2003.12

Exlusif

 

2003 : la nouvelle génération chinoise ?

Texte de Xie Chen et Wang Lei



Avec l'ouverture de la Chine, les conceptions et les modes de vie des Chinois ont peu à peu changé, s'éloignant peu à peu des traditions et faisant apparaître aujourd'hui de nouvelles tendances, en particulier chez les jeunes et les classes les plus favorisées.
 
Une pièce de théâtre basée sur le roman La première relation intime, premier ?uvre diffusée en ligne, a connu un grand succès dans toute la Chine.
Du temps libre pour apprendre l'anglais.
Des amis rencontrés grâce au net se retrouvent à Nanjing, dans la province du Jiangsu.
Une vidéo digitale (DV) pour filmer leur propre histoire.

Vivre dans un monde virtuel
A la fin du mois de septembre 2003, un institut de recherches a publié les résultats d'une enquête effectuée pendant plusieurs mois auprès d'internautes chinois selon laquelle 25 % des citadins (et plus particulièrement les habitants des petites cités) seraient des utilisateurs réguliers d'internet. D'après le 12e «Rapport sur le développement d'Internet en Chine» effectué par le Centre d'information du réseau Internet de Chine, le nombre de Chinois surfant sur la toile s'élevait à 68 millions au 30 juin 2003, dont 83,7 % de moins de 35 ans.
La croissance exponentielle du nombre de visiteurs sur les sites a ouvert une véritable niche pour le net-business et stimulé l'émergence de nouveaux commerces en ligne. Certains internautes ont trouvé refuge dans cette vie virtuelle et passent leur temps à surfer sur le net pour réaliser leurs activités quotidiennes : recherches d'informations, rencontres avec des amis, forums de discussion, courriers électroniques.
Ainsi, selon les études, plusieurs millions de personnes, dont 68 % sont titulaires d'un dipl?me supérieur et gagnent un revenu mensuel d'environ 3 000 yuans, seraient concernées par ce nouveau mode de vie. Agés d'une moyenne de 32 ans, ces fanatiques de l'informatique ont complètement intégré Internet dans leur vie quotidienne et professionnelle. Partageant la même passion, ils s'expriment unanimement : «nous ne pouvons imaginer notre vie sans un ordinateur, ce serait comme être privé d'oxygène».
Avant qu'il ne s'intéresse au net, Viky n'imaginait pas que la vie pouvait être aussi simplifiée en se connectant quotidiennement au réseau et l'expérience dont il tire le plus de fierté est celle d'avoir vécu un mois en effectuant tous ses achats journaliers par Internet. C'est selon lui, un mode de vie encore récent en Chine qui apporte bien plus que ce qu'on en attend initialement.

Les trajets en train sont une occasion d'étudier. 
L'escalade est devenue un sport à la mode chez les passionnés d'activités en plein air. 
Pédaler le long des sentiers de montagnes procure aux amateurs de grandes sensations.
Les équipements de bureau modernes ont intégré le domicile de la classe moyenne chinoise.

Une soif de connaissance insatiable
«Recharge» est un terme physique couramment employé par les Chinois au sujet des gens qui désirent accroître leur savoir et leurs compétences pour s'adapter à la demande et au développement de la société et enrichir leur vie spirituelle. Tandis que les jeunes se rendent dans des écoles pour poursuivre leurs études de langues étrangères ou améliorer leurs connaissances informatiques, les plus âgés étudient des spécialités pour lesquelles ils vouent un véritable intérêt. La Chine est ainsi entrée aujourd'hui dans une espèce «d'économie intellectuelle» et un nombre croissant d'adultes retournentà l'école le soir, le week-end ou durant les congés payés. Xu Mei, employée d'un bureau d'avocat, passe ainsi chacun de ses week-ends à se documenter à la Bibliothèque Nationale de Beijing. Comme elle, de nombreux Chinois préfèrent étudier pour leur propre plaisir personnel plut?t que de profiter des moments de détente à se reposer, à rester en famille ou entre amis. Fréquentant assidûment les librairies, les classes du soir et les bibliothèques, ils font tout pour améliorer leurs connaissances intellectuelles mettant ainsi en pratique un vieux proverbe chinois «On peut étudier toute sa vie sans jamais finir».
Alors que la société chinoise se développe et que la compétition est plus intensive, les études extra-scolaires sont devenues un moyen d'étendre sa propre culture, de s'accomplir professionnellement et d'être en accord avec ses propres valeurs.
A la recherche d'aventures
Levé de bonne heure, un samedi matin, Shi Lei, programmeur informatique, prépare ses affaires de randonnée après avoir prévu de passer un week-end à Lingshan, le plus haut pic de la banlieue de Beijing, avec des amis rencontrés sur le net. Ayant rejoint depuis peu une équipe de sports en plein air, elle est devenue une fervente passionnée d'aventures.
Les sorties qui consistaient au début en de simples pique-niques ont finalement laissé place à des week-ends de camping, de rafting, d'escalade, de randonnée ou de parcours de survie.
Ces sports de plein air ont été introduits en Chine au milieu des années 1990 grâce au développement de l'économie. Particulièrement appréciées des jeunes cadres, ces activités leur procurent de l'aventure et leur permettent de relever des défis personnels.
Shi Lei se rappelle encore de sa première expérience. Au cours d'une randonnée, son équipe s'était perdue dans la nature alors qu'il pleuvait des cordes. Ils ont lutté jusqu'à l'aube où la nature a laissé apparaître un paysage fantastique de montagnes verdoyantes et de nuages blancs. Elle écrit ainsi dans son journal : «C'est une expérience magnifique qui m'a apporté la chance de me rapprocher de la nature, de m'échapper du vacarme et des inquiétudes de la ville, a apaisé mon esprit et m'a permis de me retrouver avec moi-même. L'idée d'abandonner face aux difficultés m'a effleuré l'esprit mais je me suis ravisée et ai décidé de faire des efforts. Alors que nous atteignions le sommet, j'ai été envahie par un sentiment de joie et de satisfaction jamais ressenti auparavant».
Depuis deux ans, les sports de plein air ont ainsi attiré les amoureux de la nature et les passionnés d'aventures de tous âges. De leur point de vue, il ne s'agit pas là seulement d'expériences excitantes mais d'un style de vie très sain.

Yuan Li, 25 ans, travaille en qualité de manager de forum Internet, un emploi qui lui permet de travailler à domicile.
Sportifs à l'exercice.
SOHO : des professionnels à domicile
Associé d'un cabinet juridique, Li Gang travaille la majeure partie de son temps à son domicile, grâce au téléphone et à Internet avec lesquels il peut communiquer sans difficulté avec ses clients et ses agents. Excepté le vendredi où il doit se rendre au bureau pour assister aux réunions de service hebdomadaires et les convocations à la cour de justice, ce style de vie lui permet de disposer de son temps comme il l'entend : un avantage précieux, d'autant plus que ses revenus sont relativement élevés (plus de 100 000 yuans annuels).
SOHO (small office, home office) est devenu en Chine un mode de vie récent qui fait des émules et concerne principalement les professions d'avocat, écrivain, peintre, designer ou webmaster. Ainsi Zhang Ming, dipl?mé de l'Académie des Beaux-Arts, a souhaité travailler en free-lance en tant qu'illustrateur de presse, un métier qui lui assure des revenus honorables tout en lui offrant l'opportunité de gérer sa vie de manière plus souple. SOHO a également donné naissance à des emplois à temps partiel contractuels tels que professeurs, journalistes ou techniciens informatiques. Ce nouveau style de vie fait des envieux chez les employés mais suppose certaines qualités : avoir un bon relationnel et savoir gérer seul les problèmes. Le travail en free-lance ne bénéficie pas de la même sécurité qu'un emploi aux revenus fixes et nécessite par ailleurs un investissement permanent dans la recherche de nouveaux projets. Certes, le travail dans une société implique des contraintes, mais avoir son indépendance et sa liberté signifie également être soumis aux aléas du marché du travail.
SOHO est un style de vie encore récent en Chine, mais ces représentants ont démontré leur énergie et leur créativité dans l'économie de marché chinoise.

Une bonne santé physique : un investissement pour le futur
Les nombreuses campagnes sanitaires menées ces derniers temps ont incité les jeunes à se rendre dans les centres de fitness pour suivre des cours d'aérobic ou de yoga. Les livres sur la santé connaissent aujourd'hui un grand succès et figurent parmi les meilleures ventes tandis que l'alimentation diététique connaît son heure de gloire.
Aux beaux jours, il est tout à fait commun de voir des jeunes jouer au volant ou au badminton, de faire du cerf-volant dans les jardins publics et les aires de jeux disséminés dans les villes. D'après, Li Fenglin, retraité de 65 ans passionné de cerf-volant qu'il pratique dans le parc Huangchenggen de Beijing, des amateurs de plus en plus jeunes à qui il sert de coach ont depuis peu rejoint les vieux Pékinois.
Outre les sports de plein air, les exercices physiques d'intérieur sont de plus en plus prisés tandis que le kendo japonais, le taekwondo coréen (TKD), le yoga indien ou les exercices de boxe occidentale ont développé un véritable enthousiasme parmi la population. A Beijing, Shanghai et Guangzhou ainsi que dans les autres métropoles, la nouvelle tendance a engendré l'ouverture de nombreux gymnases.

Le taekwondo, originaire de Corée du Sud, a gagné les faveurs du public chinois.
Un dimanche agréable à faire du cano? sur la rivière Kunyu de Beijing.

L'entraide sociale
En 1985, l'Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé le 5 décembre Journée nationale des volontaires. Depuis décembre 1993, le gouvernement chinois a lancé sa propre campagne de volontariat auprès des jeunes qui se sont mobilisés sous la devise «dévouement, amitié, aide mutuelle et progrès» et ont apporté leur aide aux gens les plus démunis.
Outre les ?uvres de bienfaisance, la Jeunesse volontaire de Chine s'est engagée dans un projet de défense de l'environnement appelé Green Project. A travers des camps écologiques et des «actions vertes» les jeunes ont organisé des activités bénévoles de protection de l'environnement tels que la plantation d'arbres, l'aménagement des déserts, le contr?le de la pollution de l'eau et le nettoyage des déchets. C'est en juin 1999, que le premier événement du genre a eu lieu à Fengning dans la province du Hebei. En moins de 6 mois plus de 1 000 volontaires issus de 19 provinces et régions autonomes de Chine ainsi que de 12 pays étrangers dont la France, l'Allemagne, le Japon et la Grande-Bretagne se sont réunis pour planter des arbres sur une surface d'un million de mètres carrés. D'autres projets menés dans les provinces du Sichuan, du Zhejiang et du Jilin, ainsi que dans la région autonome de Mongolie intérieure sont aujourd'hui encore en cours.
Xu Qu, alias «Petit bois» sur www.lvye.org, a mis en place l'un des sites les plus connus de programmes volontaires. Chaque week-end, des jeunes se donnent rendez-vous grâce à Internet dans une école spécialisée pour autistes située dans la banlieue de Beijing. Surpassant les difficultés de communication avec les enfants et réalisant le maximum pour un résultat souvent vain, les volontaires poursuivent leur mission depuis deux ans déjà. Xu Qu encourage toujours les nouvelles recrues car «un sourire aper?u sur les lèvres d'un enfant est une récompense qui permet d'aller toujours plus de l'avant».
Aujourd'hui, plusieurs villes ont déjà mis en place des associations de volontaires qui se répartissent les actions sociales. Depuis la création de ce système d'entraide, plus de 10 millions de volontaires se sont mobilisés pour la bonne cause et ont offert plus de 4 milliards d'heures bénévoles au service de la sociét

La vie sur les routes
D'après les dernières statistiques du marché de l'automobile de Chengdu, capitale du Sichuan, les ventes de voitures ont été ces derniers temps en croissance exponentielle avec plus de 1 000 ventes pendant la seule semaine des vacances nationales d'octobre 2003. Le prix relativement faible des véhicules de la marque Alto (environ 29 800 yuans) a particulièrement attiré les acheteurs.
Parmi les 600 grandes villes de Chine, Chengdu se trouve dans une position inférieure à celle des grandes villes de la c?te Est en matière de développement économique. Le récent engouement des ménages de Chengdu pour les automobiles est cependant identique aux autres villes. Selon les premières études, à la fin du mois de septembre 2003, plus d'un million de véhicules privés circulent dans la ville tandis que les chiffres augmentent quotidiennement de plusieurs centaines. Offrant à leur possesseur une relative indépendance en terme de transport, le rapide accroissement des véhicules privés a particulièrement profité au tourisme dans la banlieue de Chengdu. La capitale du Sichuan a aujourd'hui atteint le 4e rang en Chine en matière de ventes de véhicules privés, aux c?tés de Beijing, Shanghai ou Guangzhou,.
Pendant ce temps, Beijing enregistrait à la fin du mois d'octobre 2003 plus de 2 millions de véhicules dont 1,3 millions de voitures privées. En six ans, le marché de l'automobile a donc littéralement explosé à en juger d'après les statistiques de l'Administration du trafic de Beijing qui comptaient un million de véhicules dans la capitale en février 1997. Selon Zhang Jingli, directeur de cette administration, le taux de croissance permet de penser qu'il y aura environ 3 millions de voitures dans trois ans à Beijing. é.