2002.12

Tourisme

 

Zhujiajiao : vieux bourg dans le pays de l’eau

Texte : Du Wei
Photos : Chen Sheng



Le pont du Relâchement des êtres vivants.
Promenade en bateau.

    Après quelques jours passés à Shanghai, je me suis fatigué de l’animation des rues et du confort de la vie dans la grande métropole de l’Orient. Un ami me proposa alors d’aller apprécier les paysages champêtres du pays de l’eau aux environs afin de me permettre une détente totale. Nous décidâmes d’aller le lendemain au vieux bourg Zhujiajiao dans l’arrondissement de Qingpu.
    Notre voiture roulait vers le sud-ouest. Chemin faisant, les bâtiments devenaient peu à peu moins élevés et plus clairsemés et les champs de plus en plus étendus. Une odeur d’herbe montait au nez. Après une quarantaine de kilomètres, nous débouchâmes sur une petite rivière. Les berges étaient verdoyantes et les eaux claires. En suivant la route longeant les méandres du cours d’eau, nous pénétrâmes dans un petit bourg aux maisons aux murs blancs et aux tuiles grises. « Nous voilà dans le Bourg de Zhujiajiao. » m’annon’a mon ami.
    Comme les autres anciens bourgs du pays de l’eau au sud du Yangtsé, ce qui nous impressionna dès le premier abord à Zhujiajiao, ce furent les rivières et les petits ponts. Nous m»mes d’abord le pied sur le pont du Relâchement des êtres vivants, le plus connu dans le bourg. Sous le soleil matinal, ce pont évoquait un arc-en-ciel enjambant la rivière et se détachait sur un fond de murs blancs et de tuiles grises. Autrefois, un vieux temple se trouvait près de ce pont. Après avoir offert de l’encens au Bouddha et fait des prières, les bonnes âmes venaient sur ce pont pour relâcher des poissons et des tortues dans l’eau, ce qui serait l’origine de son nom. Aujourd’hui, le temple n’existe plus et deux vieux Ginkgos poussent avec exubérance à son emplacement.
    Près du pont, une galerie en bois abrite des tables carrées autour desquelles des gens prenaient le petit déjeuner. Nous nous installâmes autour d’une table et commandâmes deux bols de bouillon de poulet aux petits raviolis, des boulettes de riz glutineux fourrées de légumes, des galettes au sésame, etc. Nous mangeâmes avec appétit et il semblait que ces délicieuses spécialités ne sauraient satisfaire encore notre gourmandise. Le marché matinal à l’extrémité du pont restait animé. Les marchands portaient à la palanche deux paniers en bambou de légumes frais et des clients marchandaient avec les colporteurs dans un dialecte doux. Nos visages étaient caressés par une brise qui sentait le poisson et la terre. J’avais alors l’impression que je me fondais dans une superbe peinture illustrant la vie des habitants du pays de l’eau au sud du Yangtsé et la douceur envahit rapidement mon càur.

 

Bureau de poste datant de 1903.
La mise des lampions sur l’eau est un des us et coutumes de la région.
Les haricots fumés, une des spécialités de Zhujiajiao.
    Après le petit déjeuner, nous commen’âmes à flâner dans le bourg. Cette petite ville est divisée par les rivières et les communications par voie fluviale sont très aisées. Sous les Song et les Yuan, des foires s’y tenaient et le commerce était prospère. Sous les Ming et les Qing, Zhujiajiao devint une ville importante au sud du Yangtsé. Ses maisons furent construites pour la plupart sous ces deux dynasties. L’ameublement de ces vieilles demeures est élégant et d’une simplicité antique, tandis que leurs murs et fenêtres sont ornés de fines sculptures. Il est tout à fait possible que ces vieux murs aient un jour abrité un candidat re’u au dernier examen impérial ou à ceux à l’échelon de la province ou encore un érudit du temps moderne. La grande tradition culturelle se maintient en effet de génération en génération à Zhujiajiao.
    Les rues de Zhujiajiao ont gardé leur aspect original. Les dalles de granit sont lustrées. Les petites maisons à étage flanquant les ruelles voient leur auvents presque reliés les uns aux autres. Quand on regarde vers le haut au milieu d’une rue, on n’entrevoit le ciel que par une fente étroite. Des deux côtés, les boutiques sont contiguës. Les habitants nous regardaient en souriant, mais ne criaient pas pour nous attirer.
    Très souvent, les maisons du bourg Zhujiajiao donnent sur la rue d’un côté et surplombent la berge d’une rivière de l’autre. Cette situation est très pratique tant pour faire les achats que la lessive. On compte 36 ponts anciens à Zhujiajiao mais nous n’en traversâmes qu’une petite partie. Il semble que chaque pont ait sa propre particularité. Quand nous regardions les reflets des vieilles maisons dans l’eau, des femmes âgées courbées, un panier à la main, passer devant nous et un bateau venir tout doucement vers nous, il me semblait que le temps remontait les siècles et je me sentais bien. Le charme du bourg Zhujiajiao a déjà été immortalisé par les photographes et les peintres. Ces dernières années, il attire également les regards des metteurs en scènes. Jusqu’à maintenant, une soixantaine de films et de téléfilms y ont été tournés, ce qui lui vaut les autres noms de « Hollywood de Shanghai » et de « Studio de prise de vues naturel ».
Pharmacie d’herbes médicinales existant depuis un siècle.
Course des bateaux-dragons.