2004.06

Eclusif

 

Suzhou, la Venise de l'Est

Texte de Yi Ren
Photographies de Zhou Rengde



La porte Panmen construite dans le sud–ouest de Suzhou en 514 avant Jésus–Christ est la porte terrestre et fluviale la mieux préservée au monde.
Il existe plusieurs portes pour entrer dans la cité de Suzhou construite il y a 2 500 ans : Pingmen au nord, Xiangmen à l'est, Changmen à l'ouest et Panmen au sud. Chacune d'entre elles offre aux visiteurs une approche différente de la ville, mais Panmen est sans doute celle la plus impressionnante. Bâtie sur l'une des rives du Grand Canal qui court de Beijing à Hangzhou (province du Zhejiang), elle fût autrefois un point stratégique pour le transport fluvial avant d'être abandonnée après le développement du réseau routier. La porte Panmen a cependant été très bien conservée et les visiteurs qui s'y arrêtent peuvent se laisser aller à la rêverie et se rappeler le voyage de Marco Polo à Suzhou sous la dynastie Yuan (1271 — 1368). Unique dans son genre en Chine, elle comprend en réalité un système d'écluse et de porte terrestre qui permet le passage par voie d'eau ou de terre. Elle faisait autrefois partie des huit portes du mur d'enceinte où des centaines de soldats faisaient chaque soir le guet pour assurer la défense de la ville. Au pied de la porte Panmen coulent les flots turbulents du Grand Canal traversé plus loin par le pont Wumen, qui date de la dynastie Song (960 — 1279). Construit en blocs de granite, il s'agit de l'un des plus hauts et des plus longs ponts de Suzhou. L'ancienne pagode Ruiguang qui se touve non loin, la porte et la rivière forment un magnifique paysage.
Vieux puits.
Les ruelles de Suzhou sont parsemées de petits ponts datant de plusieurs époques.
Vieil homme.

Au–delà de la porte Panmen se trouvent de nombreux petits jardins privés et il faut déambuler dans les vieilles ruelles pavées bordées d'anciennes résidences pour comprendre l'essence de Suzhou. Là règnent un calme et une tranquillité, que le promeneur ne manquera pas d'apprécier. L'histoire de ce lieu est liée à celle des anciens livres brochés de la dynastie Song, du bleu des porcelaines des dynasties Ming (1368 — 1644) et Qing (1644 — 1911), du Kunqu (opéra de Suzhou) ainsi que des jardins traditionnels chinois.
Depuis des générations, la broderie et la sculpture sur pierre représentent les arts traditionnels de Suzhou dont on peut découvrir les chefs–d'?uvre à l'exposition qui se tient dans les Pagodes jumelles de la ruelle du temple Dinghui. Dans les cours des maisons, il n'est pas rare d'apercevoir une jeune fille faisant de la broderie ou un vieillard s'occupant avec attention de ses fleurs. Les personnes âgées de Suzhou connaissent l'histoire de leur ville et sauront vous renseigner sur la signification des inscriptions gravées sur les tablettes de pierre ou vous raconter les vieilles histoires qui ont donné aux ruelles leurs appellations actuelles.
Les ruelles, où les gens vivent en harmonie avec l'eau, représentent la quintessence même de la vieille cité de Suzhou, connue sous le nom de Venise de l'Est. Autrefois appelée Gusu, la ville fut une source d'inspiration pour Du Xunhe (846 — 904), poète de la dynastie Tang. «Ceux qui se rendent à Gusu y trouvent des citadins résidants sur les rives/de petites places/des ponts traversant les canaux/des châtaignes d'eau et des racines de lotus offertes sur les marchés de nuit/et au printemps, des bateaux chargés de soieries».

Pingtan, entre le conte local et la ballade chantée.
Cérémonie traditionnelle de mariage.
Maison traditionnelle.
Ruelles typiques du bassin du sud du Changjiang (Yangtze).

Marcher le long des ruelles est aussi une occasion d'entendre, s'échappant d'un restaurant ou d'une maison de thé, la gracieuse mélodie du pingtan, un art local à mi–chemin entre le conte et la ballade chantée décrivant les histoires d'amour des jeunes lettrés et des belles femmes de l'antiquité.
Les ponts, les bateaux, les maisons, les petits embarcadères, les fleurs et les arbres qui bordent la rive forment un ensemble magnifique qui inspire depuis toujours les peintres. Les paysages revêtent dans la brume du petit matin une apparence mystique et représentent une source artistique et littéraire inépuisable.
Plus encore, les ruelles de la vieille cité permettent de s'imprégner de Suzhou, de ses traditions, et de mieux comprendre la nature introvertie de ses habitants.