2003.10

Exlusif

 

Le «chemin céleste»

Texte de Xu Wei



Avec une altitude moyenne dépassant 4 000 m, le plateau du Qinghai-Tibet est le plus haut du globe, lui valant les surnoms de Toit du monde ou de Troisième pôle du globe. Situé au Sud-Ouest quart nord de la Chine il comporte une cinquantaine de monts s’élevant à plus de 7 000 m. Parmi eux, l’Everest ou mont Qomolangma, est le plus haut sommet du monde avec 8 848 m d’altitude. Touchant presque le ciel, ses hauts pics sont en permanence voilés de nuages et de brouillards qui évoquent les îles des Immortels aux mystères impénétrables.
La vie sur le plateau du Qinghai-Tibet est soumise au froid, à l’isolement, à la raréfaction de l’air et au mal d’altitude. Ce sont ces particularités géographiques et climatiques qui ont empêché la main de l’homme de détruire ce milieu écologique qui a conservé jusqu’à aujourd’hui son paysage originel ainsi que la richesse de sa flore et de sa faune. Les hautes montagnes sont couvertes de neiges éternelles immaculées, le ciel bleu et les nuages blancs se réfléchissent dans l’eau claire des lacs et de nombreux animaux sauvages pâturent dans les vertes prairies en été.
La densité démographique du plateau du Qinghai-Tibet est de moins de 4 habitants au kilomètre carré et l’on peut parcourir de longues distances sans rencontrer âme qui vive. L’enclavement du plateau et le manque de moyens de transport favorisent certes la formation d’une culture originale mais ralentit pour autant la vitesse du développement économique de la région. Seules les pistes autrefois créées par les caravanes reliaient Lhasa, capitale du Tibet, à l’intérieur de la Chine. Cependant, les routes Sichuan-Tibet, Yunnan-Tibet, Qinghai-Tibet et Xinjiang-Tibet construites les unes après les autres depuis les années 1950 et les lignes aériennes ouvertes en 1960 ont progressivement ouvert le Tibet vers le reste du pays. L’amélioration des conditions de communication a permis d’accélérer les échanges commerciaux et culturels entre le Tibet et les autres régions chinoises et a facilité l’accès des voyageurs au plateau pour admirer les paysages magnifiques, découvrir les coutumes traditionnelles tibétaines et la culture originale du bouddhisme tibétain.

Sanchahe, le plus haut viaduc de la ligne Qinghai-Tibet.
La gare de Xining, point de départ du chemin de fer Qinghai-Tibet.

 
L’ouverture du tunnel dans le style architectural tibétain aux environs de Lhasa.
Le pont sur la rivière Tuotuo près de la source du Changjiang (Yangtsé).
 
Examen médical.
Les ouvriers posent des rails sous la neige.

Le trafic terrestre est cependant limité par l’état des routes souvent impraticables lors des intempéries tandis que le transport aérien accuse un prix de revient trop élevé. La construction d’un chemin de fer sur le plateau du Qinghai-Tibet a été envisagée dans les années 50 pour pallier ces problèmes de transport. Après de nombreuses études, la ligne reliant Xining (Qinghai) et Lhasa (Tibet) en passant par Golmud est apparue comme la plus avantageuse en raison de ses coûts d’investissements faibles et de délais d’exécution relativement courts. Ainsi, le premier tronçon Xining-Golmud a pu être mis en service en 1978. La construction du second tronçon Golmud-Lhasa représente la 2e phase des travaux. Partant de la gare Nanshankou à Golmud, le chemin de fer borde les rivières Golmud et Kunlun au nord des monts Kunlun, puis monte sur le plateau de Qinghai-Tibet après en avoir franchi le col situé à 4 772 m d’altitude. La voie ferrée traverse les monts Hoh Xil puis pénètre le Tibet après avoir franchi le col des monts Tanggula, point le plus élevé de la ligne avec ses 5 072 m d’altitude. Elle traverse ensuite le plateau du Nord du Tibet et descend enfin le long de la rivière Nagqu jusqu’à Lhasa. Le 8 février 2001, le Conseil des affaires d’Etat a donné son autorisation pour construire le chemin de fer du Qinghai-Tibet qui a commencé le 29 juin de la même année. Selon le délai prévu, la ligne sera complètement achevée en juin 2007.
Jusqu’à présent, les rails ont été posés sur 280 km et la ligne traverse déjà la région inhabitée de Hoh Xil à plus de 4 700 m d’altitude. Elle se prolonge vers Lhasa selon le plan établi.
Avec une longueur totale de 1 118 km, la ligne ferroviaire du Qinghai-Tibet sera la voie ferrée la plus haute du monde.