2002.12

Les étrangers en Chine

 

La vie sur un plateau pour des professeurs étrangers

Texte et photos : Song Guoqiang



Le travail de Paul Saint est entravé par la barrière de la langue, mais son enseignement à l’Américaine anime la classe.
Un cours de sport dans la prairie.

    Le pensionnat des nationalités Jiayi du canton de Daotanghe du district de Gonghe du département autonome tibétain de Hainan de la province du Qinghai est situé sur la rive sud du lac Qinghai. La centaine d’élèves de cette école parlent couramment anglais, tandis que son directeur parle bien tibétain. Il s’est donné un nom tibétain : Gazang Duojie.
    Deux professeurs étrangers enseignent à cette école. L’un est le Norvégien Karl et l’autre l’Américain Paul Saint.
    Bien que le pensionnat se situe au fin fond d’une prairie, on voit de loin son drapeau rouge à cinq étoiles flottant au gré du vent. Il possède un bâtiment scolaire à étage, deux maisons de plein pied et un terrain de sports occupant la moitié de la surface de l’école. A notre arrivée, le directeur Karl donnait un cours de géographie aux élèves de 4e année en parlant couramment un tibétain pur et en montrant un globe terrestre. Un de ses collègues, le professeur Zhaxijia nous révèle que Karl ne pouvait prononcer un seul mot tibétain quand il est arrivé à l’école il y a 5 ans. Mais il est doué pour apprendre les langues : en moins de deux ans, il était déjà en mesure d’enseigner en tibétain.
    Pourtant, Karl se heurte à des difficultés pour parler chinois. Agé de 36 ans, il reste célibataire. Il y a 10 ans, il est venu pour la première fois en Chine et a voyagé dans le Sichuan et d’autres régions. En 1995, il est arrivé dans la province du Qinghai, en Chine de l’Ouest. Il a été fasciné par la beauté de la culture tibétaine. L’idée lui est venue d’y rester alors qu’il se trouvait sur le plateau du Qinghai-Tibet considéré comme le troisième pôle de notre planète. Sous un ciel d’azur paré parfois de nuages blancs et découpé par les montagnes enneigées et les prairies, ce plateau est pour lui un endroit de rêve. Mais, la raison la plus forte, c’est qu’il pensait que les enfants tibétains de cette région avaient besoin de son aide.
    L’enseignement d’une langue étrangère dans un pâturage à 3 600 m d’altitude représente une initiative originale dans l’éducation des minorités ethniques au Qinghai. Karl estime que le mérite en revient à une jeune fille américaine, Nimacuo, arrivée la première dans la région. Elle y travailla pendant trois ans et jetant une solide base pour l’enseignement des langues étrangères.

Les bergers de la steppe considèrent déjà Karl et Paul Saint comme les leurs.
Après les cours.
Karl admire le ciel d’azur et les nuages blancs sur le plateau Qinghai-Tibet, mais il aime davantage les enfants de la région.

    En qualité d’enseignant, Karl touche un salaire de 500 yuans RMB alors qu’en Norvège, il gagnerait l’équivalent de 20 000 yuans. « En Norvège, les gens comme moi sont partout, explique-t-il, un de plus ou de moins, peu importe. Mais dans le Qinghai, en Chine, les gens comme moi sont rares. Les enfants de cette région ont besoin de moi et moi aussi, je les aime. »
    « Karl est un ami méritant que nous ne pourrons jamais oublier, nous affirme le professeur Zhaxijia, grâce à ses efforts, l’idéologie des habitants locaux qui ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’école a beaucoup évolué. Les élèves des écoles secondaires issus du pensionnat représentent l’élite en langue étrangère des différentes classes. » Par ailleurs, Karl a pris l’initiative de réunir par tous les moyens des fonds pour construire le premier bâtiment d’enseignement de l’école. Quelques jours avant notre arrivée, il avait même payé les 6 500 yuans de frais de scolarité des 21 élèves qui envisageaient d’interrompre leurs études pour cause de la pauvreté de leur famille. « La présence de ces 21 enfants autour de moi, a-t-il déclaré, c’est ma plus grande source de joie. Cet argent ne compte pas. »
    A côté de Karl, célibataire, Paul Saint, 50 ans, est là avec toute sa famille. Il est arrivé à l’école l’année dernière et, plus tard, il a fait venir son épouse et leurs 3 enfants. « Comme ça, je peux mieux travailler ici et vivre ensemble permet à nos enfants de s’aguerrir également. »
    A l’arrivée de Karl, on voyait encore beaucoup de tentes dans la région. Maintenant, elles ont cédé pour l’essentiel leur place aux maisons en briques. Karl nous a révélé qu’il veut y rester pour quelques années encore, mais il est difficile en ce moment de prévoir la durée exacte de son séjour. S’il pouvait se marier avec une jeune fille tibétaine, il s’installerait dans cette région.
    Au moment de notre départ, le professeur Zhajiaxi nous a dit que les autres enseignants du pensionnat apprenaient l’anglais auprès ces deux professeurs étrangers. Ils souhaitent unanimement faire du pensionnat Jiayi la meilleure école pour l’enseignement des langues étrangères dans la steppe.

Karl et Paul Saint apprenant aux enfants à parler anglais par le jeu.
Cours de géographie.