2002.08

Droit

 
La structure des entreprises à capitaux étrangers en Chine

Par Grant Bow



     La plupart des capitaux étrangers introduits en Chine prennent la forme d’investissements directs, autrement dit, permettant de débuter des opérations commerciales par le biais d’une entreprise à investissements étrangers (EIE).
    Pour ouvrir une EIE en Chine, les investisseurs étrangers potentiels peuvent choisir entre s’associer avec un partenaire chinois pour mettre sur pied une société par actions à capitaux mixtes (equity joint venture en anglais ou EJV) ou une société à capitaux mixtes contractuelle (Cooperative joint venture en anglais ou CJV) d’une part, et, d’autre part, ouvrir une filiale en Chine leur appartenant en totalité ou dont le capital est détenu par d’autres personnes physiques ou morales étrangères : on parle alors d’entreprise 100 % étrangère (WFOE, d’après les initiales anglaises). Dans le cas d’une EJV, la part de l’investisseur étranger doit être d’au moins 25 %.
    D’un point de vue légal, la première question à se poser dans le choix de la forme d’une société à capitaux étrangers est de savoir si la loi impose ou non la présence d’un partenaire chinois. Certains secteurs sont soumis à restrictions, interdisant notamment les WFOE. Mais, par ailleurs, même dans les cas où la présence d’un partenaire chinois n’est pas une obligation légale, certains investisseurs étrangers, pour des raisons stratégiques comme l’expérience ou encore la connaissance du marché chinois que peut apporter un partenaire local, choisissent de s’associer à une partenaire chinois.
    Cependant, d’autres investisseurs étrangers préfèreront la WFOE aux entreprises à capitaux mixtes pour conserver l’entier contrôle de leurs affaires et éviter des conflits potentiels avec un partenaire local sur les objectifs et les méthodes de conduite de l’entreprise. D’une manière générale, ouvrir une WFOE n’est pas plus difficile, pour ne pas dire plus facile, que mettre sur pied une société à capitaux mixtes, expliquant que cette forme ait gagné les faveurs d’un nombre croissant d’investisseurs. Ainsi, en 2000, le taux de croissance des WFOE a dépassé pour la première fois celui des entreprises à capitaux mixtes. Cette année-là, selon les chiffres du ministère chinois du Commerce extérieur et de la Coopération économique (MOFTEC), les WFOE ont représenté 45 % de l’investissement étranger total en Chine.
    Les lois sur les EJV, sur les Sociétés 100 % étrangères, et sur les CJV, respectivement adoptées en 1979, 1986 et 1988 - régulièrement amendées depuis - constituent le cadre législatif et réglementaire régissant le fonctionnement des sociétés à capitaux étrangers.
    Une EJV doit prendre la forme d’une société à responsabilité limitée. Les revenus et les risques liés à l’investissement, autrement dit, les profits et les pertes, doivent être répartis en fonction de l’apport au capital fait par chacun des partenaires. Par exemple, si l’un des partenaires a investi à hauteur de 60 % du capital de l’entreprise, il devra donc recevoir 60 % des bénéfices. Les EJV représentent la forme la plus courante d’entreprises à capitaux mixtes notamment dans le secteur industriel.
    Les CJV offrent plus de souplesse en permettant aux différentes parties de choisir le mode de répartition des bénéfices. En effet, les profits peuvent être répartis de manière discrétionnaire entre les partenaires et non plus au prorata de l’investissement de chacun dans la société. Les parties peuvent également décider que l’une d’entre elles pourra bénéficier d’un amortissement accéléré tandis que les autres deviendront propriétaires d’une partie déterminée des actifs de la société à l’expiration du terme de la JV. Par ailleurs, les partenaires au sein d’une CJV peuvent également se répartir entre eux le risque lié à l’investissement. Il s’agit là d’une des spécificités des CJV. Les parties à une CJV peuvent choisir entre la société à responsabilité limitée ou une personne non-juridique (simple association de partenaires). Dans la pratique, la plupart des CJV sont des sociétés à responsabilité limitée.
    En 2000 et 2001, la Chine a à nouveau amendé sa législation sur les entreprises à investissements étrangers dans l’optique de son adhésion à l’OMC, afin de la mettre en conformité avec les règles en vigueur au sein de la communauté internationale et d’attirer davantage d’investissements étrangers. Les modifications concernent les points suivants :
    1. Les entreprises à investissements étrangers n’ont plus à soumettre leurs plans de production aux autorités.
    2. L’exigence selon laquelle les entreprises à investissements étrangers devaient maintenir un équilibre des changes en réalisant un certain montant d’exportations a été totalement supprimée. Dans la pratique, les EIE n’avaient plus à maintenir un équilibre en devises depuis plusieurs années dès lors qu’elles ont été autorisées à acheter des devises étrangères pour acheter des pièces et des matières premières ainsi que pour payer salaires, dividendes et bénéfices.
    3. La législation sur les EIE offre aux entreprises à capitaux mixtes davantage de liberté pour l’achat de matières premières et d’équipements. Les JV étaient auparavant obligées de donner la préférence à des fournisseurs nationaux pour ces achats. Ce nouvel amendement entérine la pratique antérieure des JV qui se fournissaient en matériel sur le marché international lorsque des concurrents étrangers offrait des prix ou une qualité meilleurs, offrant ainsi aux entreprises à capitaux mixtes davantage de tranquillité d’esprit.
    4. Il existait autrefois des obligations pour les WFOE de recourir à des technologies de pointe ou d’exporter plus de 50 % de leur production. Dans le passé, ces exigences constituaient des barrières notamment pour le secteur tertiaire, les entreprises de ce secteur, par définition, ne produisant pas de biens susceptibles d’être exportés et ne recourant pas à des technologies de pointe. Ces exigences ayant été levées, les WFOE sont désormais ouvertes à de nouveaux secteurs dans les services.
    Une EIE fondée en Chine dans le cadre légal des EIE est une personne morale de droit chinois, au même titre que les entreprises à capitaux chinois. Les EIE sont donc soumises à un traitement national, voire supranational dans certains cas. Bien décidée à continuer sur la voie de l’ouverture et de l’adhésion pleine et entière à l’OMC, la Chine devrait continuer à améliorer son cadre économique et légal afin de continuer à attirer des investissements étrangers.
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