2002.03

Exclusif

 

Dali, la beauté avec le nombre des années

Texte : Wang Zirong



Les trois pagodes du temple Chongsheng au bord du lac Erhai.

    Située dans le sud-ouest de la province du Yunnan, baignée à l’est par le lac Erhai et adossée à l’ouest aux monts Cangshan, la jolie ville de Dali est également, selon les sociologues, une « ville ancienne au carrefour des cultures asiatiques ». Dès le IIe siècle, sous la dynastie des Han, une circonscription administrative de district y fut instaurée et Dali étant alors un relais important sur la Route de la Soie du Sud, jouant un rôle de pont pour les échanges économiques, commerciaux et culturels entre la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est. Grâce à l’apparition des royaumes de Nanzhao et de Dali, Dali connut une période de prospérité durant 700 ans, du VIIe au XIIIe siècles.
    Différente des villes anciennes du sud du Changjiang (Yangtsé) qui évoquent la douceur d’une jeune fille et de celles des plaines centrales qui font penser à un homme d’une volonté de fer et d’une droiture inflexible, la ville de Dali se distingue par la combinaison de la douceur et la rigidité. Au retour du printemps, les neiges sur les monts Cangshan commençant à fondre, les eaux claires ruissellent sur les rues pavées et les fleurs s’épanouissent, donnant à Dali la beauté des villes du sud du Changjiang. En hiver, les neiges couvrent la terre et les herbes flétries s’agitent au vent dans les fissures de murailles, spectacle typique des plaines centrales.
    Cependant, la plus grande attraction de cette ville ancienne ne réside dans ses paysages mais dans son histoire, ses traditions, les mœurs de ses habitants et son architecture que, chaque année, de nombreux visiteurs viennent découvrir.
    La première impression des visiteurs sur Dali est qu’ils trouvent des fleurs partout. Dans la cour de chaque foyer, on cultive des plantes ornementales et des vieilles gens vendent des fleurs aux passants dans les rues. Il s’agit en fait d’un mode de vie, car ils prêtent moins d’attention à leurs affaires qu’à décorer leur ville. Des touristes étrangers qui voulaient faire le tour du monde ont changé d’avis après avoir visité Dali : ils ont décidé de rester dans cette ville pour suivre l’exemple des habitants locaux : cultiver des fleurs, lire, collectionner des marbres...
Régates sur le lac Erhai.
Résidence traditionnelle de l’ethnie Bai.

    Les trois pagodes de Dali
A Dali, il y a nombre de pagodes dont les plus connues sont les trois pagodes du temple Chongsheng, la pagode du temple Hongsheng, le dagoba blanc de Yanghe et la pagode Lingbao.
    Les trois pagodes du temple Chongsheng sont disposées en triangle au nord de la ville au pied des monts Cangshan. La construction de ces pagodes a débuté sous la dynastie des Tang (618-907) et prit fin sous les Song (960-1279). La pagode principale mesure 69,13 m de haut, contre 43 mètres pour les deux autres. Toutes les trois ont la même forme élégante et elles sont déjà devenues l’emblème de la ville de Dali.

Voiliers sur le lac Erhai.
L’île du Sceau dans le lac Erhai. Son nom est dû à sa forme.
    Les trois thés
    Dali est peuplée essentiellement de Bai, une minorité ethnique chinoise. Ils ont l’habitude de causer par groupe de sept ou huit autour d’un réchaud à charbon de bois en dégustant successivement trois sortes de thé. De jeunes filles portant une chemise blanche et un tablier brodé les servent.
    Ces demoiselles mettent tout d’abord du thé dans une jarre chauffée sur un feu doux et versent ensuite de l’eau chaude. Ce premier thé à un goût amer qui lui donne son nom. Le deuxième thé additionné de sucre, de lait et de sésames est parfumé et sucré, ce qui lui vaut le nom de thé parfumé et sucré. Mêlé de miel et de grains de xanthoxile, le troisième thé est d’une saveur amère, sucrée et piquante et connu sous le nom de thé de remâchement.
Quartier d’habitation.
Trompettistes lors du Festival de la « Rue de mars ».
    Les maisons d’habitation
    Les Bai de Dali habitent habituellement une résidence individuelle similaire à celles de Beijing avec une cour intérieure carrée. Une résidence Bai comprend souvent une maison principale, des bâtiments latéraux, une clôture, une porte d’entrée et un mur-écran. Le nombre des bâtiments et la disposition de l’ensemble varient selon le cas. Aujourd’hui, les Bai construisent le plus souvent une maison à étage pour remplacer l’ancien habitat.
    Les Bai prêtent une grande attention à la décoration de la porte d’entrée, du mur-écran, des portes, des fenêtres et des façades des maisons, soit avec des sculptures, soit des peintures. La porte d’entrée est surmontée d’une toiture aux corniches richement peintes ou décorées de sculptures ou de gravures. Les matériaux utilisés sont aussi très variés : brique, pierre, bois, marbre, etc.
    Les portes et les fenêtres des maisons sont normalement faites en bois. Recourant aux techniques de ciselure, d’ajour et de sculpture en bas-relief, on les orne de grues blanches, de pins verts, de paons ou de magnolias symbolisant la paix et le bonheur.
    Les murs-écrans sont partout chez les Bai : dans la cour, à l’extérieur de la porte d’entrée et à l’entrée du village. Faits de briques, de tuiles et de pierres, ils portent souvent une inscription de bon augure, comme « Que dieu nous bénisse ! » par exemple. Devant le mur-écran, un grand parterre de fleurs exhale un parfum agréable en toute saison.
Dote d’une jeune fille Bai.
Raccommodage d’un filet. Beaucoup de Bai de Dali vivent de la pêche dans le lac Erhai.

    Le Festival de la « Rue de mars »
    Pour les Bai, le meilleur moment de l’année est le mois de mars. A ce moment-là, les monts Cangshan coiffés de neiges blanches sur les sommets et aux versants verdoyants, le lac Erhai aux eaux émeraude et les camélias en fleurs composent un tableau magnifique. Les Bai aiment le troisième mois pour une autre raison encore plus importante, le Festival annuel de la « Rue de mars », célébré du 15e au 20e jour du 3e mois lunaire au pied des monts Cangshan..
    La Rue de mars est en fait une foire d’échanges de marchandises de grande envergure. Elle offre également une grande scène pour la représentation d’arts folkloriques comme le chant, la danse, l’opéra, les courses de chevaux, les régates et d’autres programmes.
Le Festival de la « Rue de mars » est enfin un moment privilégié pour les jeunes gens pour rencontrer l’âme sœur. Au bord de la source des Papillons, les jeunes hommes et les jeunes filles chantent sous forme de questions-réponses. Pour beaucoup d’entre eux, ce petit jeu marque le début d’une vie commune.