2002.07

Peuple chinois

 
Zhang Jinling : de l’actrice à la peintre et calligraphe

Texte de Shen Chen



Au crépuscule (lotus, 61x 68 cm).
Le Monde frais ( lotus, 66 x 66 cm).
    Dans les années 70 et 80, on l’a beaucoup vue incarner de nombreux personnages éclatants dans des films éminents, tels que La reconnaissance traversant le fleuve Yangtse, D’esclave à général, Xu Mao et ses filles…Zhang Jinling était alors, avec Liu Xiaoqing et Li Xiuming, une des trois ‘‘fleurs’’ du Studio cinématographique de Beijing. Avant de dire adieu au grand écran, pour se consacrer à un autre art, celui de la calligraphie.
    Par dimanche ensoleillé, je me suis rendu comme convenu chez elle, près du village des Jeux asiatiques à Beijing et, alors que nous discutions autour d’une tasse de thé, j’ai pu découvrir la grandeur d’âme de cette ancienne star devenue peintre.
    Mais le trajet, de l’écran argenté au papier de riz ne fut pas sans embûches. « Grande sœur Jinling », comme on dit en Chine, a appris la peinture auprès de M. Lou Shibai. Elle a commencé, comme tout débutant, par l’achat des pinceaux, de l’encre et du papier et, jusqu’à ce qu’elle ait su apprendre à dessiner sa première crevette, elle n’a jamais manqué de remettre ses travaux à son professeur en temps et en heure. Une fois, alors qu’une tempête s’était abattue sur la ville, elle a tout de même tenue à se rendre chez M. Lou Shibai en métro.     Mouillée par la pluie, elle a abrité ses peintures sous son corsage… Son professeur eut beau la dispenser de cours par temps de pluie, rien ne pouvait y faire, « chaque occasion de le voir étant trop précieuse pour pouvoir être manquée ».

Zhang Jinling au travail dans son studio.
Zhang Jinling avec son maître Lou Shibai.

Femme admirant le lotus. 47 x 35 cm

    Elle a consacré pas moins de trois ans à étudier le dessin de la crevette. Son maître s’en est inquiété et lui a conseillé de ‘‘changer de motif, sous peine de vous ennuyer.’’ Elle a refusé une fois encore tant qu’elle ne maîtriserait pas parfaitement les crevettes, car « la maîtrise des techniques de base est essentielle ». Apprendre la peinture chinoise exige modestie et persévérance. Zhang Jinling possède ces qualités et, après dix ans d’efforts, peut récolter les fruits de son travail. Fidèle à l’école d’art de Qi Baishi, grand maître de la peinture traditionnelle chinoise, elle y a réussi à ajouter sa propre touche. Dans les années 80, alors que sa carrière d’actrice était à son zénith, elle a mis un bébé au monde. Pour son enfant, elle a décidé de quitter le monde du cinéma et de rester à la maison s’occuper de son mari et de son fils. A 5 ans, son fils a commencé à apprendre la calligraphie auprès d’un professeur qu’elle avait engagé. Au départ, elle ne faisait qu’accompagner son fils à ses cours de calligraphie. Mais avec le temps, elle a développé un goût de plus en plus prononcé pour cet art et pour la peinture. Son mari a alors demandé à Lou Shibai, grand maître de la peinture traditionnelle chinoise, s’il pouvait donner des cours particuliers à son épouse et a organisé, dans la salle du Xinjiang du grand Palais du peuple, une cérémonie solennelle au cours de laquelle Jinling a reconnu M. Lou comme étant son maître. Avant de l’ouverture de la cérémonie, M. Lou l’avait prévenue : ‘‘Jinling, il n’est pas facile d’apprendre la peinture. Est-ce que vous serez capable de supporter la solitude et d’oublier vos soucis et de rester tranquille dans le cœur ? Si vous le voulez bien, apprenez auprès de moi.’’ Depuis lors, elle est entrée dans le monde de peinture.

    Elle peint surtout des personnages, des oiseaux et des fleurs, particulièrement les lotus qu’elle dessine en suivant une technique traditionnelle et qui sont à la fois simples et lourds de sens. Mais demain, elle compte peindre tableau de cent lotus, dans lequel elle exploitera sa nouvelle technique de peinture de fleurs et d’oiseaux, se débarrassant de la technique de lavis traditionnelle, rêvant de créer une œuvre originale et dans l'air du temps.
    Zhang Jinling est heureuse auprès de son mari, une « précieux professeur et un ami serviable » selon ses propres termes. Elle n'a jamais cherché les honneurs et la richesse auxquels elle préfère les joies de l'art et de la famille. Son fils, âgé de 18 ans, est devenu un beau et grand jeune homme. Il poursuit actuellement des études d’administration industrielle et commerciale au Canada. Mais l’économie ne lui a pas fait oublier le monde de l’art : il participe à de nombreuses activités théâtrales sur le campus, comme en témoignent les photos envoyées à ses parents. L'hérédité, sans doute…