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Durant
l'hiver 2000, j'ai entamé la rédaction du journal de cette
expérience intitulé "Un cadeau à des enfants aveugles" : «
premier cours : faire sentir à des enfants les sentiments
des couleurs, les convaincre qu'ils peuvent dessiner. Musique
de fond : Le plateau du Qinghai-Tibet, Reflet de la Lune et
la symphonie numéro 5 de Beethoven. Leur faire connaître les
couleurs en leur faisant toucher les bannières bouddhiques
tibétaines. Leur faire imaginer le bleu du ciel, le blanc
des nuages, le rouge des montagnes, le vert des herbes et
le jaune du sol. » Ces enfants ont écouté la musique avec
moi sous une tente, ont touché les drapeaux colorés, ont raconté
des histoires de couleurs… Soudain, la petite Nyima a pris
son visage dans ses mains et a pleuré. Le professeur Garma
Quzhain m’a traduit ce que Nyima disait et j'ai compris que
cette petite fille s'était souvenue grâce à la musique de
comment elle avait perdu la vue. Pume, le plus jeune des enfants,
est monté sur la table, a battu la mesure avec ses mains.
Ces enfants se sont retrouvés eux-même dans la musique. Ils
sont touchés par la musique et les couleurs. En même temps,
je reviens à l'essence même du dessin. Avec des enfants, on
a joué à cache-cache autour de la table. On a dansé main dans
la main, ils ont appris ce qu'était un carré et un rond. Je
leur ai raconté l'histoire des ressources de la vie, de la
force et de l'intelligence sans limite de l'Homme. Je leur
ai fait se toucher chaque partie de leur corps avec leurs
mains et se toucher entre eux. Qangba et Dogye sont des jumeaux,
aveugles de naissance. Ils se ressemblent énormément. Je les
ai vus se toucher doucement l'un l'autre, la tête, les oreilles,
les yeux, le nez, la bouche… Cela m'a fait penser à une phrase
du livre La beauté des sentiments : "Tous les animaux ont
une réaction lorsqu'on les touche ou les caresse. Sans caresse,
la vie elle-même ne peut pas évoluer. Sans la réaction chimique
causée par les caresses, on ne peut pas créer de relation."
Pour ces deux frères jumeaux, se caresser l'un l'autre n’était
pas seulement nécessaire pour appréhender les formes et les
dessiner mais c'était aussi une manière pour leurs cellules
communes de se retrouver. Je suis persuadée que même la caresse
la plus douce est perçue par le cœur. Et les aveugles ont
sans doute une sensibilité encore plus importante.
Pendant deux semestres d'études, ces
enfants aveugles ont réalisé seulement cinq dessins collectifs.
Peut-être ces dessins ne représentent-ils rien, mais ils touchent
fortement le cœur de ceux qui les regardent. La vie devient
belle grâce à l'amour. Ces enfants aveugles tibétains ont
appréhendé le monde en chantant des chansons pour enfants.
Ils ont dessiné la vie avec les couleurs du paradis. Dans
leur cœur, bat un monde plein de couleurs.
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