2002.08

A travers le pays

 
Sur la route du Nord-Ouest du Sichuan

Texte et photos : Zhou Shitong



Une des nombreuses pagodes visibles dans le district de Dawu.
Luamu, reine de beauté de Danba.
. Lever de soleil dans les pâturages.
    A l’automne dernier, avec des amis et collègues photographes, nous sommes partis de Chengdu, sur l’autoroute Sichuan-Tibet, en direction du Nord-Ouest du Sichuan, à la découverte d’une terre encore peu connue d’histoire et de traditions tibétaines.
    Nous nous sommes essentiellement arrêtés à cinq endroits, tous situés dans le département autonome tibétain de Garze, qui sont, d’Est en Ouest : le district de Danba, à 350 km de Chengdu, le district de Daofu, et ceux de Luhuo, de Garze et de Dege. Dege, notre dernière étape qui se trouve à 900 km de Chengdu, est le point de passage entre la province du Sichuan et la région autonome du Tibet.
Le district de Danba est situé dans les contreforts sud du plateau du Qinghai-Tibet. Traversé par le cours supérieur de la rivière Dadu, c’est une terre fertile au climat tempéré habitée par l’Homme depuis plus de 5 000 millénaires selon les archéologues. Des peuplades de Sanxindui auraient vécu ici. Bâtie à flanc de falaise, Danba est surnommée « la ville des Rochers ». Dans la commune de Suopo, on peut voir un groupe d’anciennes bâtisses de pierre construite sous les dynasties du Nord et du Sud (420-589). Leur solidité leur a permis de survivre à plus d’un millénaire de guerres, de tremblements de terre, de pluie et de vent, leur valant le surnom de Pyramides de l’Orient.
    Ces bâtisses sont de tailles et de formes différentes. La plus haute dépasse les 60 mètres. Elles peuvent avoir été construites selon un plan en forme de carré, de pentagone, d’hexagone, d’octogone et même de dodécagone. Avec des angles aussi acérés que des lames, ces maisons dressées vers les ciels ressemblent à un faisceau d’épées. Les bâtiments ont chacun une fonction bien particulière : forteresse, tour de guet, fortin de village et habitation. Les maisons d’habitation font généralement une dizaine de mètres de haut et l’on y pénètre par une échelle. Une fois à l’intérieur, on retire l’échelle et bien malin celui - même le plus expérimenté en arts martiaux - qui ne pourra pénétrer dans le bâtiment !
Le lac Xinlu, dans le district de Dege, connu comme étant le lac de Jade de l’Ouest (résidence de la Reine-mère de l’Ouest).
Maisons d’habitation de style tibétain magnifiquement préservées dans la ville de Jiaju (district de Danba).

    La commune de Jiaju, à Danba, est un des rares endroits on l’on peut encore admirer des maisons traditionnelles tibétaines. Le spectacle est saisissant dès que l’on pénètre dans les monts Niega où se trouve Jiaju : plus d’une centaine de maisons tibétaines rouges, jaunes ou noires apparaissent, dispersées entre les arbres, des flancs de la montagne au fond de la vallée. Des pommes, des grenades, des poires et des noisettes font plier les branches des arbres tandis que des grappes de piments sèchent à l’extérieur des maisons. Un homme tibétain nous invita à pénétrer chez lui, nous offrant de délicieux fruits, à peine cueillis des arbres entourant sa maison.
    Danba est aussi la terre des beautés. On raconte en effet que ces dernières années, la plupart des Reines de beauté de la préfecture de Garze sont originaires de cette région. Et effectivement, en visitant le village de Badi, nous sommes tombés sous le charme de Luamu, une des dix plus belles jeunes filles des régions habitées par des Tibétains. Devant notre insistance, elle a accepté, avec ses amies, de nous interpréter quelques chants et danses traditionnels tibétains, dans une clairière, le long de la rivière Dadu.
    Quittant Danba pour le district de Daofu, nous avons pu découvrir les fabuleux paysages de la rivière Maoniu, connue comme étant le « Jardin miniature naturel ». Nous avons également pu découvrir l’unique forêt de formations de terre de Chine à Bamei. On nous a expliqué que jadis, la région autour de Bamei était recouverte par la mer. Après que l’eau s’est retirée, le niveau du sol s’est mis à s’élever, donnant naissance à ces formations de terre. Paysage fabuleux que nous avons dû prendre en photos sous tous les angles possibles et imaginables !

Concert de trompes fahao, durant la fête nationale au monastère de Garze.
Le dagoba Shenghli (de la Victoire), construite sur ordre du Xe Panchen Lama.
Les bâtiments de style tibétain de l’imprimerie de Dege.

    Mais la véritable destination à notre excursion dans le district de Daofu était le dagoba Shengli (de la Victoire), construit sur les instructions d’Erdini Qoigyi Gyaincain, Xe Panchen Lama. Le dagoba est entouré de maisons d’habitation typiquement tibétaines. Fabriquées en pierre ou en torchis sur une structure de bois, les maisons de Daofu font appel à des techniques de construction particulièrement sophistiquées. Chaudes en hivers et fraîches en été, on les surnomme les « Maisons des dieux ».     L’intérieur est décoré de peintures et de sculptures toutes en finesse, et la salle de séjour est luxueusement meublée afin de montrer la richesse du maître des lieux. Le hall des suutras est une pièce calme et tranquille où se dresse la statue du Bouddha que l’on vient prier, entouré de lampes à beurre brûlant en permanence. La chambre est meublée simplement, avec un lit tibétain multifonctions, créant une atmosphère chaleureuse. Sur le balcon, des fleurs et des plantes sont cultivées toute l’année.
Notre étape suivante fut le district de Luhuo, où nous avons visité les monastères de Shouling et de Jueri. Les nombreux bâtiments composant ces deux monastères en font des exemples architecturaux uniques. A l’intérieur, ce ne sont que fresques murales colorées, statues de Bouddha, tentures Tanka, mais aussi instruments de musique, vaisselle sacrificielle, bannières mani, moulins à prières… Une splendeur. Parmi toutes les photos que j’ai prises dans ces deux monastères, mes deux préférées sont celle de la statue de Sakyamuni et celle d’ouvriers travaillant à la restauration du monastère. J’aime particulièrement la première car j’ai dû négocier longtemps avec les moines avant qu’ils ne m’autorisent à la prendre. La deuxième ressemble à une peinture à l’huile.
    Nous sommes arrivés ensuite à Garze en pleine célébration de la fête nationale. En suivant le son des trompes fahao et des gongs, nous avons pu trouver le monastère de Garze - célèbre monastère de la secte Jaune du bouddhisme tibétain - au nord de la ville éponyme, où une danse des sorciers était en train d’être exécutée. Le monastère a été construit en gradins sur une colline, ce qui le rend visible de loin. A proximité, se trouvent également les monastères de Dajin et Baili qui valent eux-aussi le détour.

Un ancien bâtiment de pierre à Danba, connu comme étant un des « Pyramides d’Orient ».
Bâtisse en pierre à Danba. La plupart avaient une fonction militaire en cas de guerre et servaient de maison d’habitation le reste du temps.
    Quittant Garze pour le district de Dege, nous avons été fascinés par la montagne Que’er, qui, du haut de ses 6 168 mètres domine l’autoroute Sichuan-Tibet. A ses pieds (4 100 m d’altitude tout de même !), elle est baignée par le lac Xinlu, entouré d’épicéas, de sapins et de cyprès. Sous le ciel bleu traversé de nuages blancs, les reflets des neiges éternelles des montagnes environnantes à la surface du lac sont à peine troublés par des ondulations cristallines. Dans les prairies alentours, se dressent 83 imposantes pierres mani portant la parole efficaces en six syllabes « Om Mani Padme hum ».
    Dans le massif Que'er, nous avons croisé quatre pèlerins venus de Kangding (province du Sichuan) qui progressaient en mettant leur corps entier en contact du sol, se prosternant tous les trois pas. Ils avaient fait le vœu d’aller ainsi jusque Lhasa, ce qui leur demanderait plus d’un an. Impressionné par leur foi et leur persévérance, nous les laissèrent à leur aventure spirituelle.
    Le district de Dege est une ancienne ville de culture au sein des régions peuplées de Tibétains, dans la province du Sichuan. En 1792, une imprimerie a été construite ici, dans le style à la fois simple et solennel de l’architecture tibétaine. Accompagné de M. Basum, le directeur de l’imprimerie, nous avons eu le privilège de visiter des endroits normalement fermés au public et de pouvoir prendre des photos là où c’est généralement interdit.
    Selon M. Basum, l’imprimerie de Dege abrite plus de 630 volumes de livres et quelque 280 000 matrices d’impression, la plaçant en tête de toutes les maisons d’édition de la région, et en faisant un lieu sacré et le cœur de la culture tibétaine. De retour vers Chengdu, nous avons fait une courte halte à Kangding, où nous avons visité le monastère Tagong, connu également sous le nom de petit monastère Jokhang, et le pont Xindu, véritable paradis pour les photographes.