2002.08

Tourisme

 

Chez les Dai : l’amitié lavée par l’eau

Texte : Yan Ying



La pagode blanche Manfeilong.
Le pavillon des écritures bouddhiques du temple Manting.

    Après bien des détours, je suis enfin arrivé au Xishuangbanna dans la province du Yunnan, région légendaire aux coutumes très particulières. De fait, dès mon arrivée, j’ai été captivé par son charme irrésistible : les insondables forêts tropicales, les traditions étranges, les pagodes et les imposants temples bouddhiques abrités par les touffes de bambous m’ont laissé une impression inoubliable. On dit que si on n’est pas allé à Ganlanba, on ne connaît pas le Xishuangbanna. Je me suis donc rendu dans les cinq villages millénaires Dai de la région dont chacun est la source intarissable de légendes fabuleuses.
    Dans le vacarme des coassements des grenouilles au bord des étangs et des chants des cigales, j’ai découvert les villages dispersés au milieu des champs verdoyants. Autour des maisons de bambous sur pilotis de couleur claire des Dai poussent des cocotiers et des aréquiers au tronc tout droit ainsi que des manguiers et des mesuas aux branches et aux feuilles exubérantes. Les temples et les pagodes bouddhiques ainsi que la voix des jeunes moines qui récitent des textes de soutra plongent la région dans une ambiance mystique unique. Plus loin, des femmes Dai portant une robe longue et étroite tiennent un étal de fruits ou d’articles d’artisanat, travaillent dans les champs ou se baignent par groupes de deux ou trois dans la rivière…
    Des deux côtés des chemins reliant les différents villages, on pouvait voir de nombreux temples et pagodes bouddhiques typiques de l’Asie du Sud-Est. Le guide nous a précisé que les Dai étaient dans leur immense majorité des bouddhistes très fervents. D’une forme originale, la pagode Manfeilong à Jinghong est typique de celles des pays d’Asie du Sud-est, tandis que le vieux temple Mange est un des plus importants foyers bouddhistes du Petit Véhicule et est très fréquenté des adeptes.
    Des rires sonores ont déchiré le calme qui régnait dans les rues : des jeunes filles Dai se rendant à la foire. Se rendre à la foire, qui a lieu seulement à l’occasion des fêtes importantes du calendrier Dai, est une vieille tradition chez les Dai. Simples visiteurs, nous avions la chance d’être venus au bon moment pour assister à ce genre d’événement.
    Par groupes de deux ou trois, les jeunes filles se rendaient à la foire à pied ou dans une benne tirée par un motoculteur qu’elles appelaient en riant leur « taxi ». Malgré le côté très rudimentaire de leur moyen de transport, ces jeunes filles Dai étaient très gaies et rayonnaient de splendeur. Portant une veste serrée et une longue robe en soie luisante, leur coiffure ornée de petites fleurs, elles étaient assises ou se tenaient debout dans la benne. Face à cette scène, j’ai compris pourquoi tant de personnes considèrent le Xishuangbanna comme le légendaire royaume des Beautés…
    Sur le grand marché de Ganlanba, les Dai vendent des fruits confits et les articles d’artisanat qu’ils ont préparés ou fabriqués eux-mêmes. Les touristes venus de toutes parts et les vendeurs qui marchandent offrent des scènes intéressantes, une des curiosités à voir dans la région. Des jeunes filles Dai vous proposent d’acheter leurs produits en vous assurant d’un ton plein de douceur que cet article a été fait justement pour vous ! Touché par ces paroles doucereuses, vous tomberez sûrement dans ce piège de tendresse. Vous penserez que vous aurez non seulement acheté un article d’artisanat, mais aussi la douceur des sentiments d’une jeune fille Dai qui vous tiendra chaud au cœur pour longtemps…

Combat de coqs, un jeu très populaire chez les Dai.
Baignade dans la rivière Lancang.
Fabrication d’éventails à pennes de paon.
Un village Dai dans son écrin de verdure.

    Pour satisfaire la curiosité des touristes pour la fête d’aspersion d’eau, les Dai ont eu l’intelligence d’aménager une place d’aspersion d’eau dans le village de Manjinglan permettant aux touristes d’assister quotidiennement à cette célébration.
    Chaque jour, de 3 à 5 heures de l’après-midi, les jeunes hommes et les jeunes filles Dai, en habit de fête y donnent tout d’abord des représentations de chant et de danse puis invitent les spectateurs à y participer.     Chacun de nous a pris deux petites cuvettes en plastique rouge des deux mains, attendant avec impatience l’arrivée du moment opportun. Vers la fin du 5e numéro artistique, quelques jeunes hommes qui brûlaient d’impatience n’ont pu s’empêcher de verser l’eau de leurs cuvettes vers des jeunes filles Dai qui dansaient avec des gestes gracieux. Les cris aigus des jeunes filles, les bravos des spectateurs et les hurlements de folie des hommes versant de l’eau se mêlaient et la « fête d’aspersion d’eau » avait commencé sans avoir été déclarée ouverte…
    Bien que les différentes personnes ne se connaissaient pas, toute timidité avait disparue et chacun aspergeait sans retenue les personnes du sexe opposé. Effet magique de l’eau, tout le monde était retombé en enfance, excité et fou.
    Ce soir-là, nous avons décidé de passer la nuit à Ganlanba, chez Yan Kanglang, un homme d’une très grande hospitalité. Debout contre la fenêtre de sa maison de bambou, j’étais heureux en me souvenant de la douceur des jeunes filles Dai. Un vrai dîner Dai nous a permis d’expérimenter la vie de cette ethnie.
    Après avoir mangé, nous nous sommes promené au bord de la rivière Lancang. Les villageois nous ont expliqué que c’était la rivière aux flots de sable mentionnée dans le roman classique « le Pèlerinage vers l’Ouest ». Prenant sa source sur le plateau du Qinghai-Tibet, elle prend le nom de « Mékong » dès son entrée au Laos.     La Lancang est le fleuve maternel des Dai. Si vous avez de la chance, vous verrez des jeunes filles Dai se laver les cheveux au bord de cette rivière au coucher du soleil. Une chance que je n’ai pas, hélas, mille fois hélas…