2003.04

Vie sociale

 

« Je veux voler »

Texte de Xie Chen



Alors qu’aux lueurs de l’aube, la ville se réveille doucement, l’Equipe acrobatique de la Troupe des spectacles folkloriques du Zhejiang a déjà commencé une journée d’entraînement intensif. Selon un proverbe chinois, une performance acrobatique d'une minute équivaut à dix années d’efforts assidus et résulte de milliers d'heures d'exercices.
    L'histoire de l’acrobatie chinoise remonte à plus de 2 500 ans. Apparue pendant la dynastie Zhou (XIe siècle av. J.-C. - 221 ap. J.-C. ) elle est devenue un art à part entière sous la dynastie Han (206 av. J.-C. - 220) et a atteint son apogée pendant la dynastie Tang (618 - 907).
    Les voltiges des trapézistes illustrent depuis toujours le rêve de l’homme de voler librement dans le ciel et séduisent inlassablement les spectateurs, émerveillés par la beauté saisissante de cet art. La silhouette des artistes se découpe dans un fond sombre et mystérieux tandis qu’une lumière douce suit chacun de leurs mouvements aériens. L’engouement des Chinois pour l’agilité des trapézistes est bien réel mais peu d’entre eux savent combien d'épreuves ces artistes doivent endurer lors de leur formation.     Aucun filet n’assure leur sécurité et une erreur peut fatalement mettre en danger leur vie. Pour empêcher tout accident, les jeunes artistes s’exercent péniblement tous les jours et paient leur succès de sueur, de larmes et de sang.
    Ye Yi, âgée de 15 ans, est la plus jeune trapéziste de la troupe, mais entraîne déjà une classe de nouvelles recrues qui la considèrent comme une sœur aînée. Les jeunes élèves rappellent à Ye Yi son arrivée il y a six ans au sein de la troupe et elle se retrouve dans leur force de caractère et leur fragilité dans les moments difficiles. Partageant une expérience commune avec ses élèves, la jeune trapéziste fait son maximum pour les aider.

    Ye Yi travaille actuellement sur un spectacle intitulé La mélodie de la soie qui combine la manipulation de rubans de soie et les agiles pirouettes aériennes des trapézistes. Pour parvenir à une telle qualité artistique, les artistes comme Ye Yi mènent une vie stricte et contraignante, faite de sacrifices. Du matin au soir, ils pratiquent sans relâche les mêmes exercices pour arriver à la perfection. Ye Yi exige beaucoup d'elle-même et essaie d'accomplir les mêmes mouvements que ses partenaires masculins mais son entraîneur Yang, bien que fasciné par sa détermination, se refuse à lui donner un entraînement trop intensif. Ye Yi pense souvent que ses compétences techniques et artistiques ne peuvent servir ses ambitions. Les rubans de soie qui frottent ses chevilles la blessent régulièrement et il n'y a encore aucune amélioration dans sa performance. Parfois même, elle ne peut s’empêcher de fondre en larmes mais elle se reprend aussitôt pour poursuivre ses exercices. Souvent, quand la journée s’achève, Ye Yi est bien trop fatiguée pour pouvoir exécuter le moindre mouvement.
    La jeune trapéziste apprend également l’anglais car elle veut faire connaître au reste du monde l’acrobatie chinoise et souhaite devenir un jour un excellent coach. Mais grâce au proverbe chinois "la plus haute éminence doit être gagnée pas à pas", Ye Yi comprend aussi qu’il ne faut jamais viser trop haut. En attendant, pleine de rêves, Ye Yi se languit d’entendre les applaudissements du public et espère vraiment pouvoir voler un jour.
    Il y a six ans, lorsque les entraîneurs de la troupe ont enrôlé Ye Yi, la jeune enfant ne s’intéressait qu’au saut à l’élastique et aux dessins animés, et était bien trop jeune pour être consciente de ce qu’implique la vie de trapéziste. Aujourd'hui, elle croit dans son choix et a décidé de suivre ce chemin à jamais.