2002.09

Peuple chinois

 

A la porte du printemps :
Les tableaux du Nouvel-An du village de Zhuxianzhen

Par Wang Lili



L’ancien siège de la Maison d’édition des tableaux du Nouvel-An en 1984.

Le Dieu gardien de la porte.
Yao Jintang, 71 ans, premier directeur de la Maison d’édition des tableaux du Nouvel-An, en train de relier son « Recueil des histoires de tableaux de Nouvel-An de Zhuxianzhen. »
Préparation d’une matrice d’impression de tableaux du Nouvel-An.

    C’est une coutume qui dure depuis 17 siècles. Chaque année, à l’occasion de la Fête du Printemps, chaque famille appose un tableau de Nouvel An. Cet art est différent des autres genres de peinture, on ne l’achète que pour la Fête du Printemps, d’où son nom. A la veille du Nouvel An, on affiche un tableau de ce genre sur sa porte pour avoir une atmosphère de fête mais aussi exprimer des aspirations simples comme une moisson abondante, une famille en bonne santé, éviter l’influence diabolique ou chasser la calamité, etc.
    Avec le temps, en Chine, quatre lieux se sont progressivement distingués pour leurs tableaux de Nouvel An : le village de Yangliuqing à Tianjin, le village de Yangjiafu à Weifang (Shandong), le village de Taohuawu à Suzhou (Jiangsu) et le village de Zhuxianzhen à Kaifeng (Henan). Parmi ces quatre, ce sont les tableaux de Nouvel An de Zhuxianzhen dont l’histoire remonte le plus loin. Avec leur style folklorique et leur couleur locale accusée, elles sont appréciés tant en Chine qu’à l’étranger.
    Zhuxianzhen a été fondé à la période des Royaumes Combattants (475 av. J.-C.-221 av. J.-C.). Durant la dynastie des Song (960-1279), cette zone, position militaire près de la capitale des Song du Nord (960-1127), prit de l’importance. Avec la mise en service du Grand Canal, Zhuxianzhen connut son heure de gloire sous les Ming (1368-1644) et les Qing (1644-1911) : Zhuxianzhen s’étendait alors sur 25 km2 et comptait plus de 200 000 d’habitants, tandis que ses tableaux de Nouvel An se répandaient vers tous les coins du pays, apportant la prospérité économique.

Séchage d’une couleur d’un tableau, avant l’application de la suivante.
Jeunes gens venus de la ville choisir des tableaux du Nouvel-An.

    Les tableaux de Nouvel An sont aussi appelés ‘‘Dieu gardien de la porte’’. Leur histoire peut remonter jusqu’à la dynastie Tang (618-907). Selon la légende, Li Shimin, empereur Taizong des Tang, voyait souvent en rêve un démon qui lui réveillait en sursaut lorsqu’il dormait. Pour le chasser, il donna l’ordre à ses deux généraux, Qin Qiong et Yuchi Jingde, de veiller en armes devant la porte. Dès lors, l’empereur put dormir tranquillement. Mais, voyant bien que cette situation ne pouvait durer éternellement, l’empereur fit afficher leur portrait sur la porte, portraits qu’il appela ‘‘Dieu gardien de la porte’’ et qui devinrent le sujet principal du tableau du Nouvel-An.
    Le tableau de Nouvel-An en impression xylographique est généralement composé de trois couleurs (vert, jaune et rouge), nombre qui peut parfois atteindre neuf.
    Selon Zhang Jizhong, directeur de la Maison d’édition du tableau du Nouvel-An, autrefois, les colorants étaient fabriqués avec des minéraux et des végétaux : le noir avec l’huile de pin diluée, le jaune avec du riz mélangé d’alun, le vert à partir de bronze, le bleu extrait des graines de tournesol… Le papier était fabriqué à partir de paille, etc. Ces dernières années, les colorants chimiques sont également utilisés pour l’impression des tableaux du Nouvel-An.
    Zhouxianzhen abrite aujourd’hui la Maison d’édition des tableaux du Nouvel-An et l’Association de recherche sur les tableaux du Nouvel-An. On y produit environ 300 000 tableaux qui sont vendus tant en Chine qu’à l’étranger.