2003.05

Vie sociale

 
Histoire du quartier musulman de Beijing

Texte et photographies de Wang Lei



Localisée dans la partie sud de Beijing, Niujie était autrefois un quartier populaire constitué de maison en briques entassées les unes sur les autres. A la fin des années 1990, Niujie a été intégrée dans un projet de reconstruction qui a changé la rue principale en une rue à quatre voies.
Les imams lors d’une cérémonie religieuse.
Niujie (rue de la Vache) est également appelée Liujie (rue de la Grenade) en raison du verger de grenadiers qui dominait autrefois cet endroit. Personne ne sait au juste quand le nom de Liujie a été transformé en Niujie, mais cette appellation est restée à travers les âges.
Localisé dans la partie centrale de l’arrondissement Xuanwu de Beijing, Niujie est un quartier musulman qui s’étend sur 1,41 km2. Il est isolé entre les rues Guang'anmennei et Youanmennei, où se trouve la plus grande et plus vieille mosquée de Beijing.
La grande majorité des musulmans qui habitent le quartier est issue de la minorité ethnique Hui dont 200 000 membres sont disséminés dans la capitale chinoise où ils vivent en harmonie avec les Han.
L’histoire de ce quartier remonte à plus de 1 000 ans. La première restauration de Niujie a eu lieu dans les années 1960. Il y a peu, ce quartier résidentiel a été à nouveau réhabilité.

La mosquée de Niujie, construite en 996 par Nazruddin, un savant arabe fonctionnaire de la dynastie Liao (916 - 1125), est la plus vieille mosquée de la ville. L’édifice a été agrandi et rénové sous les dynasties Yuan, Ming et Qing (1271 - 1911) et se caractérise par sa disposition symétrique. Etendue sur 6 000 m2, la mosquée est un mélange d’architectures chinoise et orientale qui abrite une salle des Prières, un observatoire, un minaret, une salle de lecture, une salle d’Ecritures Saintes et une salle de bains. De nombreux musulmans du quartier s’y rendent quotidiennement pour effectuer consciencieusement les cinq prières du coran. Le vendredi (Juma), les fidèles sont entassés dans la mosquée pour pouvoir assister aux lectures des imams.

Les nouveaux ensembles résidentiels de Niujie. Avant le réaménagement du quartier, 70% des maisons du quartier dataient de la dynastie Qing (1644 - 1911) et étaient souvent soumises aux fuites d’eau par temps de pluie. Ces dernières années, le quartier a bénéficié de la rénovation des bâtiments insalubres habités par 7 500 foyers. Les nouveaux quartiers résidentiels, l’école primaire Hui, les cafés-restaurants islamiques marquent la première phase de ce projet de développement, le plus grand jamais connu à Beijing.
Ma Jiajun (à gauche) et sa femme, tous deux issus de la région autonome Hui du Ningxia, dirigent un magasin d’articles islamiques dans Niujie. Leur affaire marche plutôt bien et attire des clients venus des quatre coins de la ville.
Kang place son espoir dans ses petits-enfants qui étudient à l’Ecole primaire Hui de Niujie. Son rêve est de les voir intégrer le collège puis l’université afin qu’ils puissent obtenir un doctorat.

Directeur du centre d’Arts Martiaux Ethniques de Niujie et maître de boxe chinoise Baiyuanquan pratique les arts martiaux depuis 60 ans et enseigne à de nombreux disciples. Cette boxe imite les mouvements élastiques et agiles des singes. Introduit à Beijing depuis plusieurs années déjà, cette boxe simiesque a notamment été développée dans Niujié. Zhang en est aujourd’hui le quatrième maître et a écrit un livre au sujet de son expérience.
Zhang Huilan (au milieu), qui travaille dans une imprimerie et a vécu après son mariage au No 73 de la ruelle Shouliu, rend visite à Ma Hua et Liu Ping, dont elle s’est occupée ces dernières années.
Ce couple Hui a deux enfants dont un a la santé très fragile. La famille vit difficilement sur la pension de retraite du couple et Liu Ping souffre d'une maladie grave. Zhang, leur voisine, a relié sa cuisine avec le logement du couple pour pouvoir prendre soin d'eux avec plus de facilités et est même devenue végétarienne par respect pour les habitudes alimentaires de la famille. Quand le projet de développement a été achevé, elle a demandé à être relogée près de ses amis, ce qui a été acceptée par le département de l'allocation du logement.
Le lancer de fer est un jeu traditionnel encore populaire dans Niujie. Pour pouvoir jeter et attraper l’objet qui pèse plusieurs douzaines de kilogrammes et ressemble à une serrure, le joueur doit être très réactif et musclé. Le jeu remonterait à la dynastie Qing (1644 - 1911) pendant laquelle les cuisiniers impériaux jonglaient avec des morceaux de fer pour plaire aux empereurs. Aujourd'hui, Niujie possède sa propre équipe qui donne des performances lors d’événements comme le Baïram, le Festival des Sports ou la Fête du Printemps.

Des résidents de la maison pour personnes âgées de Niujie qui loge quelques 100 vieillards. Ma Shupin (à droite en uniforme blanc) a travaillé pendant plusieurs années au bureau du quartier de Niujie puis a été sollicitée à sa retraite pour prendre la direction de cette maison. Agée d’une soixantaine d’années, Ma travaille déjà ici depuis neuf ans et est considérée par les pensionnaires comme un vrai membre de la famille. Afin de leur servir une cuisine de qualité, Ma a envoyé les chefs cuisiniers étudier dans les restaurants Hui. Chaque jour, elle passe beaucoup de temps à bavarder avec les résidents et leur lire les journaux. Lorsqu'une personne âgée décède, Ma s’occupe des arrangements funéraires tout en respectant les coutumes Hui. Grâce à ses soins attentionnés, les retraités peuvent couler de vieux jours paisibles.
Une boutique de la marque Qian Decai dans un supermarché islamique de Niujie. Qian Decai, aujourd’hui âgé de 70 ans, a appris à cuisiner lorsqu’il était jeune des spécialités islamiques comme le wandouhuang (gâteau à la farine de pois) et le lüdagun (gâteau de farine de riz glutineux fourré de pâte de pois d’amour sucrée le tout enduit de farine de soja). Marque déposée réputée, les pâtisseries très populaires de Qian Decai ont séduit les clients de toute la ville.