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Arts et culture
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Des anciens bronzes réapparaissent
à la lumière du jour
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La
plaine du Guanzhong située dans la province du Shaanxi est
le berceau de la civilisation chinoise qui a vu naître et
déchoir de nombreuses dynasties. Les archéologues chinois
n’y ont pas ménagé leurs efforts et leur temps pour découvrir
les traces de l’ancienne civilisation, notamment près de
la vallée de la rivière Weihe, entourée d’un vaste plateau
de lœss. Mais malgré leurs connaissances étendues sur la
civilisation chinoise, leurs découvertes archéologiques
ont souvent résulté du pur hasard.
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Vase
à vin.
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La
découverte
Les dernières découvertes ont eut lieu proche de la
ville de Baoji, dans le Shaanxi (au nord ouest de
la Chine), par cinq fermiers du village de Yangjia
venus prélever de la terre pour fabriquer des briques.
Une caverne a été découverte par Wang Laqian, l’après-midi
du 19 janvier 2003, aux alentours de 16h00, alors
qu’il était en train de bêcher le sol. Les villageois
crûrent d’abord qu’il s’agissait d’une tombe, mais
en regardant de plus près ils aperçurent une vague
lumière bleue-vert. Agenouillés au bord de la cave,
ils découvrirent alors quatre bronzes dings qui s’avérèrent
être des ustensiles de cuisine. «Les objets ressemblaient
aux bronzes que j’avais eu l’occasion de voir dans
des documentaires télévisés concernant la loi chinoise
sur la protection des vestiges culturels» raconte
Wang Ningxian.
Bien que les fermiers soient excités par leur découverte,
ils eurent peur que les autres villageois se ruent
sur les lieux et pillent les reliques. En 1985, lorsque
l’on découvrit plusieurs séries de cloches (pièces
de carillon, instrument de musique ancien), les locaux
se querellèrent pour s’approprier les biens et les
cacher. Afin d’éviter de tels ennuis, les cinq fermiers
décidèrent de garder le secret et de faire part de
leurs trouvailles au gouvernement local dès que possible.
Peu de temps après, vers 18H00, des archéologues du
Bureau culturel du district de Meixian arrivèrent
sur place. Grâce à leur professionnalisme, ils comprirent
tout de suite que les vingt bronzes abrités par la
caverne représentaient un véritable héritage culturel
et en prévinrent les autorités du district compétentes
en la matière.
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La
surface de la cave dans laquelle les reliques ont
été découvertes est inférieure à 1 m2. Ce lieu de
découverte est situé non loin du village de Yangjia
dans le district de Meixian de la ville de Baoji.
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Pichet
à vin et détail des pieds.
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L’excavation
A 20H00, l’excavation des reliques a pu commencer
tandis que des policiers maintenaient l’ordre et éloignaient
les badauds trop curieux. Le gouvernement municipal
et les cadres politiques du district organisèrent
une équipe de dix-huit volontaires pour sortir les
bronzes qui, éclairés par la lumière des lampes électriques,
ressemblaient à de véritables trésors.
Chaque objet fut photographié, minutieusement mesuré
et noté dans un carnet. Deux personnes furent nécessaires
pour sortir les objets pesant chacun environ 30 à
40 kg. A 21H00, lorsque l’excavation prit fin, on
put dénombrer un total de vingt-sept pièces comprenant
douze dings (marmites), neufs ge (marmites tripodes),
deux pots, un yi (verseur d’eau), un pan (bassine),
un yu (grande tasse), et un he (vase à pieds).
Une fois les bronzes chargés dans des camions, les
dirigeants du district de Meixian exprimèrent leurs
remerciements aux villageois de Yangjia et leur promirent
de récompenser leur contribution à la protection des
reliques culturelles.
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Estampage
d’une bassine.
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La
bassine et détail d’une de ses anses.
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L’authentification
A 22H00, les vingt-sept trésors furent déposés au Bureau
culturel du district de Meixian et stockés dans la salle
des reliques. Malgré la fatigue, les archéologues et leurs
assistants furent tenus en éveil par l’excitation de la
découverte.
Un examen minutieux a permis de relever des inscriptions
sur plus de vingt-quatre bronzes. Leur nombre de caractères
et leur signification sont autant de critères permettant
de déterminer la valeur historique et culturelle d’un objet.
Après un rapide dépoussiérage, le plus gros ding, peu rouillé,
a très nettement laissé apparaître trois cents caractères.
Plus fascinant encore, une bassine à anses s’est révélée
porter pas moins de trois cent cinquante caractères gravés,
soit soixante-dix de plus que ceux inscrits sur la bassine
Shiqiang (mur de l’histoire), une relique découverte en
1976 dans la province du Shaanxi. Cette dernière est par
ailleurs plus petite et plus grossière que l’objet découvert
à Yangjia. Les caractères, nettoyés au vinaigre, ont alors
livré des renseignements importants sur les événements qui
ont eut lieu sous les règnes de neuf rois de la dynastie
des Zhou de l’Ouest (1100 - 771 av. J.-C.). La valeur historique
de cette bassine est d’autant plus importante que celle
dénommée Shiqiang ne fournissait des informations que sur
six rois.
«C’est à couper le souffle !» s’est exclamé Liu Huaijun,
directeur du Département des reliques culturelles relevant
du Bureau culturel du district de Meixian. Pour Monsieur
Liu, qui a consacré plus de vingt ans à sa passion pour
l’archéologie, la découverte des bronzes signifie bien plus
encore que ce qu’on peut imaginer.
La protection
C’est à l’aube que la phase initiale d’excavation et d’authentification
a touché à sa fin. Une douzaine de personnalités et d’experts
du Département des reliques culturelles arrivèrent dans
le district de Meixian vers 10H00 du matin et s’émerveillèrent
devant la beauté des objets.
Après s’être renseigné sur les trésors vieux de plus de
2 700 ans, Zhang Tinghao, directeur de l’Administration
de l’héritage culturel de la province du Shaanxi, ordonna
immédiatement de les transférer au Musée des bronzes de
Baoji pour leur garantir une protection optimale.
Le musée de Baoji abrite une large collection de bronzes
de la dynastie des Zhou de l’Ouest tels que ceux découverts
en 1975 dans le village de Dongjia (district de Qishan),
ceux déterrés en 1976 dans le village de Baijia (district
de Fufeng) et ceux trouvés récemment dans le village Yangjia.
Baoji a été surnommé “la Maison des bronzes” et retrace
plus particulièrement l’histoire de la culture des dynasties
Zhou et des Qin (1100 - 206 av. J.-C).
Le gouvernement municipal de Baoji a débloqué un fonds de
200 000 yuans pour pouvoir enregistrer les vingt-sept bronzes
sur la liste 2003 des dix meilleures découvertes archéologiques
et ne va pas ménager ses efforts pour pouvoir exposer ces
trésors dans des pays étrangers en 2004.
Le design délicat, les nombreuses décorations et calligraphies
gravées sur les pièces récemment découvertes leurs confèrent
une grande valeur artistique. Les renseignements précieux
qui y figurent concernant la date et la phase de la lune
vont sans doute pouvoir aider la Chine dans sa volonté de
clarifier les divisions entre les dynasties Xia, Shang et
Zhou. Ils joueront par la même un rôle important dans l’élaboration
de la chronologie de la civilisation chinoise.
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Excavation
des reliques en pleine nuit.
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Il
faut accorder un grand respect aux cinq fermiers qui ont
découvert ces bronzes. Ces gens ordinaires, menant une vie
extrêmement simple sur le plateau de lœss, ne pouvaient
pas s’imaginer que leur découverte aurait une telle importance
d’un point de vue archéologique. Et pourtant, conscients
que ces bronzes appartenaient à la nation, ces citoyens
ont scrupuleusement respecté la loi sur la protection des
reliques et des trésors nationaux. «La volonté des fermiers
de protéger les reliques culturelles est aussi précieuse
que la découverte des trésors nationaux» s’est exprimé Zhang
Tinghao, directeur de l’Administration de l’héritage culturel
de la province du Shaanxi. Li Xueqin et Li Boqian, deux
scientifiques travaillant sur les dynasties Xia, Shang et
Zhou ont également déclaré que la découverte des bronzes
de Yangjia figure parmi l’une des plus importantes découvertes
archéologiques du XXIe siècle.
Pour remercier les cinq fermiers à l’origine de la découverte
accidentelle de ces bronzes, l’Administration de l’héritage
culturel de la province du Shaanxi a accordé à chacun une
récompense de 20 000 yuans. La discrétion des villageois,
leur volonté de protéger le site, l’aide des dix-huit paires
de mains qui ont déterré les objets malgré le froid hivernal
seront consignés dans les annales de l’histoire archéologique
chinoise.
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