2002.07

A travers le pays

 
Le secret des pierres des Qinghe

Texte et photos: Wang Chen



Un Tsatsa, terre cuite colorée portant l'image du Bouddha adoré par les Bouddhistes tibétains. Il s'agit d'un des nombreux vestiges appartenant à des minorités ethniques découverts à proximité des tas de pierres de Sandaohaizi.
Statue de style Khitan, ancien peuple nomade chinois. Ce genre de statues sont disséminées à travers les prairies.
    Le Xinjiang, certainement un des derniers endroits au monde, en ce nouveau siècle, à receler encore d'innombrables trésors archéologiques enfuis. De fait, de très nombreux chercheurs, tant chinois qu'internationaux, s'y rendent régulièrement, à la recherche des origines de l'humanité et des sources de la culture. Et au sein de cette région, le district de Qinghe en particulier, n'en finit pas d'intriguer.
    Qinghe est situé au sud-est des monts Altaï, à la frontière avec la République de Mongolie. Il y a 8 000 ans, déjà, des hommes vivaient là de chasse et de pêche. Sous la dynastie des Qin (221 - 206 avant J.-C.), Qinghe débordait déjà d'activités, fréquentée notamment par les vendeurs d'or. Au début du XIIIe siècle, Genghis Khan lança ses troupes à travers les monts Altaï, via Qinghe, lors d'une expédition vers l'ouest du continent eurasiatique.
    On peut suivre la trace de ces millénaires d'histoire à Qinghe à travers de nombreux trésors archéologiques, des peintures rupestres à la route de Genghis Khan en passant par les mystérieuses structures de pierres et les Rochers des Cerfs (d'immenses rochers gravés de dessins de cerfs), désormais inscrits sur la cinquième liste des vestiges importants sous la protection de l'Etat.
La région de Sandaohaizi, à Qinghe, est en effet célèbre pour ses pierres arrangées en une cinquantaine de tas et de cercles répartis le long d'une vallée longue de sept kilomètres sur trois de large. Parmi toutes ces structures, un amoncellement de pierres connu sous le nom d'Aoshi se démarque des autres par son importance.
    Le tas, formé de pierres de même taille, mesure 22 mètres de haut pour 92 m de diamètre à la base et est entouré d'un deuxième cercle de pierre large de 7 mètres, aujourd'hui enfui dans le sol. L'ensemble est entouré de sept tablettes de pierres et d'un autre cercle extérieur d'environ 700 m de circonférence relié au tas central par quatre allées. L'ensemble couvre quelque 6 700 m² et représente plus de 50 000 m³ de pierres, en faisant une structure sans équivalent par la taille ou la forme dans le monde et est connu par les spécialistes comme étant la "Mystérieuse tombe impériale de l'Altaï".
    Mais de nombreuses questions demeurent : Qui a construit cet Aoshi ? Pourquoi cette forme ? A quoi servait-il ? Elles n'ont pas fini de diviser les scientifiques…
Peintures et gravures rupestres anciennes à Sandaohaizi.
Un rocher aux cerfs. Un animal volant ressemblant à un cerf est clairement visible en haut du rocher tandis qu'un objet rond est tracé sur le rocher couché.
    Les archives historiques présentent Aoshi comme étant la tombe de Guiyou Khan, petit-fils de Genghis Khan. Mais certains spécialistes doutent qu'il s'agisse d'une tombe et pensent plutôt qu'il s'agit d'un autre type de structure. Zhang Hui, chercheur au musée régional du Xinjiang a étudié l'ensemble des 50 structures de pierres présentes sur le site et les a comparés aux "cercles des blés" - ces mystérieux cercles de blés fanés dans certains champs. Pour ce faire, M. Zhang a travaillé sur des photographies publiées par le Centre international d'étude des Cercles de blé, pour en conclure que l'aspect des structures de pierres rappelle étrangement celui des cercles formés dans les champs de blé… Il s'est aussi penché sur des relevés d'autres structures de pierres découvertes à Hejing et dans d'autres endroits du Xinjiang et s'est aperçu que leur structure était très proche de celle de structures de pierres ou de cercles de blés découverts en Angleterre, en Russie ou en Australie…
    Autre curiosité du site: les Pierres aux Cerfs, imposantes tablettes de pierre datant d'il y a environ 4 000 ans. Mesurant deux mètres de haut, elles sont gravées de représentations d'animaux fabuleux, la plupart ressemblant à des cerfs avec un bec d'oiseau. Aucune trace de cet animal n'ayant jamais été trouvée dans la nature, la plupart des gens estiment qu'il ne s'agit là que de pure fantaisie artistique. Mais pourquoi une telle forme ? Là encore les interprétations divergent.
    Certains archéologues pensent que le cerf était une sorte de totem sacré pour les peuples nomades qui gravaient sa représentation sur des tablettes de pierre. Selon les traditions mongoles et des sources historiques en mandarin, le cerf était autrefois considéré comme un animal sacré voire un dieu qui conduisait les âmes dans l'au-delà.
    Zhang Hui, cependant, a une autre théorie. Il s'appuie sur une légende locale racontant l'histoire d'un chasseur céleste volant vers la constellation d'Orion, suivi par trois grands cerfs et plusieurs petits. Il estime que les rochers aux cerfs montrent les cerfs attirés par une force céleste irrésistible, leur museau étant déformé par les courants, leur donnant l'apparence d'un long bec. Selon, lui, on devrait en fait plutôt parler de "Rochers d'Orion".
    Egalement à Qinghe, des peintures rupestres représentant des cyclopes ont été découvertes à côté du plus gros amoncellement de météorites au monde. Et certains archéologues se demandent si tout cela ne serait pas lié…
La route occidentale suivie par les troupes de Genghis Khan. Il ne subsiste plus aujourd'hui qu’une allée dallée de larges pierres.
Statue de Bouddha en argile dorée à l'or fin.