2002.02

Sport

 
Les Jeux d’hiver de Nadam

Texte et photos : Ding Weiguo



Compétition à cheval. Les cavaliers doivent attraper des chevaux au lasso.

Lutte.

    La steppe mongole en hiver. Un royaume blanc. Tout, les herbes, les rivières, les collines, les yourtes, même les moustaches, les sourcils et l’haleine des gens, est blanc. C’est aussi l’époque du Nadam, une compétition sportive mongole traditionnelle qui a lieu deux fois par an, en été et en hiver.
    L’an dernier, le Nadam d’hiver a été organisé sur les vastes prairies de la bannière (circonscription administrative de région autonome de Mongolie intérieure) d’Ewenki. Plus précisément, l’événement eu lieu sur le plateau d’Aobao, appelé ainsi à cause de l’énorme monceau de pierres (aobao) situé au sommet. Ces aobao servaient à l’origine de bornes aux Mongols avant de devenir des lieux de cultes des dieux et des ancêtres. C’est aussi en raison de son aobao que ce site fut choisi pour accueillir les jeux et décoré de drapeaux, de branches d’arbres et de banderoles colorées.
    Au petit matin, des hordes de cavaliers arrivèrent au grand galop de toutes les directions, soulevant des nuages de poussière blanche. Arrivés devant l’aobao, au sommet du plateau, ils s’arrêtèrent et plus d’une centaine d’éleveurs des minorités ethniques mongole, ewenki et dahour mirent pied à terre, leurs sourcils, leur barbe et la fourrure de leur toque blanchis par le givre.
    Les éleveurs avaient apporté du bœuf, du mouton, du vin et des pâtisseries qu’ils déposèrent sur l’autel sacrificiel devant l’aobao. Très rapidement, la foule grossit à mesure que les gens arrivaient en voiture, camion, autobus ou encore en traîneaux tirés par des chevaux ou des chameaux. Au son des tambours, ils rendirent hommage aux dieux en offrant leurs sacrifices et en dansant autour de l’aobao.

Course de traîneaux, tirés par des chameaux

Course de chameaux.

Famille d’éleveurs de l’ethnie Ewenki.

    Les jeux purent alors commencer. Les éleveurs entrèrent dans l’arène à moto, suivis par les habitants des différents villages, à cheval ou à dos de chameau. Ensuite arrivèrent des représentants, hommes et femmes, des différents groupes ethniques, superbement vêtus en costumes traditionnels qui saluèrent la foule.
    Mais la scène la plus impressionnante fut sans doute lorsque entrèrent les lutteurs, plusieurs dizaines d’hommes revêtus de leurs tenues de combat, sans manteau, alors que la température frisait les - 20°C, symbole de la force de caractère des habitants des steppes.
    Une dizaine de cavaliers entamèrent la compétition en lançant leurs montures sur un groupe de plusieurs centaines de chevaux. Ensuite les lutteurs commencèrent à s’affronter dans l’arène.
    Un peu plus loin, une autre compétition avait lieu : le « concours de goupillage », un sport traditionnel de l’ethnie Ewenki. D’un côté d’un terrain rectangulaire se trouvaient deux roues en bois. L’arbitre retira les goupilles qui fixaient les roues à leur axe et les jeta au loin. Les deux équipes devaient alors retrouver les goupilles, celle ayant fixé à nouveau l’axe sur la roue la première étant déclarée vainqueur.
    La course de traîneaux tirés par des chameaux, à défaut d'être intense était assez intéressante : si quelques chameaux, bien entraînés, partirent dès le signal du départ pour rejoindre la ligne d’arrivée à grandes enjambées, certains autres tournèrent la tête et marchèrent droit vers la foule ! D’autres encore étaient trop timides pour quitter la ligne de départ… Leur conducteur avait beau les presser, les menacer de toutes les manières possibles, rien n’y faisait. La sueur qui perlait sur leur front gelait aussitôt, pour la plus grande joie des spectateurs !

Course de chevaux, le sport le plus populaire en Mongolie intérieure.

.

« Concours de goupillage ». Il s’agit de remettre en place le plus rapidement possible la roue sur son axe.

    Dans un style très différent, la danse avec les loups est un événement particulier au Nadam d’hiver. Le peuple ewenki considère en effet que le loup est le plus intelligent et le plus robuste des animaux. C’est pourquoi ils ne le chassent pas et lorsqu’ils en trouvent un mort, ils l’enterrent. Un jeune Ewenki pénétra dans l’arène accompagné de deux loups qu’il avait dressés. Il descendit du traîneau pour embrasser et danser avec les deux animaux, bouleversant le public avec ce spectacle d’harmonie et d’intimité entre l’Homme et la nature.
    La course de chevaux, enfin, le sport le plus populaire en Mongolie intérieure, fut la dernière compétition du Nadam. Lorsque le premier cavalier franchit la ligne d’arrivée, le Nadam fut terminé.
    Et déjà la nuit tombait. La foule se dispersa petit à petit. Le calme et la tranquillité reprirent leurs droits sur les immensités de la steppe mongole.