2002.08

Tourisme

 
Shanxi : le temps suspendu

Par Alexis Vannier



     Bonne surprise que le Shanxi. Car le moins que l'on puisse dire, c'est que cette province, pourtant pas très loin de Beijing, reste méconnue, voire même mal-aimée. Avant le départ, j'avais jeté un coup d’œil sur l'édition 1999 de mon guide de voyage sur la Chine : sur le bon millier de pages que compte ce qui, très souvent à juste titre, est considéré comme la bible du voyageur occidental en Chine, à peine une quinzaine était consacrée à cette province. Quant à mes amis chinois, ils m'avaient surtout mis en garde contre la pollution…
    Certes, cette réputation n'est pas complètement usurpée. Assise sur un énorme tas de houille, la province a appuyé son développement dans les années 50 et 60 sur l'industrie lourde et l'énergie. Mais le Shanxi ne se limite pas aux mines, aux fumées des aciéries et aux trains de charbon.
Peut-être justement parce que la province est en partie restée à l’écart de la modernisation dans les années 80-90, le temps semble ici être resté suspendu et, de la vieille ville de Pingyao aux résidences des riches marchands de la dynastie des Qing disséminées autour en passant par les extraordinaires statues d’arhats dans le temple Shuanglin (dynastie des Song), le Shanxi dispose d'une richesse culturelle incomparable.
    A mi-chemin entre Xi'an et Beijing, le Shanxi, un des berceaux de la civilisation chinoise, a connu son heure de gloire à la fin des Ming. C'est à cette époque en effet que sont apparues plusieurs dynasties de riches commerçants, qui, pour certains, allaient vendre le thé du Fujian dans le nord de la Chine et jusqu'en Russie, d'où ils revenaient chargés de fourrures qu'ils écoulaient ensuite en Chine. De génération en génération, des fortunes considérables furent ainsi accumulées, tandis qu'apparaissaient de nouvelles formes d'activités économiques comme la banque par exemple (Pingyao abrite la première banque privée de l'histoire chinoise). Ces riches marchands construirent d'immenses résidences en forme de châteaux forts pour abriter leur clan et leur fortune. De fait, certaines, comme le manoir de la famille Chang, ressemblent plus à de véritables villes qu'à des maisons : aux temps de la splendeur de la famille, l'ensemble, dont un immense jardin, couvrait 600 000 m² ! Aujourd'hui, un quart environ de la résidence a été préservé et restauré et peut être visité. Les décorations - sculptures sur bois et sur pierre, bas-reliefs, colonnades, kiosques, corridors peintures… où chaque détail a une signification symbolique - sont extraordinairement riches et la collection de tablettes, reproduisant les calligraphies de 44 rois ou reines chinois servant de modèles aux enfants du clan dans la cour de l'école privée est à couper le souffle.
    Derrière ses hautes murailles, parmi les mieux préservées qui soient en Chine, Pingyao abrite elle aussi quelques magnifiques exemples de résidences. L'intérieur de la ville n'est que dédales de rues pavées bordées de commerces et de ruelles, étroites, enfoncées entre de hauts murs crénelés en brique. Comparée à d'autres villes anciennes chinoises, dont le patrimoine a bien souvent pâti de la modernisation, Pingyao est un cas à part. A l'abri dans son enceinte, le temps semble s'y être arrêté au début du siècle, lorsque la prospérité de la ville s'est effondrée avec la dernière dynastie impériale chinoise. Si certaines résidences, comme celle de la famille Wang ou encore la banque Rishengchang et l’ancien tribunal, ont été transformées en musées ou d'autres en hôtels, la plupart des résidences sont toujours "vivantes", habitées par des familles et ont conservé, sous la marque du temps qui passe, les traces de leur ancienne splendeur.
Se rendre à Pingyao :
    Depuis Beijing (gare de l’Ouest ?), des trains de nuits permettent de rallier la gare de Pingyao, située à proximité immédiate de l’ancienne ville. De là, des taxis ou de petits véhicules électriques permettent de se rendre dans la ville ancienne.
    Plusieurs anciennes résidences ont été transformées en hôtels, permettant, pour un prix modeste, de dormir dans un décor digne du film les « Lanternes rouges ». Durant notre séjour, nous étions logé au « Pingyao County People’s Governement fixed Point Hotel », ancien relais transformé en auberge, qui a l’avantage de se trouver en plein centre de la vieille ville. Il propose également des visites guidées de la ville et de venir vous chercher et reconduire à la gare.
    Tel : 0354 - 5684 188


Manger : les deux spécialités du Shanxi sont les nouilles (plus de 300 sortes !) et le vinaigre. A Pingyao, vous pourrez aussi manger une délicieuse sorte de charcuterie à base de bœuf.