2002.09

Peuple chinois

 

Les porteurs de Chongqing

Photos : Ran Yujie



Devant un magasin, les porteurs attendent dans l’espoir de trouver du travail.
Vieux ou jeunes, les porteurs vivent de leur force.

    « Hou… » Au son des rugissements de la sirène, un navire approche doucement du quai de Chaotianmen à Chongqing, où un groupe de porteurs, les yeux grands-ouverts, attend son arrivée. Le bateau a finalement accosté. Immédiatement, tous les porteurs se précipitent vers la berge pour solliciter du travail. Déjà, certains d’eux portent des sacs et les bagages des passagers sur le quai. Sans autre moyen que leurs muscles, les porteurs peuvent porter sur l’épaule des objets lourds, comme une machine à laver. Huang Guangming, petit mais costaud, et quatre autres porteurs qu’il dirige ont mis 17 valises sur une charrette à bras, les ont attachées avec une corde et sont partis en poussant la charrette qui se balançait sur un terrain accidenté.
    Les porteurs du quai comme Huang Guangming sont pour la plupart les descendants des haleurs qui tiraient de toute leur force des bateaux vers l’amont du fleuve Yangtsé. Les histoires de ces derniers sont de nos jours encore très populaires. Avec la mise en service des navires à moteur, les haleurs se sont retirés de la scène et ont cédé la place aux porteurs qui cherchent un gagne-pain sur les rives du Yangtsé.

Porter un poids plus lourd qu’eux-mêmes, une tâche courante pour les porteurs.
Coup de blues. Lorsqu’ils n’ont pas trouvé de travail, les porteurs sont souvent pris d’une irrépressible nostalgie de leur pays natal et de leur famille. Dès que leur porte-monnaie sera un peu rempli, ils n’auront plus qu’une seule envie : rentrer.

    Chongqing a été construite sur des versants montagneux, raison pour laquelle elle est aussi appelée la « ville des montagnes ». A cause de sa configuration géographique particulière, on a besoin de porteurs pour transporter des marchandises à travers les rues en pente raide et les ruelles étroites aux nombreuses marches jusqu’à leur destination finale. On compte ainsi à Chongqing quelque 200 000 porteurs dont la plupart sont venus des régions rurales. Ayant quitté leurs champs, ils viennent gonfler les rangs des travailleurs migrants de cette ville.
    Il y a quelques années, la télévision de Chongqing a diffusé un feuilleton en 20 épisodes intitulé « Les porteurs dans la ville des montagnes ». Dans la Chine du Sud-Ouest, quelque 100 millions de personnes ont regardé ce téléfilm. Depuis, les histoires de ces porteurs ont été largement diffusées dans toute la Chine.
    Comparés aux personnages du téléfilm, les vrais porteurs sont plus réalistes. Huang Guangming a un but et un espoir. Son but : porter toujours plus pour gagner un peu plus d’argent. Son espoir : son fils. « J’espère qu’il pourra étudier diligemment pour entrer un jour à l’université, explique-t-il. Peu importe le métier qu’il exercera demain pourvu qu’il ne soit pas porteur comme moi. »