2002.2

Tourisme

 
La vieille ville de Wuzhen :
Au fil du cours de l’eau et de l’histoire

Texte : Lu Aichi
Photos : Xu Jianrong, Li Qunli et Lu Aichi



    De chaque côté des rues dallées, des maisons de thé, des restaurants, des monts-de-piété, des tisserands et des ateliers de teinture, abrités dans de vieilles maisons de bois brunes. Les rivières et les canaux s’entremêlent avec les ponts de pierre à travers la ville. Plus loin, le grand canal qui relie depuis des siècles Beijing à Hangzhou, impassible. Partout, des maisons au bord de l’eau et des galeries : Bienvenue dans la vieille ville de Wuzhen !
    Wuzhen, située sur la commune de Tongxiang, dans la province du Zhejiang, a plus de mille ans d’histoire. Entre les anciennes résidences, les boutiques et les ateliers bordant toujours les rives des canaux, c’est 81,54 % de la ville, soit 169 600 m², qui sont demeuré intacts, donnant à l’ensemble un charme et une saveur historique toute particulière.
    Les lieux intéressants d’un point de vue historique ou culturel ne manquent donc pas à Wuzhen. De la dynastie des Song (960 - 1279) à celle des Qing (1644 - 1911), les enfants de cette ville ont connu plus de réussite aux examens impériaux les plus élevés que ceux de n’importe quelle autre ville du cours inférieur du fleuve Changjiang (Yangtze). Témoin de ce goût pour l’apprentissage, l’Académie Lizhi (aspiration) d’étude des classiques fondée sous les Qing et qui est demeurée intacte jusqu’à aujourd’hui.

La parade des lampions, ancienne coutume d’origine religieuse.
Tissage.

    Mais déjà, sous les dynasties du Nord et du Sud (420 - 580), le prince héritier Liang Zhaoming, auteur de la fameuse Compilation littéraire de Zhaoming, œuvre majeure dans l’histoire de la littérature chinoise, vint étudier à Wuzhen. En son honneur, la ville construisit un arc de triomphe en pierre toujours visible aujourd’hui.
    Parmi les autres sites culturels et historiques, on doit également citer le pavillon Wenchang, le temple taoïste Xiuzhen, l’ancienne scène, la résidence des membres de l’académie impériale et la maison de Mao Dun, un des plus grands noms de la littérature chinoise contemporaine.
    Mais Wuzhen n’est pas seulement une ville-musée. Les traditions y sont toujours bien vivantes. En plus des opéras des fleurs-tambours, des spectacles d’ombres chinoises ou des foires dans les temples, son art ancien de la fabrication des batiks, tissus teints en bleu indigo, attire de nombreux visiteurs.     Autrefois, les batiks étaient utilisés comme rideaux, foulards, nappe dans chaque foyer à la campagne dans la province du Zhejiang. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir encore des femmes âgées en robes indigo tranquillement en train de tisser ou de coudre dans des ateliers le long des anciennes ruelles, remplies du bruit des métiers à tisser. Perpétuer cette ancienne tradition est devenue une part importante de la vie de ces femmes.
    L’ingrédient de base pour la teinture est l’eupatoire, une herbe qui a la particularité de devenir indigo quand on la fait fermenter et après précipitation. Pour que ce soit plus pratique, les ateliers des tisserands et ceux de teinture sont généralement situés dans la même rue, à quelques portes l’un de l’autre. Dans l’atelier de teinture, le tissu est mis à tremper puis séché encore et encore, afin de produire des fleurs blanches sur un fond bleu.

La maison construite au bord de l’eau permet d’acheter par la fenêtre des produits à bord des bateaux.

Montreur d’ombres chinoises.
Heurtoirs de porte.
Wuzhen sous la pluie.

Scène de spectacle.

    Ce sont les jours de pluie qu’il faut visiter Wuzhen. Se promener sous un parapluie le long des ruelles bordées de maisons centenaires, voir la pluie couler des linteaux sculptés qui dominent les portes, regarder les bateaux glisser à la surfaces des canaux que les gouttes de pluie troublent, se perdre au milieu des pavillons au bord de l’eau, des ponts en arche et des corridors enveloppés d’un voile de brume est une expérience inoubliable…
    Les habitants de Wuzhen mènent une vie simple et agréable.     Beaucoup élèvent des vers à soie et cultivent des chrysanthèmes. La tradition d’acheter des fruits et légumes depuis des bateaux, par la fenêtre de la maison qui donne sur la rivière a été maintenue. La vie ici se fait en étroite harmonie avec la nature et bénéficie d’un environnement de plus en plus agréable grâce au progrès social. En mai 1999, les autorités locales ont investi 200 millions de yuans pour sauvegarder et améliorer l’environnement de la ville. Le projet doit être mené à son terme dans les cinq ans à compter de cette date et la première phase, représentant un investissement de quelque 80 millions de yuans a été achevée à la fin de l’an dernier.
    Tout en s’attachant à conserver l’aspect original de la ville, les efforts ont porté sur le traitement des eaux, la rénovation des toilettes publiques, l’éclairage public et la gestion des questions sanitaires et concernant l’aspect de la ville. Ces efforts ont déjà permis à Wuzhen d’être inscrite par l’UNESCO sur la liste complémentaire du patrimoine mondial.
Un des canaux traversant la ville de Wuzhen.
Parade de lampions sur une rivière à l’occasion d’une fête.