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Exclusif
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Beijing,
où es-tu ?
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Texte
: Wang Lei
Photos : Jin Ruixiang
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Une
rue orientée Nord-Sud dans un vieux quartier de Beijing.
De part et d’autres sont réparties les hutongs (ruelles)
et les maisons à cour carrée.
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Pour
autant que je me souvienne, le Beijing de mon enfance était
celui d’une vie insouciante dans les hutongs de l’époque Qing.
A cette époque, il me semblait que l’immeuble de la radio
sur l’avenue Chang’An était le plus haut qui soit et, du quatrième
étage, on pouvait embrasser du regard toute la ville. On enviait
alors les familles habitant dans des tours et on espérait
que nous aussi, nous pourrions y avoir un appartement.
Aujourd’hui, j’habite au 24e étage
d’une tour au centre ville. Tous les matins, par la fenêtre,
je ne vois qu’un défilé interminable de voitures, je n’entends
que les bruits de la circulation et les cris des gens, concert
de tous les sons possibles et imaginables… Désormais, de plus
en plus de gens rêvent d’avoir leur maison avec un jardin,
quelque part en banlieue.
Beijing s’est développée, Beijing a changé.
Mais dans le même temps, en voyant
partout ces buildings sortir de terre, on ne peut s’empêcher
de s’écrier : Beijing, où es-tu ?
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Un centre commercial, le long du troisième périphérique.
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La
Cité interdite et au fond le centre de Beijing, vus
depuis le sommet de la colline du Charbon.
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Les
changements qui affectent Beijing sont véritablement extraordinaires.
Ce n’est pas seulement l’avis de quelques étrangers de passage
de temps à autre dans la ville mais aussi des vieux Pékinois
qui n’ont jamais quitté la capitale. A mesure que l’allure
de la ville de Beijing évolue, de nombreuses rues anciennes
faisant partie de notre univers ont soudain disparues, tandis
qu’à la place ce ne sont que de grands immeubles comme surgis
de terre. Pourtant, après un moment d’émerveillement et d’excitation,
le cœur des Pékinois continue à battre pour le quartier de
Dashilan ou la rue Liulichang (célèbre pour ses antiquaires),
la Cité interdite et les quartiers au pied des remparts… bref,
pour tout ce qui incarne et qui respire le vieux Beijing.
A
quoi ressemble le Beijing d’aujourd’hui ? Chacun peut le voir
par soi-même : de larges avenues bondées, des bâtiments étincelants
semblant vouloir dépasser le ciel, un flux incessant de passants
pressés : un spectacle étonnant. En escaladant la colline
du Charbon, on découvre une forêt de buildings et, face à
ce spectacle, on éprouve à la fois une sorte d’exaltation
devant le développement fulgurant de la ville mais également
des regrets devant les blessures infligées à la vieille cité,
plaçant la protection des monuments historiques au cœur de
la problématique du développement urbain.
Le
vieux Beijing a été organisé et construit autour de la Cité
interdite. Les bâtiments impériaux aux murs pourpres et aux
toits de tuiles vernissées jaunes sont au cœur de la ville,
entourés par des temples, les résidences des mandarins et
les maisons des gens ordinaires. La combinaison des bâtiments
principaux et secondaires, de couleurs et de tailles différentes
forment un ensemble harmonieux et magnifique et était considéré
comme faisant parti en tant que tel du patrimoine architectural.
Ces
dernières années, la municipalité de Beijing a lancé et financé
une politique de protection des bâtiments anciens, notamment
ceux situés dans les vieux quartiers de la ville à l’intérieur
du périmètre du deuxième périphérique. Le plan d’ensemble
imaginé par la municipalité divise la ville en 25 zones historiques
et culturelles protégées, elles-mêmes classées en différentes
catégories : zones commerciales traditionnelles, de hutong
et résidentielles traditionnelles, modernes, cité impériale,
temples et monuments.
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La
gare de l’Ouest de Beijing, la plus grande gare de la capitale,
qui mêle architectures chinoise et occidentale.
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La
porte de la Paix Céleste (Tian’anmen), entrée de la Cité interdite.
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Les
questions touchant à la protection et au développement de cette
ancienne capitale qu’est Beijing sont en fait largement débattues
tant au sein du grand public que parmi les spécialistes. Ainsi,
Liu Taige, urbaniste de renommée mondiale a souligné que les
responsables de l’urbanisme de Beijing devaient prendre conscience
de leur responsabilité face à la nation chinoise tout entière.
Toujours
selon lui, Beijing devrait limiter les constructions dans les
vieux quartiers pour réduire la concentration excessive en bâtiments
administratifs qu’on y trouve. Elle devrait parallèlement accélérer
le développement de nouveaux quartiers au-delà du deuxième périphérique
en y installant des infrastructures modernes dont un quartier
d’affaires. Les anciens quartiers de Beijing remontent aux dynasties
des Ming (1368 - 1644) et des Qing (1644 - 1911) et devraient
conserver leurs caractéristiques et notamment les maisons à
cour carrée, cristallisation de l’intelligence des anciens Chinois.
Aujourd’hui pourtant, de nombreuses maisons à cour carrée ont
été endommagées ou détruites et leur protection devrait être
une priorité.
Les
experts soulignent également que les vieux quartiers de Beijing
représentent le dernier exemple d’urbanisme classique en Chine
et qu’à ce titre, leur valeur est inestimable. La présence de
la Cité interdite, qui figure désormais sur la liste du patrimoine
mondial de l’UNESCO, des Trois Mers (la série de lacs qui traverse
Beijing : Zhonghai, Nanhai et Beihai), de la colline du Charbon,
de l’Autel de la Terre et des Récoltes, du temple des ancêtres,
des archives impériales, des anciens bâtiments administratifs
et du dédale formé par les hutongs en font un endroit unique.
Les
usines et les bâtiments administratifs situés dans les vieux
quartiers devraient déménager, la densité de population devrait
également diminuer ainsi que le volume de circulation automobile.
La construction de grands centres commerciaux ou de loisir ou
d’immeubles de bureau ou d’hôtels en hauteur ne devrait pas
non plus être autorisée dans les vieux quartiers. Les maisons
à cour carrée devraient retrouver leur aspect d’origine en même
temps que les conditions de vie à l’intérieur seraient améliorées.
Beijing
est belle. Elle est ancienne et c’est la capitale de la Chine
depuis des siècles. Il lui appartient de conserver son charme
unique et de ne surtout pas se transformer sur le modèle d’autres
métropoles comme Hongkong ou Shanghai. |
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Une
ancienne artère commerciale, mêlant architectures traditionnelle
chinoise et occidentale.
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Une
tour de guet de la Cité interdite.
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