2002.2

Exclusif

 

Le fleuve Tarim sous perfusion

Texte : Ali



    Le Tarim parcourt 2 179 km et son bassin occupe une surface de 198 000 km². C’est le plus long fleuve endoréique de Chine et le cinquième au monde après la Volga, le Syr-Daria, l’Amou-Daria et l’Oural.
    Le Tarim est essentiellement alimenté par six affluents, les rivières Konqi, Weigan, Kaxgar, Yarkant, Hotan et Aksu, l’Asku et la Hotan assurant aujourd’hui l’essentiel de son alimentation en eau, auxquelles s’ajoutent la Yarkant en période de crue. Le cours principal du Tarim a une longueur de 1 321 km, dont 495 km pour le cours supérieur, 398 km pour le cours moyen et 428 km pour le cours inférieur. Il charrie environ 4,5 milliards de m² d’eau par an.
    La vallée du Tarim est un des premiers foyers de civilisation de l’Ouest de la Chine et même du monde si l’on en croît un universitaire américain. Grâce à des terres fertiles, des ressources abondantes et un climat tempéré, l’agriculture dans la vallée s’est développée très tôt, lui valant le surnom de Terre des fruits, du coton, des danses et des chants.
    La vallée du Tarim est devenue célèbre de part le monde grâce à la route de la Soie qui la suivait. Le fleuve lui-même joue un rôle important dans le développement économique et social de la région autonome des Ouïgours du Xinjiang où il est appelé fleuve maternel, rivière de la vie ou encore rivière du pays natal.
Le lac asséché Lop Nur. Son nom vient de sa forme qui ressemble à une « grande oreille ».
L’eau arrive !
Un village le long du cours inférieur du Tarim.

    Durant les 50 dernières années cependant, le développement irrationnel des rives du cours d’eau, et notamment des projets d’irrigations irréalistes sur les cours supérieur et moyen, ont entraîné une détérioration de l’environnement. Le cours inférieur a été asséché de même que le lac Taitema, point final du fleuve, entraînant une détérioration de la couverture végétale, une sérieuse désertification et la disparition de nombreuses plantes et animaux.
    Le sauvetage du Tarim est devenu une urgence et les autorités aux niveaux régional et national ont décidé d’accordé une attention plus importante à la surveillance de l’ensemble de l’écosystème. En avril 2000, le ministère des Eaux et le gouvernement régional du Xinjiang ont mis sur pied un projet destiné à améliorer l’environnement le long du cours inférieur du Tarim. Depuis, quelque 20 millions de yuans ont été investis dans le pompage en trois étapes de 700 millions de m² d’eau vers les tronçons asséchés du Tarim.

Une petite fille s’amuse dans un canoë sur la rivière. Le bateau avait été fabriqué par son grand-père il y a plusieurs dizaines d’années, mais avait été laissé à l’abandon, le fleuve ayant cessé de couler.

Forêt de populus luxuriants bordant le Tarim, disparue aujourd’hui.

Une grue sur le cours inférieur du Tarim. Depuis l’an 2000, l’eau du lac Bosten a été pompée à trois reprises vers le cours inférieur du Tarim, permettant à la couverture végétale sur les rives du fleuve de renaître.

    Le 6 novembre dernier, une portion du fleuve à sec depuis une trentaine d’années a commencé à couler à nouveau. Le niveau de la nappe phréatique au niveau du cours inférieur a commencé à remonter, les forêts de peupliers ont reverdi et des oiseaux et des animaux qu’on n’avait plus vus depuis longtemps ont fait leur réapparition.
    L’an dernier, le gouvernement chinois a décidé d’investire 10,7 milliards de yuans dans le contrôle de l’ensemble du fleuve Tarim durant les cinq prochaines années. Les travaux consisteront en le dragage du lit principal, le renforcement des berges, le contrôle de l’eau, la construction de réservoirs dans les montagnes, le développement d’une agriculture économe en eau, le reboisement et la mise en jachère de terres agricoles et le réajustement de la structure économique de la vallée du Tarim. Une fois ce projet achevé, la couverture végétale sur les 13 000 km² de la vallée du Tarim devrait avoir été améliorée, l’écosystème sur les berges du fleuve restauré et le lac Taitema recevoir chaque année quelque 350 millions de m² d’eau.
Mort de soif. Un peuplier mort, faute d’eau.