2002.10

Exclusif

 

Un toit à soi

Texte : Yin Jie



La Cité Neuve de Chang’an à Beijing est réputée pour le prix faible et la qualité appréciable de ses bâtiments résidentiels.

    La famille de Yu Lei compte trois membres : son mari, son fils et elle. Ils avaient à Beijing un appartement d’une seule pièce de 15 m2 avec un coin salon de 4 m2, une cuisine et un cabinet de toilette de 2 m2 chacun. Même avec chaque objet parfaitement rangé, l’étroitesse de leur logement se faisait durement ressentir.
    Aujourd’hui, tous les ennuis de Yu Lei ont disparu depuis qu’ils ont déménagé dans un appartement tout neuf de 117 m2. Son fils a sa propre chambre et son mari son bureau. Ce qui l’a poussée à acheter un appartement ? L’histoire suivante : une vieille femme américaine habitant une grande maison aurait dit avant sa mort : « Je suis parvenue à rembourser mon emprunt pour acheter ce logement. » tandis qu’une vieille femme chinoise qui logeait dans une petite chambre aurait affirmé au moment de rendre l’âme : « J’ai enfin assez d’argent pour acheter un logement »…
    L’appartement de Yu Lei a coûté 660 000 yuans. Ayant emprunté 200 000 yuans à ses parents et amis, elle a payé d’abord 410 000 yuans. Les 250 000 yuans restant doivent être remboursés en dix ans, soit 2 600 yuans par mois, chiffre correspondant à son revenu mensuel fixe.
    Actuellement, ceux qui achètent un logement à crédit sont de plus en plus nombreux en Chine. Les statistiques du ministère de la Construction révèlent que 94% des logements commercialisés ont été achetés par des particuliers. La vente des logements a stimulé le développement de l’économie chinoise. Le prix des logements a ainsi augmenté au cours des 15 dernières années passant de 486 yuans/m2 en 1987 à 2 226 yuans/m2 en 2001, soit une augmentation de 12,7% par an.
    A 2 000 yuans le mètre carré, on ne trouvera cependant un logement que dans les villes petites et moyennes. Dans les grandes agglomérations comme Beijing, Guangzhou et Shanghai, les immeubles d’habitation surgissent partout, les publicités remplissent le ciel et la terre, les salles d’expo vente de logements fourmillent de monde et le prix des logements est aussi beaucoup plus élevé.
    A Beijing, capitale chinoise, le prix de logement est de 5 000 yuans/m2 en moyenne, soit de 1 000 à 2 000 yuans de plus par mètre carré qu’à Shanghai où, qui plus est, la taxe contractuelle est également beaucoup plus faible. Par ailleurs, la mairie de Shanghai a pris d’autres mesures pour encourager les habitants à acheter un logement, comme par exemple des remises d’impôt. Ainsi, fin de 1999, une Shanghaienne ayant acheté un appartement de 2 pièces et de 2 salons, soit 98 m2, à 370 000 yuans a payé comptant 30% du total. Les 70% restant seront remboursés en 15 ans, soit 2 032 yuans à payer par mois. Bénéficiant des fonds d’épargne publics pour le logement et de la déductibilité fiscale, elle ne paie en fait que 100 à 200 yuans par mois.

Deux frères enrichis choisissent leur logement dans la zone centrale des affaires de Beijing.
Le 5 juin 2002, les 500 habitants d’un quartier de Shanghai ont protesté contre les entrepreneurs qui tentaient de construire un bâtiment de 20 étages sur un espace vert de 80 m2.
Lors d’une expo-vente des logements.

    A Beijing, 83,5% des habitants souhaiteraient acheter un logement à moins de 5 000 yuans/m2, ce qui n’empêche pas les publicités pour des résidences de luxe d’un prix fort élevé de fleurir…Ainsi, il y a peu, des villas construites d’après une conception américaine ont été mises en vente à Beijing. Ces villas avaient obtenu en 2001 un premier prix aux Etats-Unis où elles étaient cependant restées à l’état de prototype. A Beijing, chaque villa de ce type coûterait entre 4,5 et 10 millions de yuans. Pourtant, en un seul mois, 90% des villas ont été commandées et il n’en resterait que 3 sur 29. Qui a dit qu’il n’y avait pas de riches en Chine ?
    Cependant, la plupart des gens ordinaires restent dans l’expectative. A chaque fois qu’elle passe devant des bâtiments en passe d’être achevés, une ouvrière simple se demande : « Ma famille serait-elle installée là un jour ? » Et elle attend la baisse du prix du logement.
    Pourtant, selon un spécialiste en immobilier, le logement étant déjà devenu un bien important pour beaucoup de familles, une baisse des prix dans de fortes proportions aurait en fait un effet déstabilisateur. La concurrence sur le marché de l’immobilier est très acharnée et l’époque où les entreprises immobilières affichaient des bénéfices exorbitants a déjà pris fin. M. Zheng Zhi, directeur de vente de logements estime lui que : « les frais de démolition, l’indemnisation versée aux personnes déplacés, les fonds pour la construction et les frais fonciers sont très importants. Si l’on baisse encore le prix du logement, on risque de voir des entreprises frauder dans l’exécution des contrats. »
    Un jeune diplômé universitaire ayant un revenu annuel de 100 000 yuans a acheté il y a deux ans un vaste logement au prix de 6 000 yuans/m2 grâce à un prêt bancaire. Mais, peu après, sa femme a dû démissionner pour cause de grossesse. La famille s’est retrouvée dans une situation inextricable, se rappelant les paroles prémonitoires du père : « Tu crois que le logement est un bien à toi ? Non, le logement représente une dette énorme. » De fait, il est important de choisir un prix acceptable si l’on veut vraiment acheter un logement.

 

Un bâtiment résidentiel luxueux dans le nord de Beijing.
Des bâtiments neufs construits près de Yayuncun à Beijing. Après que Beijing a été optée pour accueillir les Jeux Olympiques de 2008, le prix des logements de ce quartier a haussé.

    Lors de l’achat d’un logement, on doit également se méfier des escroqueries. Il faut examiner la licence et les certificats de l’entreprise et signer un contrat détaillé afin d’éviter des ennuis éventuels. Très souvent, les vendeuses font aux clients une description extravagante. En fait, les entreprise immobilières représentent un des secteurs qui font le plus souvent l’objet de réclamations de la part des consommateurs. Beaucoup d’acheteurs s’aperçoivent ainsi que leur nouveau logement n’est pas aussi beau que ce qu’ils avaient imaginé. Pour certains même, « L’achat d’un mauvais logement est similaire à un mariage par erreur. Si l’on n’est pas mort d’ennui, on verra sa peau se desquamer. »
    Mais, avec l’élargissement du marché de l’immobilier, une réglementation en la matière a été adoptée permettant une amélioration continue des services après-vente des agences immobilières.