2003.05

Exclusif

 

Les charmes de l’opéra chinois

Texte d’A Lei



Mei Lanfang (1894 - 1961), grand maître d'Opéra de Beijing, joue le rôle de Yang Yuhuan (719 - 756), concubine impériale célèbre de la dynastie Tang. Dans l’opéra chinois, les acteurs masculins interprètent très fréquemment des rôles féminins.
1911 : une publicité pour un spectacle de Yueju (opéra du Guangdong).
Formation.

Une histoire séculaire L'opéra chinois provient des chansons et danses exécutées autrefois pour célébrer les récoltes et offrir des sacrifices aux dieux. Elles ont évolué au cours des siècles vers de nouvelles formes artistiques telles que le Nuo (danse rituelle mise en scène lors des sacrifices), le Shexi (performance théâtrale) et le Yangge (danse folklorique populaire des régions rurales). L’opéra est né sous la dynastie Song (960 - 1279), inspiré des danses et chansons folkloriques, des ballades ainsi que des farces.
Les traditions de chaque province ont donné lieu à des opéras régionaux différents parmi lesquels les plus réputés sont incontestablement l’Errenzhuan (chansons et danses populaires du Heilongjiang, du Jilin et du Liaoning), l’Yuju (opéra du Henan), le Lüju (opéra du Shandong), le Yueju (opéra Shaoxing du Zhejiang), le Huju (opéra de Shanghai et des régions avoisinantes) et l’Yueju (opéra du Guangdong).
Né à Kunshan dans la province du Jiangsu il y a 600 ans, le Kunqu est aujourd’hui une forme d’art arrivée à maturation, cristallisant les efforts de plusieurs générations de dramaturges, de musiciens et d’acteurs. Considéré comme le précurseur de l'opéra chinois classique, le Kunqu se caractérise par sa musique délicate, ses belles chorégraphies ainsi que ses mouvements précis et stylisés. En 2000, il a été classé au premier rang parmi les dix-neuf chef-d'œuvres qui figurent sur la liste de l'Héritage culturel oral et non-matériel de l’humanité publiée par l’U.N.E.S.C.O.
Ce sont les opéras régionaux des provinces de l’Anhui et du Hubei qui ont donné naissance, au début du XIXe siècle, à l’Opéra de Beijing. Ce dernier a apporté un nouvel élan à l’opéra chinois en général. D’année en année, les artistes professionnels et amateurs n’ont pas ménagé leurs efforts pour développer ce nouveau style d’opéra en jouant des répertoires connus et en mettant en scène des acteurs célèbres. Il est devenu un art national à part entière, très représentatif de l’opéra chinois aux yeux des étrangers.

Le Bianlian est une performance unique du Chuanju (opéra du Sichuan). Les artistes changent de masques comme par magie.
Opéra de Beijing : Huadan, jeune personnage féminin.

Un décor très sommaire
L'opéra chinois se caractérise essentiellement par son art de l’expression. Tout comme dans les tragédies grecques anciennes, la scène est quasiment dépourvue de décor mais dès le lever du rideau, le public est capable en un instant de situer le contexte de l’histoire dans le temps et dans l’espace.
Le décor est très rudimentaire et réduit à sa plus simple expression à savoir une table et deux chaises. Elles possèdent en réalité plusieurs usages qui varient en fonction de l’intrigue de l’opéra. Seul le jeu des artistes leur attribue un sens réel et une table représente tantôt un salon, un bureau d’étude, un lit ou une montagne. Aussi, l’opéra chinois, si particulier et hermétique aux non avertis, nécessite une bonne connaissance des codes du maquillage, des costumes et des gestes des artistes pour pouvoir être apprécié.
La mise en scène. Dans l’opéra chinois traditionnel, les mimes et mouvements stylisés des artistes dictent la progression de l’histoire. Les spectateurs savent, par exemple, que la nuit tombe dans le récit grâce aux expressions faciales et à l’air vigilant des acteurs.
Le maquillage. Chaque personnage porte un maquillage qui répond à un certain nombre de conventions et dont les modèles et couleurs servent à identifier la personnalité de l’individu. On utilise principalement huit couleurs qui revêtent chacune un symbole : parmi elles, le rouge est synonyme de courage, de loyauté et de générosité, le blanc représente la traîtrise et la ruse, le bleu désigne la hardiesse et la férocité tandis que le noir illustre l’honnêteté et la droiture.
L’action. Dans l’opéra chinois, les mouvements de l'artiste sont libres et flexibles, mais il existe cependant des codes. Sur scène, se promener en formant un cercle représente un voyage de longue distance, et réciter un long vers indique que l’action s’étend sur plusieurs années. Parfois, les artistes chantent un adagio pour dépeindre le monde intérieur du personnage. Les mouvements, les chants et récits sont naturellement adaptés aux caractères des personnages et à l’intrigue de l’histoire.

Opéra de Beijing : Daomadan, jeune personnage féminin.
Opéra de Beijing : Laosheng, vieux personnages (empereurs, fonctionnaires, savants).
Chou, le pitre.

Les troupes régionales et amatrices
Depuis sa naissance, l'opéra chinois est un art populaire qui a souvent été joué à l’extérieur, sur des estrades montées à l’occasion dans des villages ou dans les tea-houses. C’est l’engouement du peuple pour l’opéra chinois qui a donné un véritable élan au développement de cet art.
Il existe de nombreuses troupes professionnelles ou d’artistes amateurs. L'opéra Puju est très populaire dans les provinces du Shanxi et du Henan et possède des codes qui lui sont propres. Aujourd'hui, plusieurs troupes professionnelles d’opéra Puju jouent dans les grandes villes mais des troupes amatrices itinérantes se déplacent également dans les régions rurales. Tous les membres de la troupe sont polyvalents et s’occupent de la mise en place de l’estrade et du décor comme de la nourriture. Leur salaire n’est pas leur motivation principale et les acteurs interprètent toujours avec passion les chansons, les récitations, les danses ou les acrobaties.
Ces troupes sont toujours très bien accueillies dans les campagnes et sont régulièrement invitées à l’occasion de mariages, d’enterrements, de fêtes, de festivals ou d’inaugurations de magasins. En moyenne, chaque troupe donne plus de cent représentations annuelles. Pendant la saison morte, les acteurs reprennent leur simple vie de villageois.

Séance de maquillage.
Salon d'essayage.

Avec ses couleurs éclatantes typiques de l'art folklorique chinois, l’opéra chinois a attiré beaucoup d'étrangers. Malgré les différences culturelles entre l'Asie et l’Occident, nombreux sont ceux qui s’intéressent à cet opéra traditionnel et cherchent à en maîtriser les clés.