2002.05

Peuple Chinois

 
A la recherche des trésors chinois dispersés dans le monde

Texte : Wang Hongjiang



Vase en porcelaine émaillée fabriqué sous les Qing, conservé au Musée des arts asiatiques Guimet (France).
Vase de l’Escadron fabriqué sous le règne Kangxi des Qing. En 1717, le roi de Suisse échangea 600 cavaliers contre 18 vases en porcelaine auprès de Frederick William, roi de la Prusse, d’où leur nom (Musée de Zwinger, Dresde, Allemagne).
Vase en porcelaine orné de dessins de couleurs exporté en Asie mineure sous les Qing.
    En 1988, un jeune rédacteur nommé Yang Weimin visitait les environs de Xianyang dans la province du Shaanxi. Il monta au sommet d’une colline et embrassa du regard les coteaux ondulants entrecoupés de ravins. « Sous le lœss sont enfouis des reliques anciennes qui sont autant de témoins de l’histoire, pensa-t-il. Qui sait lesquels de ces coteaux sont des collines ou les tumulus des tombeaux impériaux ? »
    Il ramassa un fragment de tuile. Un jeune berger lui dit : « Il y en a aussi chez moi. » Pour 5 yuans, il acheta à un paysan une tuile encore en bon état datant des Han (206 av. J.-C. - 220). Elle devint la première pièce d'une collection qu’il n’a cessé depuis d’enrichir.
    Plus d’une dizaine d’années ont passé. Yang Weimin est aujourd’hui pratiquement devenu un collectionneur et un chercheur professionnel d’antiquités. Son logement encombré de toutes sortes de vestiges anciens est un véritable petit musée. S’il est difficile de calculer la valeur de ses mille collections, leur propriétaire, Yang Weimin, lui, n’a pas fait fortune car il a consacré toutes ses économies à collectionner, classifier et étudier ses reliques.
    En 1999, Yang Weimin commença à exécuter un plan ambitieux élaboré depuis plusieurs années : visiter en qualité de simple citoyen chinois tous les grands musées du monde à la recherche des antiquités chinoise dispersées à l’étranger et tourner un téléfilm documentaire en plusieurs dizaines d’épisodes.
    En juin 1999, il démissionna d’un poste bien placé et créa une agence culturelle. S’endettant lourdement, il commença son voyage à la recherche des trésors chinois à l’étranger.
    Aujourd’hui, il a déjà visité plus de 70 musées au Danemark, en Norvège, en Suède, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en France, aux Etats-Unis et dans d’autres pays, vu de ses propres yeux des centaines de milliers d’antiquités chinoises dont un millier sont de véritables « trésors nationaux ». Il a même eu la chance de voir des pièces précieuses enfermées dans les greniers des musées, jamais été exposées au public.

Assiette en porcelaine fabriquée à la fin de la dynastie des Ming et exporté en Europe.
Vase en porcelaine fabriqué sous les Ming (Musée des arts d’Orient de Suède).

Tour du monde
    Rosenbord signifie en danois « roseraie ». Il s’agit à l’origine d’un palais d’été construit en 1605 sur l’ordre du roi du Danemark. Y sont aujourd’hui exposés un millier de bijoux royaux de différentes époques. Plus étonnant : ce palais affecte une pièce spécialement aux porcelaines chinoises. Si dans les autres salles, toutes les collections de peintures ou sculptures sont exposées à l’air libre, quelque que soit leur valeur, dans la salle réservée aux chines, les assiettes, bols et tasses en porcelaine chinois sont tous fixés au mur derrière une paroi de verre qui fait toute la hauteur de la pièce. Les visiteurs ne peuvent les admirer qu’à travers une vitre.
    Les porcelaines chinoises sont également exposées d’une manière très particulière dans le palais de Charlottenburg à Berlin. Au mur de la salle d’exposition sont accrochées des porcelaines chinoises de couleurs vives et de taille variée qui se réfléchissent dans un grand miroir derrière elles, produisant un effet labyrinthique éblouissant et fascinant. Construite en 1706, cette salle renferme 3 000 porcelaines précieuses fabriquées sous le règne Kangxi (1662 - 1722) de la dynastie des Qing sur commande de la cour royale allemande. Au début du XVIIIe siècle, la possession de porcelaines de Chine était un symbole de qualité, de position sociale et de richesse en Europe.
    Le Musée d’art décoratif de Copenhague au Danemark conserve un vase de porcelaine bleu et blanc, de forme plate et haut de 50 cm, fabriqué sous le règne Yongle (1403 - 1424) de la dynastie des Ming. Les décors représentent des fleurs de lotus avec des tiges, motifs fréquents dans l’imagerie bouddhique. Malgré les années écoulées et un voyage à travers l’océan, il est encore parfaitement intact et paraît neuf, ce qui en fait d’ailleurs, de l’aveu même d’un employé, « le trésor de notre musée ».

Statuettes peintes offertes comme don par l’empereur Yongzheng des Qing à la cour royale suédoise (Musée national de Suède).

    Le Musée d’art décoratif d’Oslo en Norvège conserve aussi un vase sphérique en porcelaine décoré de fleurs de lotus et d’un dragon, datant du règne Yongle des Ming. Le dragon à trois griffes volant entre les nuages flottants est palpitant de vie. D’après le conservateur du musée, il n’existe que trois vases sphériques du même genre dont l’un est à Taiwan et l’autre aux Etats-Unis.
    Actuellement, il ne reste dans le monde qu’une soixantaine de porcelaines cuites dans le four Ru, un des cinq fours connus de la dynastie des Song (960 - 1279). Le Musée d’anthropologie de Gothenburg en Suède a la chance de posséder des assiettes fabriquées dans ce four. Ces deux assiettes sont de couleur bleu foncé et d’un diamètre de 10 cm chacune. En les regardant attentivement, on trouve de petites craquelures sur la glaçure.
    Le musée Linden à Stuttgart n Allemagne possède une collection de bronzes chinois de premier choix. Mais ce dont le Dr Klaus Joachim Brandt, directeur du département d’Orient, est le plus fier, ce sont des dizaines de laques chinoises très rares. Il reçoit rarement personnellement des visiteurs. Mais quand il avait appris que Yang Weimin voulait faire un documentaire pour montrer aux spectateurs chinois les anciens trésors chinois dispersés à l’étranger, il l’introduisit directement dans les réserves dont l’entrée est interdite aux visiteurs.
    Le Dr Brandt ouvrit une à une des boîtes de bois contenant des objets laqués encore luisants. Un boîtier laqué datant de la dynastie des Han de l’Ouest (206 av. J.-C. - 24) contenait encore du fard d’il y a 2 000 ans !
    Le directeur du Musée des arts d’Orient de Berlin, le Dr Willibald Veit, conduisit Yang par une porte dérobée dans la salle de Chine et lui permit de filmer toutes les collections provenues de Chine, bronzes, laques, statues de Bouddhas, peintures, meubles, etc.
    Jean-Paul Desroche, directeur du Département des arts asiatiques Guimet des Musées nationaux à Paris, ouvrit personnellement ses armoires pour montrer à Yang Weimin des trésors d’origine chinoise et discuta même avec lui de l’âge et des caractéristiques de certaines antiquités.
    Yang Weimin remercie vivement les directeurs et spécialistes des musées des différents pays grâce à l’aide desquels il a pu découvrir tant d’antiquités chinoises dispersées dans le monde.