2002.05

Peuple Chinois

 
Le colporteur de la capitale

Texte : Liu Yang
Photos : An Youzhong



Zang Hong, sans doute le plus célèbre des colporteurs de Beijing.
Saveurs du vieux Beijing : Zang Hong sortant d’une maison traditionnelle.
    Un metteur en scène chinois a raconté un jour que, si son absence ne pourrait sans doute pas interrompre le tournage d’un film ou d’un téléfilm, ses apostrophes apportait une saveur toute pékinoise aux films dans lesquels il apparaissait, comme « Les Anecdotes du sud de la ville », « Le Tireur de pousse-pousse », « Quatre génération sous un même toit » ou encore « Le dernier empereur ». Ces apostrophes sont celles du célèbre « prince des colporteurs » de Beijing, Zang Hong

Zang Hong, maître de cérémonie d’un mariage traditionnel chinois.
Zang Hong (à gauche), lors d’un spectacle de danse du Lion.

    Monsieur Zang, aujourd’hui âgée de 70 ans est mandchou. Enfant, il accompagnait son père qui fabriquait des stands pour les commerçants sur les foires ou dans les riches familles lors des grands évènements familiaux, mariages ou funérailles. Mais rapidement, la demande en ce type d’abris provisoires s’est tarie et M. Zang a dû lui aussi se mettre à faire du commerce. Il a d’abord vendu des journaux, puis du lait et du fromage de soja, des fruits et des légumes des quatre saisons et j’en passe, bref, tout ce qui pouvait rapporter un peu d’argent. M. Zang était encore très jeune mais il avait déjà touché à tout. Après la Libération, on a profité de son talent pour construire des abris pour l’affecter à une équipe chargée de construire des échafaudages dans la compagnie de chemin de fer. Mais très vite, on a repéré son don pour les imitations, le chant ou plus généralement pour faire le pitre et il est devenu un humoriste professionnel au sein de la Troupe d’artistes des Chemins de fer chinois.

Sur la rue commerçante de Wangfujing à Beijing.

 

 

    C’est en interprétant le dialogue humoristique « Vente de vieux tissus » que M. Zang s’est pris de passion pour le monde des colporteurs. Sa connaissance de ce type d’activités est petit à petit devenue célèbre et il a commencé à jouer dans des films, téléfilms ou pièces de théâtre. Il distingue plusieurs type de mélodies dans les chants de colporteurs suivant les quartiers de la capitale. Par exemple, les appels des vendeurs de brochettes de fruits confis dans le Sud de Beijing étaient directs et peu élégants, tandis que dans les quartiers Ouest, ils étaient gracieux, profonds et longs, afin de pénétrer jusqu’au plus profond des résidences dans lesquelles vivaient les riches familles qui habitaient là. Sur le marché de Dong’an, le cri était à la fois fort, mielleux et clair pour attirer les jeunes passants.
    Lorsqu’il joue, M. Zang porte une calotte et une jaquette de coton bleu boutonnée sur le côté droit. Il couvre les revers de son pantalon de bandes molletières blanches d’un mètre de long et d’une vingtaine de centimètres de large. Selon Zang Hong, porter une longue toge avec une ceinture à la taille et des bandes molletières aux revers du pantalon était une manière pour les colporteurs d’autrefois de faire preuve de respect vis à vis de leurs clients. En marchant, ils relevaient les pans de leurs toge et les coinçaient dans la ceinture.
    Depuis, bien-sûr, Beijing a changé. Mais au détour d’une rue ou d’une ruelle de la vieille capitale, on peut toujours entendre le chant des colporteurs. Rude, mélodieux et profond.