2002.09

Tourisme

 
Huanghuacheng, la Grande Muraille autrement

Texte et photos : Wu Xinyi



    Si vous demandez à aller voir la Grande Muraille de Chine, on vous conseillera probablement les tronçons à Badaling, Mutianyu et Simatai, qui, restaurés, sont ouverts au tourisme. Celui de Huanghuacheng, en effet, au nord-ouest du chef-lieu du district de Huairou à 60 km de Beijing reste méconnu. Le paysage y est sans doute moins grandiose qu’à Badaling, les collines moins abruptes qu’à Simatai, mais la Grande Muraille à Huanghuacheng a gardé son aspect original. On raconte qu’elle est faite de briques et de pierres collées entre elles avec de l’eau de millet, c’est pourquoi elle est extrêmement solide. Malgré les brèches et les bouts de murs partiellement ou totalement effondrés, on y découvre des murailles, des tours de guet, des passes, des terrasses, des portes voûtées et des fortins dont une bonne partie est encore en bon état. Sur la paroi rocheuse au-dessus de la porte de la passe sont gravés les deux caractères « Jin Tang », signifiant « muraille de métal et fossé d’eau bouillante », surnom de cette passe imprenable qui fait que ce tronçon de Grande Muraille soit aussi appelée la « Grande Muraille Jintang ».
    Huanghuacheng était appelé autrefois « Huanghuazhen ». S’étirant sur une dizaine de km, ce tronçon de la Grande Muraille fut une position d’importance stratégique dans l’histoire. A cet endroit, montagnes et eau sont intimement mêlées, la Grande Muraille étant divisée par un lac profond de plusieurs dizaines de mètres dont les eaux cristallines qui abritent de nombreux poissons sont couvertes d’herbes aquatiques.
    L’eau jaillissant en abondance des sources, beaucoup de familles des villages à Huanghuacheng possèdent un étang. La truite arc-en-ciel élevée par les villageois est une spécialité très appréciée des gastronomes. On peut la manger crue, coupée en tranches ou cuite à la vapeur. Mais, la plus délicieuse est la truite grillée ou encore au court-bouillon… Le choix est vaste !
    D’avril à novembre est certainement la meilleure période pour admirer les magnifiques paysages de la Grande Muraille à Huanghuacheng. En été, les randonneurs peuvent même bivouaquer sur la Grande Muraille.

 

    J’ai fait connaissance avec une étudiante américaine à Beijing lorsque je visitais pour la première fois la Grande Muraille à Huanghuacheng. A ma plus grand surprise, elle m’a appris qu’elle y venait une ou deux fois par semaine ! Elle aimait la simplicité de la Grande Muraille et se perdait souvent en rêveries en restant assise sur le sommet d’une montagne. « A chaque fois, j’ai une nouvelle impression sur la Grande Muraille, m’a-t-elle expliqué. Je ne me lasse pas de revenir admirer les paysages de cet endroit. » Pour pouvoir continuer sa relation si particulière avec la Grande Muraille, elle envisageait même de chercher un emploi à Beijing après ses études universitaires...
    Chaque année, en avril et en octobre, je fais une excursion à la Grande Muraille à Huanghuacheng. Au printemps, à côté de la promenade sur la Grande Muraille et d’une truite dégustée chez les villageois, j’ai pu goûter à toutes sortes de plantes sauvages comestibles telles que l’œnanthe, l’asperge, les pousses de zanthoxylum, de saule, de poivrier, de cédrèle de Chine, etc.
    En octobre, en gravissant la Grande muraille, on est ébloui par la beauté des paysages automnaux. Des nuages blancs flottent parfois dans le ciel d’azur et les plantes aux feuilles vertes, jaunes ou rouges tapissent les vallées et les versants de montagne. Les branches des fruitiers sont chargées de fruits. Charnues et d’un goût délicieux, les châtaignes produites dans cette région se vendent bien à l’étranger. Les touristes peuvent cueillir eux-mêmes des poires bien mûres. Toutes les familles possèdent des jujubiers dont les fruits, grandes, croquants et sucrés sont pratiquement impossibles à se procurer en ville.

    Je me souviens que durant mon enfance, j’aimais manger des noix fraîches, pelées et toute blanches, d’une saveur exquise. Cet endroit me permet de retrouver les impressions de mon enfance et je comprends maintenant pourquoi l’étudiante américaine ne se lasse pas d’y revenir.
    S’il neige en hiver, le paysage à la Grande Muraille à Huanghuacheng sera encore plus enchanteur. A la Grande Muraille à Huanghuacheng, il n’y a ni escalier ni piste à suivre, au contraire de Badaling. En été, les herbes folles sur les versants peuvent atteindre 2 m de haut, cachant souvent les sentiers tortueux et étroits. Pour monter sur les falaises, il faut parfois grimper à quatre pattes. Il arrive souvent qu’on ait les vêtements déchirés par les ronces. Quand vous êtes monté à grand-peine sur un mur crénelé, vous verrez d’autres murailles vous attendre et vous inviter à continuer à grimper… « On ne peut se prétendre brave avant d’être monter sur la Grande Muraille. » dit le proverbe… Seuls ceux qui font preuve de la plus grande bravoure peuvent atteindre le sommet… Pourtant, en admirant la beauté des paysages et en respirant l’air frais au sommet d’une montagne, on se sent libéré de tous ses soucis, on sent que l’on vit un moment dont la douceur du souvenir nous poursuivra toute la vie…