2003.04

L’homme et l’environnement

 

Chasseur d’images

Texte et photographies de Feng Gang



Feng Gang, photographe de faune.
Un troupeau de gazelles en hiver.

Aujourd’hui sous la protection de l'Etat, la gazelle est un animal ongulé typique des milieux désertiques.
    Les gazelles habitent principalement les déserts situés au sud et au nord des monts Tianshan dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang.
    Dans les années 1950, on comptait plus de 450 000 gazelles dans le Xinjiang, mais ce nombre a rapidement diminué car les autochtones tuaient les animaux pour se nourrir. Depuis la mise en place d’une loi sur la protection de la faune, le 1er mars 1989, les locaux ont pris conscience du besoin de protéger l'environnement et restreint la chasse à la gazelle. Aujourd'hui, on dénombre approximativement 50 000 gazelles dans le Xinjiang.
    Ces animaux possèdent une ouïe et un sens olfactif hors du commun et peuvent courir à une vitesse de 80 km/heure, ce qui rend leur approche très difficile. Depuis 1996, j’ai pris de nombreuses photos de ces gazelles pour illustrer le calme de la vie sauvage. Bien que la course effrénée d’une gazelle sauvage soit des plus photogéniques, je m’interdis de faire des safaris photos en voiture et de déranger les animaux dans leur habitat naturel. J’espère ainsi faire comprendre au public l'importance de préserver la faune dans son environnement naturel avant qu’il ne soit trop tard.
    En octobre 1999, j'ai effectué avec des amis mon treizième voyage à la montagne Kalamaili située à 350 km d'Urumqi, capitale de la région autonome ouïgoure du Xinjiang. Après plusieurs jours de recherches, nous avons trouvé dans le désert la piste d’animaux auprès d’un étang de 100 m de long et 50 m de large. Des loups, des renards, des ânes sauvages, des gazelles ainsi que divers oiseaux avaient laissé de nombreuses empreintes sur les rives de l'étang. Alimenté par la neige fondue et l’eau de pluie, ce point d’eau représente une source précieuse pour les animaux qui vivent au centre du désert et qui viennent s’y abreuver.
    Nous avons décidé de camper à deux kilomètres de l'étang afin de ne pas déranger cette faune.     L’automne touchait à sa fin et un vent froid soufflait dans le désert. Emmitouflés dans des pardessus de coton-rembourré, nous avons dormi à la belle étoile, jouissant de l’odeur parfumée des herbes et des étoiles brillant dans la nuit, enthousiasmés par la sérénité de ce lieu.

Une mère et ses petits.
Deux familles de gazelles.

    A l’aube, nous nous sommes rendus non loin de l'étang et nous sommes cachés dans un bosquet de saules rouges, également appelé tamaris chinois. Les hennissements des ânes sauvages ont soudain brisé le silence du désert et les oiseaux ont commencé à chanter. Lorsque le brouillard s’est dissipé, nous avons pu contempler le spectacle de plusieurs ânes sauvages et de gazelles venus s’abreuver auprès de l’étang mais les animaux étaient encore un peu loin pour prendre des photos.     Espérant que les animaux finiraient par se rapprocher du bosquet, nous sommes restés allongés dans notre cachette jusqu’à la tombée de la nuit, puis sommes revenus à notre campement dans un état d'épuisement complet.
    Je n’ai pas pu dormir de la nuit cherchant un moyen efficace d’approcher de plus près les gazelles sans toutefois les déranger. J’ai finalement eu l'idée de creuser un trou auprès de l’étang et ai mis mon plan à exécution dès le lendemain. Au petit matin, j'ai marché seul vers l'étang muni du matériel adéquat : une bêche, de l’eau potable, de la nourriture, un drap imperméable et du matériel photographique. Après avoir choisi l’emplacement idéal, j’ai creusé sur la rive un trou d’1 m de long, 80 cm de large et 60 cm de profondeur afin de me protéger contre le vent froid. J'ai tapissé le fond humide de ma nouvelle cachette avec le drap imperméable puis camouflé le tout avec des branches d’arbres mortes et des herbes. Une fois le matériel photo installé, je n’avais plus qu’à attendre la venue des gazelles sauvages.
    A 10 heures du matin, un troupeau de vingt gazelles est finalement apparu, descendant nonchalamment de la colline. A travers le viseur de mon appareil photo, je les ai vus paître l’herbe et s’amuser les unes avec les autres, des coqs de bruyère volant au-dessus de leurs têtes et ai eu soudain l’impression d’être dans la savane africaine.

Un mâle dans une position héroïque.
Une gazelle enceinte.
    Le 6 août 2002, je suis à nouveau retourné à la montagne Kalamaili photographier des gazelles en compagnie de Meng Xianxin, cameraman professionnel. Nous avons souvent fait équipe ensemble pour photographier les déserts situés au nord et au sud des monts Tianshan.
    Nous sommes arrivés au matin du 12 août sur la rive d'un étang. Meng a passé plus d’une heure à rassembler les branches d’arbres et installer une cachette stratégique pour filmer les ânes sauvages. Caché un peu plus loin dans un bosquet, j’attendais quant à moi les gazelles. Nous avions décidé de rester là de 8 h 00 du matin à 20 h 00 et de ne pas en sortir afin de ne pas apeurer la faune et de manquer une bonne photo.
    La température s’élevait à environ 50oC et nous devions boire beaucoup d'eau pour ne pas nous déshydrater et souffrions des insectes qui venaient sans cesse voltiger autour de nos visages ruisselants de transpiration. Enfin, après trois heures d’attente, une gazelle femelle et ses deux petits se sont avancés vers moi. A travers mon viseur, je pouvais voir leurs cils et les veines de leurs jambes. Au déclic de l’appareil-photo, la mère a pris fuite alors que ses petits apeurés regardaient craintivement la lentille. Puis j'ai eu la chance d’apercevoir une gazelle mâle. Au bruit de mon sifflement, l’animal cornu s’est arrêté brusquement et a levé majestueusement sa tête d’un air arrogant mais d’une admirable beauté…

Les animaux s’abreuvent auprès du lac.
Intimité.