2002.05

Exclusif

 

Agriculture chinoise : Développements en germe après l’entrée de la Chine à l’OMC

Texte : Tan Xingyu et A Lei
Photos : Xu Xun et Chen Ying



    La Chine est depuis toujours un grand pays agricole et sa population rurale atteint 800 millions de personnes. L’agriculture occupe donc une place importante dans l’économie nationale chinoise et les questions concernant le monde paysan sont de la plus haute importance pour le bien-être du pays tout entier.
    Depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, et plus particulièrement au cours de ces 20 dernières années, l’agriculture chinoise a connu un rapide développement. Non seulement la Chine réussit désormais à nourrir 25 % de la population mondiale avec seulement 7 % des terres arables de la planète, mais les réserves en céréales ont même pu augmenter de manière régulière. Cependant, dans certaines régions, le secteur primaire souffre encore d’un manque de compétitivité du fait de productions en petite quantité, de mauvaise qualité et d’un prix de revient élevé. Dans ces régions, le revenu agricole a progressé moins rapidement que la moyenne nationale.
    L’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est synonyme à la fois d’opportunités et de défis. Savoir comment l’agriculture chinoise pourra s’adapter à ce nouvel environnement est une question qui concerne autant les autorités que le grand public.
    Lors de la 5e session de la IXe Assemblée populaire nationale (APN) et de la 5e session du IXe Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) en mars dernier, les représentants des différentes provinces et régions ont longuement discuté de ces questions.
    Durant cette session également, LA CHINE a pu rencontrer Du Qinglin, ministre chinois de l’Agriculture.

 

 

La mécanisation agricole en Chine.
Tomates bios cultivées dans la province du Guangdong.
Transformation de produits agricoles destinés à l’exportation.

    La Chine : Quels sont les défis auxquels doit faire face la Chine, après son entrée à l’OMC ? Du Qinglin : L’entrée de la Chine à l’OMC va, bien évidemment, avoir un impact sur l’agriculture chinoise et ceux qui en souffriront le plus sont les agriculteurs dont les prix de revient approchent ou dépassent les cours mondiaux. Les engagements pris par la Chine pour pouvoir entrer à l’OMC vont entraîner une rapide augmentation des importations de produits agricoles et à un excédent sur le marché domestique et affectera de cette manière le revenu des fermiers et des employés agricoles.
    Mais par ailleurs, l’entrée de la Chine à l’OMC offre une chance de développement à l’agriculture chinoise . Elle favorisera l’ajustement de la structure de la production agricole, l’entrée de capitaux étrangers, de techniques et d’expériences de gestion, la compétitivité des produits agricoles.     L’adhésion de la Chine à l’OMC oblige aussi la Chine à mettre sa politique agricole en phase avec les règles de l’OMC et à augmenter les investissements dans ce secteur.
    Cela dit, face à l’impact qu’aura l’entrée de la Chine à l’OMC sur la production agricole chinoise et le revenu des agriculteurs, nous chercherons à exploiter au maximum nos avantages et à minimiser nos faiblesses, afin de réduire, dans la mesure du possible, les effets négatifs.

    La Chine : Dans son Rapport sur les activités du gouvernemet, le premier ministre Zhu Rongji explique : « En dernière analyse, pour augmenter les revenus des paysans, il faut accélérer la restructuration de l’agriculture et de l’économie rurale, développer vigoureusement la gestion industrielle de l’agriculture, pousser activement le passage de l’agriculture traditionnelle à un agriculture moderne. » Quels sont les principaux domaines sur lesquels l’effort doit porter pour restructurer l’agriculture chinoise au cours des prochaines années ?
    Du Qinglin : Il y a quatre tâches prioritaires : 1. Ajuster et optimiser la répartition de la production agricole en fonction des spécificités régionales ; 2. Accélérer la culture de produits agricoles de qualité, spécialisés et bio et l’amélioration de la qualité des produits ; 3. Développer le secteur de la transformation des produits agricoles et augmenter la valeur ajoutée des produits agricoles ; 4 . Restructurer l’emploi rural et accélérer le transfert de main-d’œuvre vers d’autres secteurs.

    La Chine : Le développement de l’agriculture est étroitement lié à celui des sciences et des technologies. Quelles sont les mesures que le gouvernement chinois va prendre dans ces domaines ?
    Du Qinglin : Ces dernières années, le gouvernement chinois a attaché beaucoup d’importance au développement scientifique et technique de l’agriculture. Sur le plan de la recherche scientifique, des organismes de recherche vont être réorganisés. Cette année, les services des sciences et techniques appliquées seront transformé en entreprises de technologies agricoles. Le système de vulgarisation de la technique agricole sera aussi réformé.

Tournesol géant. La sciences a permis d’augmenter la valeur ajoutée des produits agricoles et donc les revenus des agriculteurs.
Du Qinglin, ministre de l’Agriculture.

    La Chine : Comment augmenter les revenus des paysans est au centre d’un vaste débat. Quelles mesures que le gouvernement chinois va prendre pour stimuler l’augmentation des revenus du monde agricole ?
    Du Qinglin : En 2001, les revenus nets par personne des paysans ont augmenté de 4,2% par rapport à l’année passée. Pour cette année cependant, l’augmentation devrait être moins forte. Notre idée directrice face à ce problème est qu’il faut augmenter davantage les investissements pour accélérer l’édification d’infrastructures rurales, élargir la superficie des cultures sylvicoles, réduire celle des champs labourés et réformer le système des impôts et taxes ruraux afin d’alléger le fardeau qui pèse sur les paysans.

    La Chine : Avec l’élévation du niveau de la production agricole et la restructuration de l’agriculture, une main-d’œuvre excédentaire est apparue en grand nombre dans les campagnes. Comment le gouvernement chinois répond-il à ce problème ?
    Du Qinglin : Face à ce problème, je pense que l’accélération du transfert de la main-d’œuvre rurale excédentaire vers d’autres secteurs est la seule voie possible si l’on veut permettre le développement d’une agriculture moderne. Pour accélérer ce processus, le gouvernement chinois a pris les mesures suivantes : 1. Encourager à l’édification de petits bourgs ruraux, 2. Développer les entreprises rurales qui jouent un rôle important dans le recrutement de la main-d’œuvre rurale. 3. Développer l’industrie de transformation des produits agricoles et les métiers de service rural. 4. Orienter correctement le transfert de la main-d’œuvre rurale vers les zone urbaines.

    Le gouvernement chinois a donc pleinement pris conscience des difficultés auxquelles l’agriculture chinoise fait face après l’adhésion de la Chine à l’OMC et cherche, par une série de mesures appropriées, à surmonter ces difficultés. Le Rapport sur les activités du gouvernement du premier ministre Zhu Rongji affirme : « Il faut faire du renforcement de l’agriculture et de l’augmentation des revenus des paysans une tâche prioritaire dans le travail économique’’. Nous sommes convaincus que, grâce aux efforts communs du gouvernement chinois et de son peuple, l’agriculture chinoise pourra récolter les fruits de ces réformes.