2003.05

Les étrangers en Chine

 

Une Française aux monts Damiao

Texte et photographies de Long Tao



Faute de moyens financiers et d’infrastructures adaptées, les jeunes chinoises de la région autonome Zhuang du Guangxi ne peuvent que très rarement poursuivre leurs études. Depuis quatre ans, une Française appelée Fangfang a aidé plus de 1 500 d’entre elles à retourner à l’école en construisant notamment une dizaine d’établissements dans la région isolée et pauvre des monts Damiao.
Fangfang vit aujourd’hui dans cet endroit et finance une grande partie de ses campagnes grâce à la location d’une maison qu’elle possède en France.
Quand travail et passion ne font plus qu’un
Depuis sa plus tendre enfance, Fangfang a toujours été fascinée par la Chine. Après avoir obtenu une maîtrise de chinois, elle a travaillé comme guide touristique pour une agence de voyage parisienne. Fangfang a commencé à accompagner des touristes en Chine en 1989 et a passé depuis, six mois par an dans le pays. Pendant ses séjours, la Française a été particulièrement impressionnée par le style de vie unique et les coutumes des minorités ethniques, en particulier celles du sud de la Chine.
En 1996, l’association française Médecins Sans Frontières a organisé une campagne médicale dans le district autonome Miao de Rongshui dans la région du Guangxi. C’est par pur hasard que Fangfang a rencontré en 1997 un de ses membres, Monsieur Marcel, alors qu’elle travaillait en tant que guide à Guilin. Cette rencontre lui a permis de rejoindre l’organisation en qualité d’interprète et de découvrir les monts Damiao et le canton de Danian impossibles à trouver sur les cartes géographiques.

Les monts Damiao : une région touchée par la pauvreté
Rien ne laisse indifférent aux monts Damiao : le ciel bleu parsemé de nuages blancs, les montagnes verdoyantes, les rivières, les pipeaux de roseaux et la danse caitang. Difficile alors pour Fangfang de capturer toutes ces http://www.rmhb.com.cn/chpic/htdocs/English/content/200305/images et de noter toutes ses impressions dans son carnet de voyage. Pourtant habituée à la vie citadine, elle a été profondément impressionnée par tout ce qu’elle a vu et s’est profondément attachée à cet endroit.
Les locaux qui vivent dans ces montagnes alpines reculées et appauvries sont isolés du reste du monde et pensent encore de manière très archaïque. Difficile pour les jeunes filles de se faire une place dans cette société où les hommes sont valorisés et les femmes méprisées. L’avenir des fillettes est généralement tout tracé : broder, coudre, garder les troupeaux de vaches ou de canards, puis se marier selon la tradition. Très peu d’entre elles peuvent aller à l’école et les établissements comptent de deux à six élèves au maximum. Certaines des écoles sont parfois même complètement abandonnées.
Les premiers pas de Fangfang sur les chemins de montagne
En 1998, Fanfang est allé frapper à la porte du Bureau de l’Education de la ville de Danian et a exposé son projet d’aide à la scolarisation des jeunes filles des monts Damiao au directeur Wei Yucheng. Elle lui a notamment expliqué comment les bâtiments scolaires insalubres et dangereux disséminés dans les villages ne pourraient bientôt plus accueillir les élèves, faute de mesures adaptées.
Fangfang s’est empressée de récolter des fonds pour restaurer les établissements en mauvais état et financer la scolarité des jeunes filles les plus démunies. En 1999 et 2001, les 180 000 yuans récupérés lui ont permis de construire onze nouvelles écoles dans des villages comme Linlang, Guishe, Xiangtang et Shangzhai. Aujourd’hui, plus de 1 450 enfants des environs de Danian et de Liangzhai ont pu retourner à l’école primaire grâce à son aide.

« Je suis la personne la plus riche des monts Damiao ! »
Fangfang publie un magazine intitulé «Couleur de Chine » qui illustre la beauté des paysages des monts Damiao et expose les problèmes de scolarisation des jeunes filles de la région. Chaque mois, elle organise des voyages à Guilin et des actions de parrainage pour les fillettes défavorisées. Ces dernières années, plus de 1 000 étrangers, dont une grande majorité de Français, ont participé à la campagne de financement organisée par Fangfang.
Elle a appris à parler le dialecte local et les villageois la considèrent comme une des leurs. Les élèves l’accueillent toujours chaleureusement partout où elle va et lorsqu’elle quitte un village, on lui offre toujours des mets d’honneur tels que du riz glutineux et des œufs.
En février 2001, Fangfang a fait construire un hôtel en bois à Danian. Lorsque les travaux furent achevés, les villageois célébrèrent l’événement comme s’il s’agissait d’un festival. Ils ont alors adressé tous leurs bons vœux à cette Française qui a contribué à l’éducation de leurs enfants et au développement des générations futures.