2002.09

Peuple chinois

 

Une vie de chien soldat
--Rencontre avec les militaires du plus grand centre canin de l’APL

Texte : Chen Hui
Photos : Chen Hui et Duan Xiao



    Dans les montagnes de Yanshan à Beijing, à l’ombre de la Grande Muraille, se trouve le plus grand centre canin de l’Armée populaire de Libération (APL), base d’entraînement et de reproduction des chiens de l’armée.
    Alors que la voiture s’engage entre les montagnes, nous entendons résonner dans la vallée les aboiements des animaux, nous faisant sentir que nous venons d’entrer dans le royaume des chiens de l’armée. Derrière la porte, un immense terrain, théâtre d'entraînements plus spectaculaires les uns que les autres.

Combats de chiens et chiens de combat
    36 chiens provenant de 11 équipes de l’armée participent aujourd'hui à un concours de combat. Ces chiens représentent l’élite canine triée parmi les quelque 10 000 chiens de l’armée. Une centaine de généraux et officiers supérieurs assistent au spectacle.
    Plusieurs chiens font leur entrée, accompagnés de soldats des armées de terre et de mer, en uniforme et casqués. Ils défilent devant la tribune d’honneur. Les chiens marchent au même pas que les hommes, dans un alignement parfait. Le juge donne le signal de départ. Les dresseurs lâchent leur animal. Les chiens partent comme des flèches, traversent des fossés de plus de deux mètres de large, sautent des murs de trois mètres de haut, passent au travers de cerceaux dont certains enflammés. Les 36 animaux passent aussi l'un après l'autre un obstacle particulièrement haut, retombant tout en douceur sur terre, devant les regards ébahis des spectateurs.
    Soudain, une explosion. Les chiens traversent sans crainte aucune la fumée dégagée par les bombes, sautent les fossés sous les balles, rampent, courent, s’élançant immédiatement dans la direction donnée par leur maître suivant impeccablement les ordres des dresseurs. Des sirènes de polices retentissent. Deux motos portant deux soldats et deux chiens suivent à vive allure la voiture de police. Sur le terrain, un suspect armé prend la fuite. D’autres "terroristes" ont placé une bombe sous une voiture. Des chiens chinois de la race Kunming sont arrivés, se sont saisi de la bombe et sont allés la jeter à l’abri rapidement.
Plus loin un trafiquant de drogue a caché sa marchandise dans un sac en cuir, caché parmi sept autres sacs identiques. Un chien les flaire et reconnaît tout de suite le sac.
    En deux heures, les chiens de garde, les chiens de ronde, les chiens enquêteurs, les chiens antidrogue, bref en tout plus d’une dizaine de chiens spécialisés ont fait montre de tous leurs talents : combat, poursuite, détection de bombe, recherche d’individus…. soit plus d’une douzaine de tâches différentes sous les applaudissements du public.
    Les chiens de l’armée commencent leur entraînement à l’âge de huit mois. Pour donner cette représentation, les animaux ont dû subir un entraînement très sévère durant un an.

Passage d’obstacle.
Corps féminin de « maîtresses-chiens ».

Une vie de chien… de luxe
    Après ce spectacle, nous avons visité le chenil : des maisons de briques sont alignées, une piscine, la clinique vétérinaire, la cantine et le terrain de jeu forment un équipement très complet. Les chiens de l’armée bénéficient d’un traitement de faveur ! En Chine, le taux de mortalité parmi les chiens est de l’ordre de 30%. Ici, il ne dépasse pas 5 %… Chaque chien a sa propre chambre, chauffée, avec un sol en bois et un maître-chien pour une vingtaine d’animaux environ. Une odeur d’eau de javel règne dans le chenil. Les vitres sont impeccables, pas une trace de poussière par terre : un service cinq étoiles.
    C’est l’heure du déjeuner. Un soldat, Chen Sanwa, s’approche avec un seau rempli d’aliments pour chiens : du riz mélangé avec une poudre d’arêtes de poissons, des épinards et du porc tout chaud. Dès que la nourriture est servie, les chiens se précipitent pour manger goulûment. J’ai essayé de servir à manger à un chien. Bizarrement, l’animal n’a prêté aucune attention à sa ration. Le soldat arrive et m’explique que je dois le laisser faire : « Nos chiens ont reçu un entraînement spécial. Même affamés, ils ne mangeront pas de la nourriture servie par un inconnu. » Duan Xiao, qui nous sert de guide, nous explique aussi que la nourriture des chiens est parfaitement équilibrée, avec des céréales, du poisson, de la viande, des légumes, des œufs et des produits laitiers. En tout, chaque chien coûte plus de 5 000 RMB en frais de nourriture, logements, soins avant de pouvoir être utilisé par l’armée.
    Dans la niche N° 8, nous sommes tombés par hasard sur un accouchement d’une femelle labrador. Aidés par un vétérinaire et un maître-chien, huit chiots voient rapidement le jour. La chienne est comme une reine, allongée tranquillement tandis que le maître-chien et le vétérinaire transpirent à grosses gouttes à côté…
    Sorti du chenil, à proximité d’une colline, des soldats et des chiens s’amusent ensembles.

Couché !
Exercice d’infiltration d’un camp ennemi.

Conservatoire des races
    La base d’entraînement et de reproduction canine est une sorte de grand centre de rassemblement de races canines célèbres dans le monde entier. Plus d’une vingtaine de races célèbres venues de Chine, d’Allemagne, de Thaïlande, de Russie, d’Angleterre, du Japon, d’Australie, du Danemark, des Pays-Bas, du Pakistan, etc., de différents pays, au pelage de différentes couleurs, aux corps différents et aux caractères particuliers, se rencontrent ici et continuent à se reproduire. De fait, le corps canin de l’armée chinoise abrite la plus belle collection de races de chiens de toute la Chine.
    Les chiens de Kunming, appelés également chien-loup chinois - même si, génétiquement, ils n’ont rien à voir avec les loups - avec leurs oreilles fièrement dressées font un excellent chien de garde. Les chiens du Caucase (Russie), avec leur corps gros comme celui d’un veau et un caractère très agressif, font également d’excellents chiens de garde. Les rottweillers allemands, eux, ont un corps noir, des pattes brunes et pas de queue. Leur maître Meng Xiangping explique qu’en fait celle-ci a été coupée quatre jours après la naissance afin que le chien soit plus fort et plus rapide. Cette race est surtout utilisée pour les rondes.
    Par ailleurs, le centre joue également le rôle de conservatoire des espèces canines chinoises abritant des représentants d’espèces rares comme le Qiwawa par exemple, ces chiens de luxe n’ayant évidemment pas vocation à servir dans l’armée.
    L’adjoint au chef du centre, Fu Jingchun, explique que « nous avons introduit les meilleures espèces canines au monde en provenance d’Allemagne, Thaïlande, Russie, etc. Nous sommes une base de reproduction. Les descendants de ces chiens seront envoyés dans les différents régiments de l’armée. Nous fournissons également à la police des chiens d’excellente qualité. »