2002.05

A travers le pays

 

Les « Escaliers célestes » de Yuanyang

Texte : Wang Yongqiang
Photos : Shao Jiang et Wang Pan



    Le district de Yuanyang se trouve dans le département autonome des Hani et des Yi de Honghe dans la province du Yunnan. Au cours des millénaires, les Hani sculptèrent des terrasses sur les versants des montagnes pour pouvoir cultiver. Aujourd’hui, 13 000 ha de champs en terrasse permettent de nourrir quelque 350 000 personnes. Les forêts couvrent quant à elles 64 000 ha de coteaux et de vallées. 4 653 canaux irriguent les champs en terrasse.
    Différents des monuments historiques comme la grande Muraille, le Palais impérial, le mausolée de l’empereur Shihuangdi des Qin, les pyramides d’Egypte et le tombeau de Taj Mahal en Inde, des sites naturels comme les monts Taishan, les monts Huangshan et les chutes de Niagara et des sites artificiels comme le temple de Confucius à Qufu, le Potala au Tibet et le Palais d’Eté à Beijing, les champs en terrasse à Yuanyang sont le résultat de la coexistence harmonieuse entre les Hani et les monts Ailao et de la combinaison de la culture et la nature.
    Yuanyang se trouve sur la rive sud de la rivière Honghe dans la section sud de la chaîne de montagnes des Ailao dans le sud de la province du Yunnan, au sud du tropique du Cancer. Les deux monts appelés Guanyin qui se font face à l’est et à l’ouest de ce district sont recouverts de forêts denses. Les terres fertiles, les précipitations abondantes et les nombreux cours d’eau fournissent des conditions favorables au développement de l’agriculture. Les ancêtres des Hani se retirèrent dans les montagnes pour fuir la guerre.     Les Hani, travailleurs et d’un naturel agréable, y créèrent des miracles. De concert avec les Yi, les Han, les Dai, les Miao, les Yao et les Zhuang, ils creusèrent 13 000 ha de champs en terrasse sur 2 189 km2 de versants de montagne et de vallées incultes. Ces champs, surnommés « escaliers célestes des Hani » sont célèbres pour quatre caractéristiques principales : premièrement, les nombreuses parcelles à différents niveaux s’étendent sur de grandes étendues dont la plus vaste atteint 67 ha ; deuxièmement, les champs en terrasse sont répartis sur des pentes assez raides, l’inclinaison allant de 15o à 75o ; troisièmement, le nombre des terrasses est considérable, puisque sur une seule pente, on compte plus de 3 000 terrasses et quatrièmement, l’altitude est élevée, à certains endroits, les champs en terrasse s’étendant du fond de la vallée jusqu’au flanc d’une montagne à plus de 2 000 m d’altitude, soit l'altitude maximale à laquelle peut pousser le riz.
    La vue depuis un sommet culminant à 1 600 m d’altitude est tout simplement merveilleuse. Mais demeure une question : d’où vient l’eau pour l’irrigation des rizières et la consommation courante ?

    Un dicton de l’ethnie Hani dit que l’eau existe à tout niveau qu’atteint la montagne. En général, les villages des Hani sont adossés à des montagnes recouvertes de forêts denses et font face à la vallée d’une rivière. Les champs en terrasse ont aussi été aménagés sur les versants.
    Dans la vallée, la chaleur permet à l'eau de s'évaporer en grande quantité. La vapeur s’élève le long des versants et forme un brouillard enveloppant les forêts à plus haute altitude. Entré en contact avec les feuilles d’arbre relativement fraîches, le brouillard s’y condense en gouttes d’eau. Puis, la chute de ces gouttes d’eau donne naissance à des ruisseaux qui coulent vers les villages à un niveau inférieur. Une partie de ces eaux répond aux besoins quotidiens des villageois et le reste alimente les rizières. Les vallées, les champs en terrasse, les villages et les forêts forment un écosystème équilibré qui se maintient d’année en année.
    Cet attachement aux cultures en terrasses se transmet de génération en génération chez les Hani. Cela commence dès la naissance et la cérémonie de baptême qui est organisée par les parents: on trace dans la cour des cases qui symbolisent des champs en terrasse. S’il s’agit d’un garçon, un garçon âgé de 7 ou 8 ans doit imiter avec une houe dans les mains dans les cases tracées les mouvements de travail des adultes dans les champs en terrasse. S’il s’agit d’une fille, on prie une fillette du même âge de faire semblant d'attraper des anguilles et des limaçons dans les cases qui représentent les rizières en terrasses. Après cette cérémonie, l’enfant reçoit son nom officiel et devient un membre du village. Après la mort, les corps des Hani sont enterrés sur un versant de la montagne à côté de leurs champs en terrasse pour leur permettre de les garder à jamais dans l’autre monde.
    Les Hani ont développé toute une série de méthodes scientifiques et rationnelles. Ils choissent des versants face au soleil et à faible inclinaison pour creuser des champs en terrasse. Durant les trois premières années, ils cultivent des plantes qui ne nécessitent pas d’irrigation. A partir de la quatrième année, ils aménagent ces terres en rizières en y amenant de l’eau.
    En profitant de l’avantage géographique résultant du fait que le village se trouve à un niveau plus élevé que les champs en terrasse, les Hani creusent en dehors du village des fosses publiques pour accumuler le fumier. Au printemps, ils font une ouverture à ces fosses et amènent de l’eau dedans. De cette façon, le fumier mêlé d’eau entre le long des canaux dans les champs en terrasse. Cet événement est également l'occasion d'une importante célébration.
    D’ordinaire, les Hani font paître leurs chevaux, bœufs, cochons et moutons sur les montagnes. En juin et juillet, les eaux de pluie charrient les excréments du bétail vers le pied de la montagne. Les Hani creusent des fossés sur les versants pour retenir ces eaux fertilisées et les acheminer dans les champs en terrasse.
Les Hani vivent en harmonie avec la nature et se considèrent comme des "enfants de Dieu". Leur année est rythmée par une série de fêtes et de cérémonies d'ordre culturel ou religieux telles que la fête d’Aimatu, durant le deuxième mois de la Lune où l'on offre des sacrifices à l'ange gardien du village Aima, la fête Kuzhazha, appelée également Nouvel-an du sixième mois lunaire, hommage au dieu céleste et la fête Zalete, connue aussi comme le Nouvel-an du dixième mois lunaire, lors de laquelle les Hani célèbrent les bonnes récoltes et offrent des sacrifices aux ancêtres.
    Le banquet dans la rue est un programme important pour célébrer le Nouvel-an du dixième mois lunaire. Les célébrations durent 5 ou 6 jours. Au commencement, chaque famille doit tuer un coq rouge dans la cour et le cuire sur place. Selon la tradition, le poulet ne peut être porté à l’intérieur de la maison. Chaque membre de la famille doit prendre un morceau de poulet, sauf les jeunes filles en âge de se marier. Puis, la famille doit préparer trois boules de riz à offrir aux personnes âgées de la plus vieille génération de leur clan.
    Le banquet dans la rue est l’apogée des activités de célébration du Nouvel-an des Hani. Le long de la rue du village sont installées une centaine de tables sur lesquelles sont mis les meilleurs plats offerts par chaque famille. Avant le commencement du banquet, se tient une cérémonie pour offrir des offrandes aux ancêtres et témoigner du respect aux personnes âgées. Puis, les gens se portent mutuellement des toasts pour célébrer les bonnes récoltes.