2003.04

Exclusif

 

Nuits blanches en Chine

Texte de Xie Chen



Chongqing, la nuit.
La vie nocturne des personnes âgées dans la province du Sichuan et à Wuhan dans le Hubei inclut opéras locaux et jeux d’échecs.

«A quelle heure rentrez-vous ce soir ?»
    Le nouveau terme des «25 heures» paraît avoir remplacé le vieux terme de "vie nocturne" au sein de la jeune génération chinoise qui habite dans les grandes municipalités. Il y a encore cinq ans, la vie nocturne n’existait pas à proprement parler et la soirée d'un Chinois était relativement simple. Bien qu’ils n’aient pas à se lever pour aller au travail les jeunes étaient très calme et casaniers. Après avoir dîner avec la famille, ils regardaient la télévision et allaient se coucher avant minuit.
    Aujourd'hui, de plus en plus de citadins refusent d’avoir une soirée ennuyeuse et la nuit appartient à ceux qui refusent la solitude. Après le travail, les gens passent leur temps libre dans les bars, les lieux de divertissement et les cafés Internet et appellent ces heures passées loin du bureau ou de la maison les «25 heures ».
    «A quelle heure rentrez-vous ce soir ?» est le thème d'un questionnaire proposé par un magazine populaire en 2002. La réponse des cols blancs, dans huit métropoles incluant Beijing, Shanghai et Guangzhou, montre qu’aller au restaurant ou dans un bar après le travail est devenu très commun. Ils ne reviennent pas avant minuit et aiment s’amuser toute la nuit pendant les week-ends.
    Une autre étude menée en 2002 par le Bureau d’Etat des statistiques dans les 10 plus grandes municipalités a également illustré ce phénomène. La nuit permet réellement de se libérer du stress accumulé pendant la journée. Les villes ont désormais deux visages : la journée est le règne des passants affairés et des véhicules tandis que la nuit laisse place à l’amusement et aux lumières des lanternes et des néons. Pendant les heures de travail, les gens sont sous tension permanente et vivent au rythme effréné du monde des affaires, mais la nuit venue, ils se sentent soudain plus détendus.

Jeunes de Guangzhou.
Un restaurant élégant à la mode.

Le monde de la nuit
    La comparaison entre la vie nocturne des années 80 et celle d’aujourd’hui illustre les changements radicaux qui s’opèrent actuellement dans la société chinoise.
18H00
    Beijing, 1980. Les collégiens ne peuvent aller nulle part pour se divertir et les classes et les bibliothèques d'écoles sont bondées d’étudiants car cela fait quatre ans que la Chine a repris son système d'examen d’entrée à un établissement d’enseignement supérieur. Aussi, les étudiants n’ont qu’une seule chose en tête : étudier sans relâche pour pouvoir un jour « grimper le sommet de la science». Leurs parents, qui sont pour la plupart ouvriers ou employés de bureau, ne ménagent pas non plus leurs efforts pour essayer d’améliorer leur niveau d'éducation en étudiant. Toute la Chine a une seule et même idée en tête : ouvrir le pays au reste du monde et étudier pour contribuer à la modernisation de la patrie.
    Guangzhou, 2002. Après ses heures de travail, la jeune Milly utilise son temps libre pour étudier l’informatique, la comptabilité et l’anglais. Etudiante en second cycle, elle prépare l’examen de Maîtrise de gestion.
19H00
    Il y a 50 ans, la ville était déjà endormie mais dans les années 1980, après avoir quitté la table du dîner, les gens regardaient les nouvelles du soir sur CCTV.
    Aujourd'hui, le dîner commence une heure plus tard et le journal télévisé de 20H00 diffusé sur CCTV attire de plus en plus de spectateurs. Les programmes du soir ont été adaptés au nouveau rythme de vie des citadins.
21H00
    1980. Les collégiens se dépêchent de finir leurs devoirs pour pouvoir regarder des séries télévisées. Seules quelques maisons possèdent un poste de télévision, pour la plupart en noir et blanc, et le partagent généreusement avec leurs voisins. Une douzaine de spectateurs contemplent alors la télévision 14" et refusent de partir jusqu'à ce que le propriétaire l'éteigne. Les plus âgés, eux, sont passionnés de danse. Les bureaux et salles à manger se transforment en salon de danse tandis qu’un magnétophone démodé, le plus souvent emprunté à un ami, diffuse une musique entraînante.
    2002. Mlle Wang, dessinatrice artistique, vient de terminer son travail et donne rendez-vous à ses amis dans un bar. Sa nuit commence tout juste. Elle aime aller se délasser après le travail dans un centre de remise en forme ou aller se défouler dans une discothèque.
Minuit
    1990. La popularisation de l'Internet a provoqué de grands changements dans la vie de certains citoyens. Les passionnés d’informatique qui passent des nuits blanches à surfer sur le web sont appelés les «hiboux de la nuit».
    2002. Les résidents des grandes métropoles telles que Beijing, Shanghai et Guangzhou apprécient les services de plus en plus qualitatifs comme les centres commerciaux, ATM, pharmacies et services de communication ouverts 24H/24.

 

 

Guangzhou est mondialement réputée pour sa nourriture. Les locaux passent de nombreuses heures dans les restaurants où ils font également affaires.

La vie nocturne de Beijing, Shanghai et Guangzhou
    La politique de réforme et d’ouverture de la Chine sur l’extérieur a engendré la modernisation progressive des villes. L’apparition d’une vraie vie nocturne en est le premier changement notoire comme en témoignent les scènes de nuit à Beijing en Chine du Nord, Shanghai en Chine centrale ou Guangzhou en Chine du Sud.     Les activités diffèrent en fonction des emplacements géographiques et du rythme de vie de chaque ville.
Beijing
    Les Pékinois passent habituellement leurs nuits dans les bars, les centres de remise en forme, les concerts, les écoles du soir ou encore les cafés Internet.
    Les lampadaires et néons éclairent toutes les devantures des magasins tandis que la circulation est encore dense et que les piétons sont encore nombreux dans les rues. Puis, les lieux nocturnes s’animent peu à peu : restaurants, théâtres, centres de mise en forme, épiceries, bars, cafés Internet, cafés, maisons de thé et salons de karaoké...
    Les visiteurs étrangers se rendent souvent aux endroits comme l’avenue Chang'an, la rue Wangfujing et le centre culturel de Xidan. Les bars sont essentiellement localisés à Sanlitun dans l’arrondissement Chaoyang et le long de la rue Guanghua où se trouvent la plupart des ambassades étrangères. De nombreux restaurants japonais et coréens et bars en tous genres sont situés près du Centre Lufthansa de Beijing sur le troisième périphérique est.
    Beijing est sans conteste la ville leader en terme d'activités culturelles nocturnes. On peut y apprécier le talent de musiciens, orchestres et chanteurs venus du monde entier, y voir des films chinois et étrangers célèbres et assister à des opéras, des concerts ainsi que des compétitions sportives en tous genres.
    Les cafés littéraires sont aujourd’hui très en vogue parmi les cols blancs : on peut y déguster une tasse de café et dévorer quelques bons livres, dans un décor souvent simple mais élégant sur un fond musical de blues ou de jazz. La plupart des clients sont âgés de 25 à 35 ans et suivent la mode de près.


Shanghai
    Le Bund est sans aucun doute la meilleure place pour apprécier la vie nocturne de Shanghai qui serait bien morne sans l’ouverture nocturne des magasins. La ligne de métro No1 relie trois grandes avenues commerciales, Huaihai, Xujiahui et l’avenue piétonne Nanjing, offrant de nombreuses commodités pour les consommateurs nocturnes. Xujiahui est particulièrement attirante pour les jeunes femmes qui aiment comparer les marchandises et les prix dans différents centres commerciaux tels que le grand magasin No 6 de Shanghai, Huijin, le Bâtiment commercial d’Orient et la place Ganghui, tous positionnés les uns à côté des autres.
    La vie nocturne de Shanghai est également rythmée par les nombreux cafés de la ville. Le premier bar a ouvert sur l’avenue Hengshan, suivi par les maisons de thé et les coffee-shops comme Hongfan, Fulu, Suolie et Hanshe aux styles très variés.

Beijing à la tombée de la nuit.

Guangzhou
    La vie nocturne de Guangzhou a largement été influencée par celle de Hongkong en raison de sa proximité géographique. Saunas, massages de pieds et restaurants cantonais représentent les activités nocturnes principales des habitants de Guangzhou. La ville, placée au premier rang de la réforme de la Chine, a attiré des gens talentueux et hommes d'affaires chinois et étrangers. Pour assurer leur divertissement, de nombreux bars et restaurants occidentaux ont été ouverts dans les hôtels luxueux ainsi que sur l’avenue est Huanshi et l’avenue Taojin.
    Pour les Cantonais, la soirée commence à minuit. Le développement économique local et le changement du rythme de vie nécessitent des services (banques, centres de lavage de voitures, télécommunications, etc.) ouverts de plus en plus tardivement en soirée.
    Alors que la nuit tombe et que les magasins sont fermés, le quartier Shipaidong est encore très animé. On peut s’y restaurer à moindre coût auprès des petits étals qui bordent la route et y déguster des mets également servis dans les restaurants luxueux. La nourriture de Guangzhou est très parfumée et l’on peut trouver partout dans la ville des restaurants offrant des spécialités régionales.
Des styles variés
    La décoration des bars de Beijing est très variée mais souvent d’influence occidentale ou japonaise. Certains d’entre eux sont des bars à thème comme le cinéma, l’opéra, la photo ou l’automobile. Les bars de Shanghai, eux, sont chics et élégants et rappellent l’atmosphère du vieux Shanghai des années1930. Ceux de Guangzhou sont plus pratiques et ouverts en plein air quand le temps s’y prête. Les gens viennent y travailler ou s’y amuser entre amis.
Les rebondissements économiques
    La vie nocturne de ces trois métropoles est très différente, tout comme les rebondissements économiques qui y sont liés.
    Les Shanghaïens se sont très vite aperçus que la vie nocturne était un marché très porteur pour l’économie locale comme le prouve la mise en place de la ligne de métro No 1 qui relie les trois principales rues commerçantes. Aujourd’hui le nombre de clients qui fréquentent les magasins de l’avenue Nanjing en soirée s’élève à 1 million et la moitié du chiffre d’affaires quotidien des grands magasins de la ville est réalisée après 18H00. On ne sait précisément combien un Shanghaïen dépense pour ses activités nocturnes mais le divertissement nocturne est assurément un marché juteux.
    Il y a encore deux ans, beaucoup de magasins fermaient à 21H30 mais depuis l’année dernière, les commerçants ont modifié leurs horaires : «Si le commerce ne le nécessite pas, rien ne sert d’ouvrir tôt le matin. En revanche, il est indispensable de fermer tard le soir si cela permet de faire des affaires». C’est pourquoi, de nombreux magasins ne ferment pas avant minuit pendant le week-end.
    On observe le même phénomène à Guangzhou. Malgré la fatigue d’une journée de travail, les Cantonais aiment sortir un peu le soir avant d’aller se coucher. Aujourd’hui les loteries nocturnes de Guangzhou sont envahies de joueurs pour le plus grand bonheur des propriétaires des lieux.
    La vie nocturne dans les grandes villes chinoises fait aujourd’hui partie intégrante de la vie sociale et culturelle des citadins. Ce changement de rythme de vie a développé une véritable industrie culturelle qui reflète la hausse du niveau de vie des Chinois et marque une nouvelle étape dans le développement économique et social de la Chine.