|
A travers le pays
| |
|
Sur
la route du Nord-Ouest du Sichuan
|
|
Texte
et photos : Zhou Shitong
|
|
|
|
Une
des nombreuses pagodes visibles dans le district de
Dawu.
|
|
|
|
|
Luamu,
reine de beauté de Danba.
|
.
Lever de soleil dans les pâturages.
|
|
A
l’automne dernier, avec des amis et collègues photographes,
nous sommes partis de Chengdu, sur l’autoroute Sichuan-Tibet,
en direction du Nord-Ouest du Sichuan, à la découverte
d’une terre encore peu connue d’histoire et de traditions
tibétaines.
Nous nous sommes essentiellement
arrêtés à cinq endroits, tous situés dans le département
autonome tibétain de Garze, qui sont, d’Est en Ouest
: le district de Danba, à 350 km de Chengdu, le district
de Daofu, et ceux de Luhuo, de Garze et de Dege. Dege,
notre dernière étape qui se trouve à 900 km de Chengdu,
est le point de passage entre la province du Sichuan
et la région autonome du Tibet.
Le district de Danba est situé dans les contreforts
sud du plateau du Qinghai-Tibet. Traversé par le cours
supérieur de la rivière Dadu, c’est une terre fertile
au climat tempéré habitée par l’Homme depuis plus de
5 000 millénaires selon les archéologues. Des peuplades
de Sanxindui auraient vécu ici. Bâtie à flanc de falaise,
Danba est surnommée « la ville des Rochers ». Dans la
commune de Suopo, on peut voir un groupe d’anciennes
bâtisses de pierre construite sous les dynasties du
Nord et du Sud (420-589). Leur solidité leur a permis
de survivre à plus d’un millénaire de guerres, de tremblements
de terre, de pluie et de vent, leur valant le surnom
de Pyramides de l’Orient.
Ces bâtisses sont de tailles
et de formes différentes. La plus haute dépasse les
60 mètres. Elles peuvent avoir été construites selon
un plan en forme de carré, de pentagone, d’hexagone,
d’octogone et même de dodécagone. Avec des angles aussi
acérés que des lames, ces maisons dressées vers les
ciels ressemblent à un faisceau d’épées. Les bâtiments
ont chacun une fonction bien particulière : forteresse,
tour de guet, fortin de village et habitation. Les maisons
d’habitation font généralement une dizaine de mètres
de haut et l’on y pénètre par une échelle. Une fois
à l’intérieur, on retire l’échelle et bien malin celui
- même le plus expérimenté en arts martiaux - qui ne
pourra pénétrer dans le bâtiment !
|
|
|
|
|
Le
lac Xinlu, dans le district de Dege, connu comme étant
le lac de Jade de l’Ouest (résidence de la Reine-mère
de l’Ouest).
|
Maisons
d’habitation de style tibétain magnifiquement préservées
dans la ville de Jiaju (district de Danba).
|
|
La
commune de Jiaju, à Danba, est un des rares endroits
on l’on peut encore admirer des maisons traditionnelles
tibétaines. Le spectacle est saisissant dès que l’on
pénètre dans les monts Niega où se trouve Jiaju : plus
d’une centaine de maisons tibétaines rouges, jaunes
ou noires apparaissent, dispersées entre les arbres,
des flancs de la montagne au fond de la vallée. Des
pommes, des grenades, des poires et des noisettes font
plier les branches des arbres tandis que des grappes
de piments sèchent à l’extérieur des maisons. Un homme
tibétain nous invita à pénétrer chez lui, nous offrant
de délicieux fruits, à peine cueillis des arbres entourant
sa maison.
Danba est aussi la terre des
beautés. On raconte en effet que ces dernières années,
la plupart des Reines de beauté de la préfecture de
Garze sont originaires de cette région. Et effectivement,
en visitant le village de Badi, nous sommes tombés sous
le charme de Luamu, une des dix plus belles jeunes filles
des régions habitées par des Tibétains. Devant notre
insistance, elle a accepté, avec ses amies, de nous
interpréter quelques chants et danses traditionnels
tibétains, dans une clairière, le long de la rivière
Dadu.
Quittant Danba pour le district
de Daofu, nous avons pu découvrir les fabuleux paysages
de la rivière Maoniu, connue comme étant le « Jardin
miniature naturel ». Nous avons également pu découvrir
l’unique forêt de formations de terre de Chine à Bamei.
On nous a expliqué que jadis, la région autour de Bamei
était recouverte par la mer. Après que l’eau s’est retirée,
le niveau du sol s’est mis à s’élever, donnant naissance
à ces formations de terre. Paysage fabuleux que nous
avons dû prendre en photos sous tous les angles possibles
et imaginables !
|
|
|
|
|
Concert de trompes fahao, durant la fête nationale
au monastère de Garze.
|
Le
dagoba Shenghli (de la Victoire), construite sur
ordre du Xe Panchen Lama.
|
Les
bâtiments de style tibétain de l’imprimerie de
Dege.
|
Mais
la véritable destination à notre excursion dans le district
de Daofu était le dagoba Shengli (de la Victoire), construit
sur les instructions d’Erdini Qoigyi Gyaincain, Xe Panchen
Lama. Le dagoba est entouré de maisons d’habitation
typiquement tibétaines. Fabriquées en pierre ou en torchis
sur une structure de bois, les maisons de Daofu font
appel à des techniques de construction particulièrement
sophistiquées. Chaudes en hivers et fraîches en été,
on les surnomme les « Maisons des dieux ». L’intérieur
est décoré de peintures et de sculptures toutes en finesse,
et la salle de séjour est luxueusement meublée afin
de montrer la richesse du maître des lieux. Le hall
des suutras est une pièce calme et tranquille où se
dresse la statue du Bouddha que l’on vient prier, entouré
de lampes à beurre brûlant en permanence. La chambre
est meublée simplement, avec un lit tibétain multifonctions,
créant une atmosphère chaleureuse. Sur le balcon, des
fleurs et des plantes sont cultivées toute l’année.
Notre étape suivante fut le district de Luhuo, où nous
avons visité les monastères de Shouling et de Jueri.
Les nombreux bâtiments composant ces deux monastères
en font des exemples architecturaux uniques. A l’intérieur,
ce ne sont que fresques murales colorées, statues de
Bouddha, tentures Tanka, mais aussi instruments de musique,
vaisselle sacrificielle, bannières mani, moulins à prières…
Une splendeur. Parmi toutes les photos que j’ai prises
dans ces deux monastères, mes deux préférées sont celle
de la statue de Sakyamuni et celle d’ouvriers travaillant
à la restauration du monastère. J’aime particulièrement
la première car j’ai dû négocier longtemps avec les
moines avant qu’ils ne m’autorisent à la prendre. La
deuxième ressemble à une peinture à l’huile.
Nous sommes arrivés ensuite
à Garze en pleine célébration de la fête nationale.
En suivant le son des trompes fahao et des gongs, nous
avons pu trouver le monastère de Garze - célèbre monastère
de la secte Jaune du bouddhisme tibétain - au nord de
la ville éponyme, où une danse des sorciers était en
train d’être exécutée. Le monastère a été construit
en gradins sur une colline, ce qui le rend visible de
loin. A proximité, se trouvent également les monastères
de Dajin et Baili qui valent eux-aussi le détour.
|
|
|
|
|
Un
ancien bâtiment de pierre à Danba, connu comme étant
un des « Pyramides d’Orient ».
|
Bâtisse
en pierre à Danba. La plupart avaient une fonction militaire
en cas de guerre et servaient de maison d’habitation
le reste du temps.
|
Quittant
Garze pour le district de Dege, nous avons été fascinés
par la montagne Que’er, qui, du haut de ses 6 168 mètres
domine l’autoroute Sichuan-Tibet. A ses pieds (4 100 m
d’altitude tout de même !), elle est baignée par le lac
Xinlu, entouré d’épicéas, de sapins et de cyprès. Sous
le ciel bleu traversé de nuages blancs, les reflets des
neiges éternelles des montagnes environnantes à la surface
du lac sont à peine troublés par des ondulations cristallines.
Dans les prairies alentours, se dressent 83 imposantes
pierres mani portant la parole efficaces en six syllabes
« Om Mani Padme hum ».
Dans le massif Que'er, nous avons
croisé quatre pèlerins venus de Kangding (province du
Sichuan) qui progressaient en mettant leur corps entier
en contact du sol, se prosternant tous les trois pas.
Ils avaient fait le vœu d’aller ainsi jusque Lhasa, ce
qui leur demanderait plus d’un an. Impressionné par leur
foi et leur persévérance, nous les laissèrent à leur aventure
spirituelle.
Le district de Dege est une ancienne
ville de culture au sein des régions peuplées de Tibétains,
dans la province du Sichuan. En 1792, une imprimerie a
été construite ici, dans le style à la fois simple et
solennel de l’architecture tibétaine. Accompagné de M.
Basum, le directeur de l’imprimerie, nous avons eu le
privilège de visiter des endroits normalement fermés au
public et de pouvoir prendre des photos là où c’est généralement
interdit.
Selon M. Basum, l’imprimerie de
Dege abrite plus de 630 volumes de livres et quelque 280
000 matrices d’impression, la plaçant en tête de toutes
les maisons d’édition de la région, et en faisant un lieu
sacré et le cœur de la culture tibétaine. De retour vers
Chengdu, nous avons fait une courte halte à Kangding,
où nous avons visité le monastère Tagong, connu également
sous le nom de petit monastère Jokhang, et le pont Xindu,
véritable paradis pour les photographes. |
|
|
|
|