2004.01

Exlusif

 

Les étudiants chinois à la découverte d'autres cultures

Texte de Xie Chen et Wang Lei



Il y a 150 ans, le premier étudiant chinois arrivait aux Etats-Unis pour y effectuer ses études. Depuis, le nombre des candidats chinois à l'expatriation dans le cadre universitaire ou professionnel n'a cessé d'augmenter, tout comme celui des étrangers en Chine. Une expérience qui leur permet de servir de médiateur en matière de communication internationale.
Depuis le printemps 2003, le gouvernement chinois a mis en place une série de mesures pour encourager les étudiants chinois expatriés à revenir dans leur pays afin de participer à l'édification économique et au développement scientifique et technologique de la Chine.
 
1872 : le premier groupe d'étudiants envoyés à l'étranger en face du Bureau commercial maritime de Shanghai avant le départ.
Shi Shiyuan (à gauche), étudiant de Marie Curie (seconde à droite), lors de la présentation de sa thèse de doctorat.
Octobre 1950 : après avoir fini leurs études aux Etats-Unis, les étudiants rentrent en Chine en bateau.

C'est en 1847 qu'un jeune chinois nommé Rong Hong a traversé les océans pour se rendre aux Etats-Unis. Huit ans plus tard, il était le premier chinois diplômé d'une université américaine, celle de Yale. Grâce au succès de Rong Hong, le gouvernement de la dynastie Qing (1644 - 1911) a envoyé en 1872 un groupe de 120 jeunes étudier à l'étranger. Après avoir reçu un enseignement varié, les étudiants ont pu apporter leur contribution à la Chine dans des domaines tels que la diplomatie, les affaires militaires, la politique, la technologie et l'éducation.
Au début du XXe siècle, le rêve des chinois de partir étudier à l'étranger était malheureusement remis en question par les guerres. Lors de la fondation de la République populaire de Chine en 1949, le nouveau gouvernement chinois a dispatché un certain nombre d'étudiants à l'étranger, mais la Chine s'est aussitôt refermée sur elle-même pendant la Guerre froide.

37 institutions étrangères ont obtenu l'approbation pour s'installer en Chine.
La New Oriental School attire de nombreux étudiants dont le rêve est de pouvoir un jour partir à l'étranger.
Yu Minhong, président de la New Oriental School fait une conférence sur les études à l'étranger.

Des étudiants chinois répartis dans le monde entier
Depuis 1978, la Chine a repris ses programmes à l'étranger. Une enquête menée par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) à la fin de l'année 2000 a dénombré 1,6 millions d'étudiants étrangers dans plus de 108 pays. D'après les dernières statistiques du Ministère du Personnel de Chine, 460 000 jeunes chinois étudient dans plus de 103 pays. Après avoir été diplômée du département de sociologie de l'Université de Beijing, You Danzhen n'a pas épargné ses efforts pour partir étudier à l'étranger. Alors qu'elle travaillait pour une compagnie étrangère d'investigations sociales, elle devenait de plus en plus impatiente d'étudier les techniques de management des pays occidentaux. Selon elle, «les bases des théories sociologiques et les méthodes d'investigations utilisées dans les enquêtes sociologiques viennent incontestablement de l'Occident ». C'est pourquoi elle désire autant s'y rendre pour enrichir ses compétences professionnelles.
Contrairement à You qui finance ses études à l'étranger elle-même, Chen Chunlei, fonctionnaire à Hangzhou (capitale de la province du Zhejiang) étudie à l'étranger grâce au gouvernement chinois. En 2002, il a ainsi été envoyé avec 19 de ses collègues dans une université du New Jersey pour obtenir un master d'Administration publique. Le cursus comprend des cours sur le système administratif américain, le budget et la législation financière du gouvernement, le droit public, l'application des technologies de l'information pour les organisations publiques, le management des ressources humaines ou encore la santé publique : une expérience que Chen Chunlei pourra facilement valoriser dans le monde professionnel.
Le nombre des étudiants chinois à l'étranger ne cesse d'augmenter. 80 000 en 2001, ils atteignaient les 120 000 en 2002, dont 93% financent eux-mêmes leur séjour. En 2003, le nombre des étudiants chinois en Grande-Bretagne a augmenté de 70% en comparaison à l'année 2002 même si pendant longtemps l'île britannique a été boudée en raison des frais universitaires et des coûts de vie très élevés. Aujourd'hui, l'Allemagne, la France et la Russie ont gagné les faveurs de la moyenne classe chinoise pour l'apprentissage d'une seconde langue étrangère car les frais à dispenser sont moins élevés. Les pays asiatiques tels que Singapour, la Malaisie et la Corée du Sud sont également devenus des destinations très prisées par les étudiants chinois.

Trois candidats chinois d'un master en brassage de la bière à Bavaria en Allemagne.
Etudiants lors de la Foire internationale d'éducation supérieure de Shanghai.
Un véritable marché
En février 2003, s'est tenue la 8e Foire internationale d'éducation supérieure de Chine qui a attiré, outre les visiteurs, environ 108 écoles représentant plus de 20 pays. En Nouvelle-Zélande, l'industrie de l'éducation est devenue un des piliers de l'économie du pays tout comme aux Etats-Unis où les médias américains plaçaient l'éducation au 5e rang après les armes militaires et l'électronique en 1998. La moyenne annuelle des frais d'éducation pour un étudiant chinois en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis s'élève respectivement à 160 000 et 100 000 yuans. Chaque année, les bénéfices dégagés par l'éducation américaine grâce aux étudiants étrangers s'élève à 9 milliards de dollars financés dans une large proportion par les jeunes chinois qui y représentent environ 20% des étudiants.
Les études à l'étranger sont devenues un véritable marché et nombreuses sont les universités qui ont ouvert des classes d'entraînement au TOFEL (Test of English as a Foreign Language) et d'IELTS (International English Language Testing System). Chaque année, environ 600 000 étudiants chinois soutiennent l'existence et l'expansion des Centres de langue anglaise. Les agences de conseil pour les études à l'étranger et les démarches d'immigration internationale se sont également répandues dans les grandes villes comme Beijing, Shanghai et Guangzhou comme le prouvent les nombreuses publicités imprimées dans les journaux.
La New Oriental School de Beijing est la seconde école d'anglais privée de Chine destinée aux étudiants candidats à l'expatriation et détient 50% des parts de marché dans ce domaine. Installée à Zhongguangcun, site prisé de Beijing, son équipe pédagogique est aujourd'hui composée de 100 professeurs et accueille ponctuellement des invités de coopération internationale.
Un agent éducatif britannique faisant la promotion des institutions anglaises.
Echange de points de vue en face des nombreux stands d'écoles étrangères.

La Chine à l'heure de la mondialisation
Alors que de nombreux étudiants partent de Chine, de nombreux professionnels chinois rentrent dans leur pays après une expérience à l'étranger. Conscient de leur importance dans le développement économique de la Chine, le gouvernement souhaite valoriser leur potentiel. Ainsi finançant les études de certains étudiants à l'étranger, il encourage leur retour en Chine et a promulgué à cet effet une série de lois. Le 30 septembre 2003, le gouvernement chinois a ouvertement fait l'éloge des étudiants rapatriés qui avaient fait des contributions remarquables dans les divers domaines. Le 16 novembre 2003, un symposium sur la mission et l'opportunité de développement des étudiants bénéficiant d'une expérience à l'étranger a par ailleurs été organisé à Beijing.
Outre une nouvelle réglementation, des zones de business (aujourd'hui 60) ont été créées pour faciliter le retour des expatriés. Elles leurs apportent une aide précieuse dans les formalités administratives et les approbations pour la création d'entreprises et offrent pour la plupart des prêts avantageux aux nouvelles entreprises scientifiques et technologiques. Ainsi le gouvernement municipal de Shenzhen investit annuellement 30 millions de yuans pour aider les sociétés créées par des Chinois de retour de l'étranger. De même à Guangzhou (capitale du Guangdong), où ils bénéficient de traitements préférentiels comme l'attribution d'un capital de 100 000 yuans et une dispense de taxes pendant les deux premières années.
Grâce à ces mesures et au développement alléchant de l'économie de la Chine, plus de 160 000 chinois sont revenus de l'étranger, un chiffre qui augmente de 13% chaque année. Une grande majorité d'entre eux ont ainsi intégré des entreprises à fonds étrangers tandis que les autres ont rejoint des organisations gouvernementales, des instituts de recherche scientifique ou ont monté leur propre affaire.
Par ailleurs, Shanghai accueille chaque année dans ses départements gouvernementaux plus de 50 Chinois anciennement expatriés. L'un d'entre eux, Wu Yue, titulaire d'un doctorat d'Harvard, travaille ainsi en qualité d'urbaniste en chef dans la nouvelle zone de Pudong et gagne un salaire annuel de 500 000 yuans, soit un revenu bien plus élevé que la majorité des fonctionnaires chinois. Dans le parc scientifique et technologique de Zhongguancun, les Chinois ayant étudié à l'étranger sont nombreux et les entreprises qu'ils ont créées s'élèvent aujourd'hui au nombre de 1 785, soit 15 % du total des entreprises high-tech du parc.
Parmi elles, UTStarcom, fondée en 1991 par Wu Ying, diplômé de l'Institut polytechnique du New Jersey est un très bel exemple de succès. La compagnie qui a démarré avec quelques employés est devenue une grosse entreprise réalisant un chiffre d'affaires annuel de 20 milliards de yuans et a été citée dans le magazine américain Business Week comme l'une des entreprises à la croissance la plus rapide parmi les 100 entreprises IT les plus puissantes du globe en 2000. Le succès économique de UTStarcom a largement profité à Wu qui figure aujourd'hui à la 19e place dans le Top 50 des grandes fortunes de Chine publié par le magazine Fobus en 2000.
Outre des répercussions très positives dans de nombreux domaines, les Chinois ayant bénéficié d'une expérience multiculturelle à l'étranger ont apporté des idées plus modernes dans l'administration gouvernementale et le management des entreprises, une ouverture d'esprit qui ne manque pas d'influencer leurs compatriotes.
Selon Wu, la combinaison de la sagesse orientale et des innovations occidentales n'est pas étrangère à la réussite de UTStarcom : «Jonglant avec les cultures chinoise et occidentale, les Chinois d'outre-mer peuvent assimiler les différentes conceptions de la technologie, du management, du capital et des ressources humaines, quatre éléments indispensables au succès économique d'une entreprise ».
Ji Xianlin, un véritable leader dans les cercles académiques chinois, est très positif : «L'amalgame des idées orientales et occidentales va donner naissance à une civilisation encore plus rayonnante ». é.