi, qui a vu le jour à Taiwan, a été diplômé de l'université en major de promotion. En 1979, il a traversé à la nage les 2 000 mètres qui séparent Jinmen, Taiwan, de la ville côtière de Xiamen, où il modifia son nom en Lin Yifu. Il déménagea ensuite à Beijing où il fut admis à Beida.
    EN 1980, Theodore William Schultz, lauréat du prix Nobel d'économie, visita l'Université de Pékin. Parlant un excellent anglais, Lin Yifu fut mandaté pour accompagner Schultz en tant qu'interprète. Durant ce bref compagnonnage, Schultz fut impressionné par l'intelligence de ce jeune home au caractère affable. Après son retour aux Etats-Unis, Schultz encouragea l'Université de Chicago à recruter Lin comme son tout dernier doctorant. Après son master en économie politique, obtenu à Beida en 82, Lin devint un étudiant étranger à Chicago, sous la direction du professeur Schultz. Quatre ans plus tard, il avait achevé sa thèse, consacrée aux Réformes agraires chinoises : théorie et faits empiriques, louée par Schultz comme "un classique de la nouvelle économie institutionnelle".
    Lin a jadis affirmé à ses étudiants : "l'ambition d'un soldat est de mourir au front, la mienne est de mourir à mon bureau". Le dévouement et l'ardeur au travail de Lin lui ont permis de réaliser nombre de ses objectifs. De retour en Chine, Lin se fit l'avocat d'une série de théories concernant les économies en voie de développement et en transition, en fonction de sa connaissance des échecs et succès des processus de réforme dans différents pays en transition. La plupart de ses théories économiques, comme celle de "la construction des nouvelles aires rurales", ont été adoptées par le gouvernement chinois pour être intégrées aux politiques nationales. Le Centre chinois de Recherche en sciences économiques, fondé par Lin, est considéré par beaucoup comme un des principaux think tanks du gouvernement central.

Lin Yifu et le lauréat du prix Nobel de l'économie, Clive W.J. Granger.

Une division superficielle
    La Chine continentale a offert à Lin un espace professionnel plus large, sur lequel il a pu déployer pleinement ses talents. Lin a une fois écrit dans une lettre à sa famille : "En fonction de mes connaissances en termes de culture, d'histoire, de politique, d'économie et d'affaires militaires, je suis convaincu que le retour à la mère patrie est un devoir pour Taiwan. C'est également la meilleure alternative. En tant que Taiwanais, je chéris cette île où je suis né et ai grandi, et j'aimerais dédier ma vie à sa prospérité. Simultanément, en tant que citoyen chinois, je pense que Taiwan devrait contribuer plus aux progrès de la nation entière".
    Malgré son étroitesse, le détroit de Taiwan lui interdit de retourner dans sa famille. En mai 2002, le père de Lin mourut à Taiwan. Lin souhaitait retourner sur l'île pour assister aux funérailles. Mais les autorités de Taiwan rejetèrent sa demande. Le 3 juin, sa femme Chen Yunying parvint à retourner sur l'île pour prendre part au deuil au nom de Lin. Ce dernier s'étrangla d'émotion lorsqu'il fut interviewé par un journaliste de la Tv hongkongaise Phoenix TV sur le sujet.
    "Nous devrions nous unir d'une façon plus forte, plus concrète, pour créer une grande nation chinoise", a affirmé Lin au cours d'une conférence donnée en 2006 devant des étudiants du continent comme de Taiwan. Il regrette profondément de n'avoir pu assister aux funérailles de son père, mais affirme qu'il ne regrettera jamais la décision qui a bouleversé sa vie. S'il peut un jour retourner à Taiwan, son vœu le plus cher est d'aller s'incliner sur la tombe de ses parents.

Toujours occupé, Lin prend des déjeuners très simples.

Destins familiaux
    Lorsque Lin quitta Chen Yunying pour rejoindre le continent, sa femme l'attendit anxieusement. Elle n'avait pas de nouvelle de lui, mais était convaincue qu'il était en vie et qu'ils se rejoindraient finalement. Ce n'est que lorsque Lin commença ses études aux Etas-Unis que Chen Yunying put enfin emmener leur fils de 6 ans et leur fille de 4 ans à son mari.
    Au cours de leurs quatre ans aux Etats-Unis, Chen et Lin résidèrent l'un à Washington D.C. et l'autre à Chicago, Chen poursuivant également ses études de doctorat tout en élevant leurs enfants à Washington. En 1987, son diplôme en poche, Chen suivit son mari sur le continent. Elle travaille dans le domaine de l'éducation spécialisée et ses succès lui ont valu le titre de "pionnière chinoise de l'éducation spécialisée". Elle en rit souvent avec son mari : "Ton travail est d'aider les gens à devenir riches, tandis que le mien est d'aider les riches à bien dépenser leur argent !".

2008-04