2002.12

Tourisme

 

Flâneries dans les rues de la ville de Fenghuang

Texte : A Lei



La ville de Fenghuang dans le calme de la nuit.
Le village Miao de Shanjiang dominé par une tour fortifiée.
La ville de Fenghuang, le matin.

    Je connais le nom de la petite ville de Fenghuang (phénix) grâce à Cui Cui, une jeune fille innocente, d’une bonne nature et éprouvant l’éveil des passions, décrite dans un roman du célèbre écrivain chinois Shen Congwen. Elle vivait dans le petit bourg de Fenghuang au bord de la rivière Tuo. Touché par ce personnage, l’idée me vint d’aller visiter cet endroit.
    Un matin au début de l’automne, je fis irruption avec émotion dans le bourg de Fenghuang. Un brouillard voilait les eaux claires et peu profondes de la rivière Tuo et de vieux pieux de bois brun émergeaient de l’eau. La vapeur blanche passait entre ces pieux, me faisant penser que les maisons sur pilotis et les eaux de la rivière ne pourraient jamais se réconcilier. Les sanglots d’un enfant se firent entendre d’une fenêtre ouverte sur l’autre rive comme un fil de soie qui, invisible mais tenace, gagnait malgré tout notre rive.
    Je rôdais silencieusement tout seul dans le bourg, sans but. Il me semblait que les ruelles tortueuses étaient concentriques, dessinant des arcs réguliers.
    Un pont couvert enjambe la rivière Tuo bordée de maisons sur pilotis. Au crépuscule, en dégustant du thé dans une maison de thé sur le pont en arc, on peut voir les fenêtres de ces maisons s’allumer les unes après les autres, éclairées par des lampes.
    Dans la rue, j’aperçus des femmes, une hotte sur le dos, des hommes menant un buffle, des photographes portant un trépied télescopique sur l’épaule et des touristes harnachés d’un sac à dos marcher dans la même direction…
    Je vis également dans des boutiques des peintures en batik couvertes de poussières accrochées au mur, des pièces brodées décolorées, de gros bracelets et des bagues luisantes en argent. On ne sait après combien de détours tout ce bric-à-brac s’est trouvé réuni dans ces boutiques. Presque chaque passant s’arrête devant ces boutiques pour contempler avec admiration ces choses-là. Quand on a trouvé un objet à son goût, on marchande avec le patron. Les boutiquiers sont de vieux voisins. Ils viennent, complices, aider le patron à tenir tête au client ayant l’air riche en faisant le fanfaron. Grâce à eux, une atmosphère détendue et agréable règne dans les rues de cette petite ville.

La Grande Muraille du Sud, longue de 200 km, fut construite à la fin de la dynastie des Ming en vue de la défense contre les Miao révoltés.
Des maisons sur pilotis au bord de la rivière Tuo.
    Vers midi, la ville commença à s’animer. J’ai trouvé que certains portaient un arguilé à la ceinture, tandis que d’autres tenaient un téléphone mobile dans la main. Des étrangers se mêlaient aux femmes Miao avec un turban enroulé autour de la tête, des femmes ciselaient des dessins devant des fenêtres au son de la musique moderne…
    Au carrefour des temps et des espaces, j’éprouvais de la perplexité. Qui suis-je ? San San du moulin des Yang ou le vétéran gardant en permanence l’embarcadère (personnages nés sous le pinceau de Shen Congwen) ? Tout à coup, je ris. Dans la foule, j’étais un voyageur heureux revenu dans mon pays natal. Bien que j’aie l’air d’un touriste, je savais que j’appartenais à cet endroit et je ressentais la douceur et la paix de mon pays natal.
    Il était déjà tard. Des lanternes rouges s’allumèrent sur les deux rives de la rivière et leurs reflets dessinaient des rubans rouges sur la surface de l’eau. Les lavandières penchées vers l’eau brandissaient avec force leur battoir. Les battements par vagues successives me rappelèrent mes souvenirs d'enfance.
    Le père Bao s’obstina à vouloir me faire monter dans son bateau. Dans l’obscurité, nous étions les seuls à nous promener sur la rivière. Les rames brisèrent les reflets des lanternes rouges et de la lune. Caressé par une brise nocturne sur la proue, je ressentais une certaine solitude tout en éprouvant la joie furtive de me réjouir d’un bon moment et de beaux paysages…
    Au pied de la colline pour écouter les fracas de vagues (Tingtao), nous descendîmes du bateau. Le tombeau de Shen Congwen est là. Sous la lumière, je lus sur une paroi rocheuse ceci : « Réfléchir comme moi permettra de me comprendre aussi bien que les autres. » Ces mots avaient été gravés sur la pierre d’après les manuscrits de Shen Congwen. Je mis deux fleurs sauvages rouges devant le tombeau en hommage.
    Ayant pris congé du batelier, je retournai en ville le long d’un sentier longeant la rive. Sous le clair de lune, j’entendais mes pas clairs résonner dans la ruelle. La tranquillité de la ville m’impressionnait profondément. Tout à coup, je perçus le chant d’une jeune fille Miao. La voix cristalline s’élevait jusqu’au ciel. La chanson s’appelait le « Phénix ivre ». Le phénix était enivré ? Non, celui qui était éméché, c’était moi-même !

 

 

Sur un étal de chapeaux de bambou tressé.
Tissage sur un métier à tisser traditionnel.
Le pont de l’Arc-en-ciel enjambant la rivière Tuo.

Informations touristiques :
A. Transport
1. Par voie ferrée, descendre du train à Jishou dans la province du Hunan, puis prendre l’autobus jusqu’à Fenghuang ;
2. Par avion, aller à l’aéroport Daxing à Tongren dans la province du Guizhou, puis se rendre en autobus à Fenghuang.
B. A voir
1. A part la ville de Fenghuang, il y a d’autres sites à voir dans ce district : la ville ancienne de Huangsiqiao, la Grande Muraille du Sud, la grotte Qiliang, etc. En payant 3 yuans, on peut aller en bus du chef-lieu de district à chaque site ;
2. Le district de Fenghuang est la région où se regroupent les Miao et les Tujia. On peut se rendre au village Miao de Shanjiang ou à la foire d’Alaying pour découvrir les us et coutumes particuliers de cette ethnie.
C. Nourriture et hébergement
1. Le mieux est de loger dans une maison sur pilotis en payant 20 à 30 yuans par jour. Ces maisons sont propres et le prix raisonnable. Si vous faites mention du nom de notre revue à une famille sur la rivière Tuo, l’hôte de la maison vous recevra probablement avec une sympathie particulière en vous invitant à apprécier la lune sur la rivière et à écouter des chants populaires.
2. Les spécialités sont nombreuses à Fenghuang. Le bonbon au gingembre est délicieux. Malgré son prix un peu plus élevé que les autres boutiques, le bonbon de la boutique à côté de l’ancienne résidence de Shen Congwen est préparé selon le véritable procédé traditionnel. La viande au bolet est un met exquis et rare.