2002.12

Aspect des villes

 

Le nouveau visage que Shanghai offre au ciel

Texte de Shenhong
Photos de Sun Weizhong



Shanghai dans la nuit.
Le lac artificiel de Taipingqiao.

    ‘‘Un an, un aspect, trois ans pour le grand changement’’ : c’était l’espoir ardent placé par Deng Xiaoping en Shanghai. A ses yeux, Shanghai devait être la tête de dragon de l’impulsion donnée à l’essor de l’économie du bassin et du delta du fleuve Yangtsé. Après 20 ans de réforme et d’ouverture, à quoi ressemble Shanghai d’aujourd’hui ? Un coup d’œil vu du ciel nous donnera la réponse.
    Dès que l’on aperçoit l’immensité occupée par Shanghai le long du fleuve Huangpu, on est frappé par la « forêt » de béton armé qui semble jaillir du sol. Il y a une dizaine d’années, de Xujiahui, on ne connaissait que la cathédrale, la plus grande de Shanghai, l’Université des Communications de Shanghai, premier établissement d’enseignement supérieur ouvert par des Chinois eux-même ainsi que le Studio cinématographique de Shanghai. Aujourd’hui, il s’agit d’un grand quartier commerçant s’étalant sur 3,3 kilomètres carrés, où ont été érigés des buildings commerciaux de vingt ou trente étages, de grands hôtels et de grands ensembles de bureaux, reliés entre eux par des viaducs et le métro. Entre 500 000 et 800 000 personnes fréquentent ce quartier chaque jour.
    Hongqiao, une des premières parmi les 14 zones économiques spéciales au niveau national, ne couvre que 0,65 km2, mais abrite pourtant pas moins de 25 gratte-ciel modernes de styles différents. Ce qui n’était, au début des années 80, qu’une étendue de champs inhabités est aujourd’hui devenu le centre d’expositions, du tourisme et du commerce intérieur et extérieur de Shanghai, dont chaque mètre carré de terre a absorbé en moyenne quelque 2 000 dollars américains de capitaux étrangers.
    Dans les célèbres rues commerçantes (Nanjinglu, Huaihailu, Yananlu) les maisons sans étages délabrées ont fait place aux gratte-ciel surmontés d’une antenne satellite. Au sommet du Building de Shanghai, au confluent de la rivière de Suzhou et du fleuve Huangpu, a été installé un immense panneau publicitaire d’intérêt général portant la sentence de Deng Xiaoping : Le développement est la plus forte raison, qui brille au milieu des nombreuses publicités commerciales.

L’image de Pudong.
Le lac artificiel de Taipingqiao.

    Il y a 60 ans, sur Nanjinglu a été bâti le restaurant international qui, du haut de ses 83,6 m a dominé pendant un demi-siècle les anciennes ruelles, les bidonvilles et les usines, grandes et petites de la ville. En 1983, celui-ci a été détrôné par l’hôtel de Shanghai et ses 91 m.
    Aujourd’hui, les vieilles maisons ont fait place à 2 500 immenses ensembles de plus de 10 étages, parmi lesquels il n’est pas facile de retrouver les édifices de style européen construits dans les années 50 et même le Centre d’exposition de Shanghai haut de 114 m… De fait, à Shanghai, le regard est irrémédiablement accroché par les deux nouveaux édifices symboles de la ville : la tour de télévision de la Perle de l’Orient haute de les 468 m et la tour Jinmao, qui, avec ses 88 étages, fait pas moins de cinq fois la hauteur de l’hôtel international.
    Shanghai a fait peau neuve. Une nouvelle métropole avec son quartier d’affaires, son centre commercial, ses quartiers résidentiels et ses zones industrielles a pris forme. Sur les 3 650 000 m² de bidonvilles que comptait la ville, les deux tiers ont été démolis, une centaine d’usines ont été déplacées du centre-ville à la banlieue, 120 millions de m² de nouveaux logements ont été érigés sur les rives du fleuve Huangpu, abritant plus de 400 000 familles soit quelque 1,5 millions d’habitants. La superficie moyenne du logement en ville est passée de 4,75 m² il y a 20 ans à 10 m² par habitant.
    
Dans le quartier de Nanshi vieux de plus de 700 ans, qui fut le berceau de Shanghai, les immeubles commerciaux reconstruits à l’ancienne, le verdoyant jardin de Yuyuan, le Temple du Génie protecteur de la ville aux murs rouges et aux tuiles vernissées jaunes forment un ensemble très harmonieux…
    Tout en se développant, Shanghai attache de l’importance aux problèmes de l’environnement. Elle a beaucoup travaillé sur les problèmes des gaz d’échappement automobile et de l’effet d’îlot thermique de la ville, sur le traitement des ordures et des eaux usées, sur la vulgarisation de l’utilisation de l’énergie propre, la dépollution de la rivière et du fleuve, le reboisement de la ville, etc.
Autrefois, la prospérité de Puxi (à l’ouest du fleuve Huangppu) contrastait de façon frappante avec la pauvreté de Pudong (à l’est du Huangpu). Aujourd’hui, les 4 grands ponts de Nanpu, de Yangpu, de Xupu, de Lupu, construits dans les années 1990, ont relié ces deux ‘‘mondes’’, Pudong devenant même plus prospère que Puxi. Rien que sur les trois grands ponts de Nanpu, de Yangpu, de Xupu, plus de 150 000 véhicules passent chaque jour…
    Autrefois, les véhicules devaient faire une ou deux heures de queue pour passer le bac. Aujourd’hui, un tunnel piéton représentant un investissement de 600 millions de yuans et la ligne de métro N°2 (12 milliards de yuans) permettent le passage sous le fleuve Huangpu, s’ajoutant aux trois autres tunnels et quatre grands ponts qui facilitent grandement le passage des piétons et des véhicules.
    Représentant un investissement de 2,3 milliards de yuans, le grand pont de Lupu est le seul pont totalement en acier à utiliser uniquement la technologie de la soudure dans le monde actuel. L’ensemble du pont mesure 3 900 m de longueur, avec un tablier principal s’étendant sur 750 m. Il fait 28,7 m de large et accueille six voies dans les deux sens. Il s’élève à 46 m au-dessus des flots.

Le matin de Shanghai.
Le grand pont de Nanpu.

    Un viaduc en forme du caractère chinois ‘’?’’ s’étend sur 50 kilomètres en suivant les grands ponts de Nanpu et de Yangpu. Il y a 20 ans, les routes de Shanghai étaient étroites et sinueuses, posant d’inextricables problèmes de transports alors qu’à l’époque la ville comptait moins de 70 000 véhicules. La vitesse moyenne de déplacement en ville était alors de 10 kilomètres par heure…     Aujourd’hui, le nombre de véhicules a été multiplié par 6 ou 7 mais il est rare d’être pris dans un embouteillage grâce aux 1 300 routes nouvellement construites, à la ligne de métro N°1 longue de 21,4 km et à 70 km d’autoroutes urbaines. Le centre-ville est passé de 144 à 700 km²… Un autre viaduc de forme semi-circulaire allant du sud-ouest vers le nord-est facilitera davantage encore le transport urbain.
    De fait, actuellement, la carte de Shanghai est remise à jour tous les trois mois. Malgré ça, elle ne suit pas le développement de la ville.
    Au cours des cinq dernières années, Shanghai a investi au total 142,8 milliards de yuans dans les infrastructures urbaines, soit sept fois le total des investissements des années 1980. Fait remarquable, les Shanghaïens ne comptent plus sur les crédits octroyés par le gouvernement : ils s’appuient sur la valeur de la terre et l’introduction des capitaux étrangers, ainsi que sur les marchés financiers pour développer leur ville.
    Pleine de vitalité, Shanghai est la ‘‘fenêtre’’ d’accès de la Chine au monde entier. Elle est aussi le symbole de la nouvelle image internationale de la Chine.