2003.03

Exclusif

 

Le système de protection sociale en Chine

Texte de Wang Yongqiang



Aujourd’hui encore, la population rurale chinoise mène une vie de dur labeur, luttant contre les désastres naturels et la maladie, aidant les personnes âgées qui ne peuvent plus subvenir elles-mêmes à leurs besoins.
Depuis plusieurs décennies, beaucoup de choses ont changé en Chine et l’économie planifiée s’est progressivement démantelée. Toutes les garanties offertes par l’ancien système ont disparu, laissant une société sans aide sociale. Il a fallu 7 ans au gouvernement chinois pour mettre en place un système de sécurité sociale qui convient aux spécificités chinoises.

En mars 2001, Wen Jiabao, vice-premier ministre du Conseil des affaires d’Etat, se rend dans le Sichuan pour observer le fonctionnement des programmes d’aide aux pauvres.
Le gouvernement de l’arrondissement de Cangshan à Fuzhou a créé de nombreuses opportunités d’emploi pour plus de 1 000 chômeurs.

Se vêtir et se nourrir : le minimum vital
    Des récentes statistiques montrent que les efforts de la Chine pour s’ouvrir sur le monde et réformer son système social ont eu pour conséquence l’augmentation exponentielle du PIB national : en 2001 il était 7 fois plus élevé qu’en 1980 avec une augmentation annuelle moyenne de 9,5%. La population a pu directement bénéficier de l’enrichissement du pays. Plus de 220 millions d’agriculteurs ne souffrent plus du manque de vêtements et de nourriture tandis qu’une vingtaine de millions de citadins ont pu quitter leur situation précaire.
Malgré cela, de nombreuses familles chinoises démunies vivent encore dans les banlieues des grandes villes. Selon Ren Tangjun, directeur adjoint du Centre de Recherches sur la société et les politiques de l’Académie des Sciences sociales de Chine, leurs revenus sont de 30% inférieur à la moyenne (de 40% à Shanghai) et 70% de leur salaire est utilisé pour acheter de la nourriture. Parmi cette population, une famille sur trois ne peut se permettre d’acheter des fruits ou de la viande et leurs repas sont souvent frugaux.
    Pendant les fêtes et en particulier pendant la Fête du Printemps, le gouvernement et des organisations telle que la Fédération nationale des Syndicats de Chine s’assurent de ne pas laisser les familles pauvres sans assistance. Aussi, la fédération a proposé le versement d’une allocation aux familles sans ressources pour leur permettre de couvrir le coût des «jiaozi», plat de rqviolis symbolique que tout chinois doit partager en famille lors des festivités.
    En 1994, la Chine a établi un système de subventions (retraite, chômage) permettant d’assurer les conditions de vie minimales au personnel licencié des entreprises d’Etat. Les fonds sont issus des taxes gouvernementales qui augmentent régulièrement d’année en année. En 2002, le gouvernement a ainsi gagné plus de 1 700,4 milliards de yuans, soit 13% de plus par rapport à l’année précédente. En février 2002, les membres du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois se sont à nouveau réunis pour résoudre ces problèmes de pauvreté et ont recensé les familles les plus prioritaires.

Le revenu minimum d’insertion
    Zhang Dechun est un retraité de 74 ans habitant la ville de Shenyang dans la province du Liaoning. Le vieil homme, sa femme et leur petite-fille vivent sur la pension de Zhang Dechun qui s’élève à 550 yuans mensuels. Le revenu individuel de cette famille se situant largement au-dessous du seuil minimum de pauvreté fixé par le gouvernement municipal de Shenyang, la communauté locale verse à la famille une allocation mensuelle de 65 yuans.

 

 

Les habitants du quartier de Yan’an, arrondissement de Heping à Shenyang donnent des vêtements à l’attention des familles pauvres. Les citadins se mobilisent dans la lutte contre la misère, en particulier lors des désastres naturels.
L’économiste Mao Yushi donne un cours de formation aux jeunes issus de la campagne.
Les associations de lutte contre la pauvreté ont deux objectifs : réunir des fonds et sensibiliser le public à l’aide aux plus démunis.

Un espoir pour les jeunes défavorisés
    Depuis 1989, un programme non-gouvernemental appelé « Projet de l’Espoir » finance les neuf années de scolarité obligatoires de nombreux enfants de la Chine rurale. Zhang Shengli en a été le premier candidat chanceux et son parcours est un exemple pour les jeunes : qui eut cru que ce jeune vacher de la province du Hebei, ayant dû quitter le système scolaire faute de moyens financiers, serait aujourd’hui directeur d’école ? Projet de l’Espoir a ainsi aidé plus de 2,47 millions d’enfants et favorisé la construction de plusieurs écoles primaires.
    Aujourd’hui à Beijing, de nombreuses personnes donnent des fonds pour aider les enfants en milieu rural et leur donner la chance d’accéder aux études. L’école secondaire de Guangqumen à Beijing a été la première école à participer à la campagne de Projet de l’Espoir, créant une classe spéciale appelée «Ambition» pour accueillir ces nouveaux élèves. Certains donateurs ont promis de continuer à aider leurs protégés s’ils étaient acceptés au collège ou en université et 98% des élèves d’Ambition ont répondu aux attentes de leurs bienfaiteurs. En septembre 2002, 5 étudiants sélectionnés pour leurs excellents résultats ont par ailleurs bénéficié d’une bourse pour aller étudier au Canada à l’Université de Saint-Thomas.
    Outre le Projet de l’Espoir, la Chine a développé de nombreuses autres campagnes d’aide aux plus démunis comme l’épuration des eaux de pluie dans l’Ouest de la Chine, l’amélioration des conditions sanitaires et la prévention des maladies, le soutien aux mères démunies, etc.

Travailler pour vivre
    Ces vingt dernières années, la Chine a connu une période transitoire pendant laquelle le pays est passé d’une économie planifiée à une économie de marché, nécessitant le réajustement de toute la structure sociale. Sur les 26 millions de sans-emploi issus des entreprises d’Etat comptabilisés en 2002, environ 17 millions ont aujourd’hui retrouvé un employeur. Les salariés qui tenaient pour acquis le système de l’économie planifiée ont été profondément marqués matériellement et psychologiquement par la perte de leur emploi mais ont su faire face à ces difficultés. Un groupe de femmes sans-emploi issu de Zunyi (Guizhou) a monté une petite boutique de pains à la vapeur qui, grâce à leurs efforts, est aujourd’hui réputée dans leur localité.

 

 

Depuis plusieurs décennies, la Chine a développé son économie et donné naissance à de nombreuses entreprises en particulier dans l’industrie automobile qui a produit plus d’un million de véhicules en 2002. Ce phénomène a été accompagné d’une hausse de la consommation et des taxes fiscales. Grâce à celles-ci, le gouvernement a collecté plus d’1 700,4 milliards de yuans dont une partie a été investie pour la mise en place du système de protection sociale.
Parmi la population pauvre, les personnes malades ne pouvant financer les coûts des traitements médicaux ont vu leur santé se dégrader davantage encore. Grâce à l’aide de l’Association de charité de Shanghai, un médecin opère gratuitement une personne âgée de la cataracte.
Yuan Longping, scientifique renommé, inventeur du riz hybride. Le gouvernement chinois est particulièrement attentif à toute proposition scientifique dans le domaine de l’agriculture lui permettant de nourrir une population croissante.

La pauvreté en milieu rural
    En 1993, l’économiste Mao Yushi a eu l’idée de mener une expérience dans le Shanxi en montant avec un capital de 500 yuans une fondation d’aide aux pauvres. En 2002, cette dernière a pu débloquer 350 000 yuans pour développer un crédit d’aide à la pauvreté en Chine rurale. Mao Yushi a trouvé là un moyen aux fermiers sans ressources de bénéficier d’un système de crédit dont ils sont habituellement exclus faute de garanties financières.
    Heureusement, le système d’aide social chinois ne couvre pas seulement les zones urbaines mais aussi les régions rurales. Une enquête récente a également démontré que la nouvelle main-d’œuvre urbaine issue des campagnes renvoie chaque année plus de 600 milliards de yuans pour aider les familles restées en milieu rural. Néanmoins, la Chine essaye de limiter les problèmes de rurbanisation liés à l’arrivée massive des paysans dans les villes.
    La réforme et l’ouverture de l’économie chinoise ne se feront pas tant que la Chine n’aura pas résolu les problèmes de sous-développement de son agriculture et de chômage dans les campagnes. Pour ce faire, MaoYushi pensent que la Chine doit développer les secteurs d’activités générateurs d’emplois et plus particulièrement le secteur tertiaire.

 

 

Une femme sans-emploi de la ville de Zunyi a aujourd’hui retrouvé un emploi et fabrique des petits-pains à la vapeur.
Dans les grandes métropoles telles que Beijing et Shanghai, des stages de reclassification sont organisés pour les femmes sans-emploi d’une quarantaine d’années et les hommes dépassant les 50 ans. Cette campagne a beaucoup facilité la réinsertion des chômeurs.
Cours de puériculture pour les femmes des campagnes qui souhaitent venir travailler en ville.