Bonne
surprise que le Shanxi. Car le moins que l'on puisse
dire, c'est que cette province, pourtant pas très
loin de Beijing, reste méconnue, voire même mal-aimée.
Avant le départ, j'avais jeté un coup d’œil sur l'édition
1999 de mon guide de voyage sur la Chine : sur le
bon millier de pages que compte ce qui, très souvent
à juste titre, est considéré comme la bible du voyageur
occidental en Chine, à peine une quinzaine était consacrée
à cette province. Quant à mes amis chinois, ils m'avaient
surtout mis en garde contre la pollution…
Certes, cette réputation n'est
pas complètement usurpée. Assise sur un énorme tas
de houille, la province a appuyé son développement
dans les années 50 et 60 sur l'industrie lourde et
l'énergie. Mais le Shanxi ne se limite pas aux mines,
aux fumées des aciéries et aux trains de charbon.
Peut-être justement parce que la province est en partie
restée à l’écart de la modernisation dans les années
80-90, le temps semble ici être resté suspendu et,
de la vieille ville de Pingyao aux résidences des
riches marchands de la dynastie des Qing disséminées
autour en passant par les extraordinaires statues
d’arhats dans le temple Shuanglin (dynastie des Song),
le Shanxi dispose d'une richesse culturelle incomparable.
A mi-chemin entre Xi'an et
Beijing, le Shanxi, un des berceaux de la civilisation
chinoise, a connu son heure de gloire à la fin des
Ming. C'est à cette époque en effet que sont apparues
plusieurs dynasties de riches commerçants, qui, pour
certains, allaient vendre le thé du Fujian dans le
nord de la Chine et jusqu'en Russie, d'où ils revenaient
chargés de fourrures qu'ils écoulaient ensuite en
Chine. De génération en génération, des fortunes considérables
furent ainsi accumulées, tandis qu'apparaissaient
de nouvelles formes d'activités économiques comme
la banque par exemple (Pingyao abrite la première
banque privée de l'histoire chinoise). Ces riches
marchands construirent d'immenses résidences en forme
de châteaux forts pour abriter leur clan et leur fortune.
De fait, certaines, comme le manoir de la famille
Chang, ressemblent plus à de véritables villes qu'à
des maisons : aux temps de la splendeur de la famille,
l'ensemble, dont un immense jardin, couvrait 600 000
m² ! Aujourd'hui, un quart environ de la résidence
a été préservé et restauré et peut être visité. Les
décorations - sculptures sur bois et sur pierre, bas-reliefs,
colonnades, kiosques, corridors peintures… où chaque
détail a une signification symbolique - sont extraordinairement
riches et la collection de tablettes, reproduisant
les calligraphies de 44 rois ou reines chinois servant
de modèles aux enfants du clan dans la cour de l'école
privée est à couper le souffle.
Derrière ses hautes murailles,
parmi les mieux préservées qui soient en Chine, Pingyao
abrite elle aussi quelques magnifiques exemples de
résidences. L'intérieur de la ville n'est que dédales
de rues pavées bordées de commerces et de ruelles,
étroites, enfoncées entre de hauts murs crénelés en
brique. Comparée à d'autres villes anciennes chinoises,
dont le patrimoine a bien souvent pâti de la modernisation,
Pingyao est un cas à part. A l'abri dans son enceinte,
le temps semble s'y être arrêté au début du siècle,
lorsque la prospérité de la ville s'est effondrée
avec la dernière dynastie impériale chinoise. Si certaines
résidences, comme celle de la famille Wang ou encore
la banque Rishengchang et l’ancien tribunal, ont été
transformées en musées ou d'autres en hôtels, la plupart
des résidences sont toujours "vivantes", habitées
par des familles et ont conservé, sous la marque du
temps qui passe, les traces de leur ancienne splendeur.
Se rendre à Pingyao :
Depuis Beijing (gare de l’Ouest
?), des trains de nuits permettent de rallier la gare
de Pingyao, située à proximité immédiate de l’ancienne
ville. De là, des taxis ou de petits véhicules électriques
permettent de se rendre dans la ville ancienne.
Plusieurs anciennes résidences
ont été transformées en hôtels, permettant, pour un
prix modeste, de dormir dans un décor digne du film
les « Lanternes rouges ». Durant notre séjour, nous
étions logé au « Pingyao County People’s Governement
fixed Point Hotel », ancien relais transformé en auberge,
qui a l’avantage de se trouver en plein centre de
la vieille ville. Il propose également des visites
guidées de la ville et de venir vous chercher et reconduire
à la gare.
Tel : 0354 - 5684 188
Manger : les deux spécialités du Shanxi sont les nouilles
(plus de 300 sortes !) et le vinaigre. A Pingyao,
vous pourrez aussi manger une délicieuse sorte de
charcuterie à base de bœuf.