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Le centre
Bo Ai, premier et unique centre privé de Shanghai spécialisé
dans le traitement des maladies cérébrales chez
l'enfant, a ouvert ses portes en 1996 dans une petite rue
calme de la métropole chinoise.
Il accueille des enfants incapables de parler, de s'asseoir
ou de marcher à quatre pattes et qui, outre la rigidité
de leurs membres et des problèmes de vue, possèdent
de grosses difficultés de communication et de développement
intellectuel. Chaque jour, les éducateurs les aident
à marcher avec beaucoup de patience tandis que d'autres
petits se tortillent sur le sol pour essayer de se déplacer.
«Pourquoi exercezvous ce travail ?» nous
interrogent souvent les gens qui assistent à ces tristes
scènes de notre quotidien. Ces questions, guidées
par l'ignorance, me rappellent souvent ce fameux été
1990.
Je travaillais autrefois pour une compagnie d'importexport
à Shanghai. J'occupais un poste tout à fait
correct pour l'époque mais la naissance de mon fils
en 1990 a fait basculer ma vie et ma carrière dans
un sens auquel je ne m'attendais pas. Comme toute mère,
j'étais comblée de joie mais c'était
sans compter sur la tragédie qui m'attendait. A l'âge
de sept mois, un diagnostic a révélé
que mon fils, qui était incapable de s'asseoir ou de
marcher à quatre pattes était atteint de paralysie
cérébrale.
J'étais bouleversée. C'était comme un
coup de poignard. Tout ce que j'avais imaginé pour
mon fils était d'un seul coup anéanti. J'étais
envahie par la souffrance et le désespoir. Après
une longue période d'introspection, j'ai décidé
de tout mettre en ?uvre pour sauver mon fils d'un avenir morne
et de tout faire pour réduire ses handicaps. Je me
suis alors confrontée au milieu médical qui
m'était jusqu'ici inconnu et me suis rendue dans tous
les hôpitaux de la ville. Le manque de résultats
m'a poussée à élargir mon champ d'action
aux différentes régions de Chine pour trouver
un traitement médical adapté. J'ai ainsi passé
quatre ans à voyager dans la partie Est de la Chine
et ai mené mes recherches jusqu'à Changchun,
Beijing, Nanjing, Wuhan et Shijiazhuang.
Comme le temps passait, il m'a rapidement fallut retourner
au travail. Je comptais mettre mon fils dans un jardin d'enfants
et lui faire faire des exercices à la maison, le soir,
en rentrant. Malheureusement, j'ai appris qu'une femme se
trouvant dans la même situation que moi s'était
vue refuser la garde de son enfant malade dans les crèches
de Shanghai. Ainsi, elle n'avait pas d'autre solution que
de l'emmener au bureau avec elle tous les jours et devait
être avec lui à chaque instant. Un jour, j'ai
eu comme une révélation. Après plusieurs
années à essayer de trouver une solution pour
améliorer la condition de mon fils, j'ai commencé
à comprendre la nature de cette maladie incurable.
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En
2001, les épouses des diplomates étrangers
à Shanghai ont offert un bus au centre Bo Ai.
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Des chercheurs travaillent depuis des années sur ce
cas médical pour essayer d'aider les enfants et leurs
familles. En réalité, cette maladie n'offre
aucune chance de guérison. Tous comme les autres enfants,
ceux atteints de paralysie cérébrale ont besoin
d'encouragements et de stimulation. La forte présence
des parents peut seule minimiser les effets désastreux
de la maladie, améliorer la posture des enfants et
accélérer leur développement intellectuel
pour qu'ils puissent atteindre leur potentiel. De ce fait,
l'enfance est un moment clé pendant lequel il est indispensable
de développer un programme de thérapie incluant
conversations, activités et éducation physique.
é.
Notre
centre de réhabilitation n'a pas la prétention
de répondre à tous les besoins des enfants souffrant
de cette maladie. Nous offrons une rééducation
à court terme qui ne peut pallier une intervention
constante et durable de la famille. Il est donc indispensable
que les parents se rendent fréquemment au centre voir
leur enfant. Par ailleurs, il existe très peu de jardins
d'enfants qui acceptent des enfants avec un tel handicap physique.
Après avoir effectué un traitement dans un hôpital
ou dans un centre de rééducation, la majorité
des enfants doivent rester à la maison sous la surveillance
de leurs grandsparents ou de leur nourrice, qui, malgré
leurs efforts, n'ont pas l'expérience nécessaire
pour s'en occuper. Tous ces problèmes, font perdre
aux jeunes malades leurs meilleures chances de rééducation.
Permettre aux enfants de vivre dans un environnement adéquat
pouvait être un moyen de compléter les programmes
de rééducation et offrir une base solide pour
leur développement physique et intellectuel et minimiser
les troubles psychologiques dont ils peuvent souffrir. L'idée
de mettre en place des structures capables de répondre
à ces besoins a progressivement pris forme dans mon
espri
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Le
centre de rééducation offre divers stages
organisés par Gao Yali et portant sur son expérience
à l'étranger.
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Pendant
le SRAS en 2003, la femme du consul canadien (à
l'arrière) a rejoint les membres d'une organisation
humanitaire française qui aide le centre.
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Le
centre de rééducation offre divers stages
organisés par Gao Yali et portant sur son expérience
à l'étranger.
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Alors
que j'étais en train de songer à ce concept
d'école spécialisée, un ami m'a informée
que la Société de rééducation
de Hongkong sous la tutelle de l'Organisation Mondiale de
la Santé et le Ministère chinois des affaires
civiles allaient organiser le premier Atelier national pour
la rééducation des enfants atteints de paralysie
cérébrale dans la province du Hebei. Je me suis
donc immédiatement inscrite pour participer à
ce stage. J'y ai rencontré une thérapeute canadienne,
Sheila Purves, une instructrice irlandaise, Joanne O'Connor
ainsi que de nombreux volontaires venus de toute la Chine.
Deux cassettes vidéo empruntées à Joanne
O'Connor m'ont permis de comprendre les bases de la méthode
pédagogique heuristique et d'observer les programmes
menés depuis plus de 7 ans en Europe et à Hongkong.
Grâce à cette formation et à l'expérience
acquise lors de mes visites de centres à travers la
Chine, j'étais enfin capable de former mon propre concept
d'école de rééducation.
C'est en mai 1995 que j'ai pu réaliser mon grand rêve
en utilisant 30 000 yuans que j'avais économisés
et en empruntant de l'argent à mes amis pour louer
une vieille maison à étage au centreville.
J'ai passé deux mois à rénover l'ensemble.
Mais lorsque les travaux ont été finis, le propriétaire
m'a annoncé qu'il allait finalement louer le bâtiment
à plusieurs entreprises. Lorsque j'ai appris cela,
j'étais effondrée mais le propriétaire
a eu bon c?ur. Après avoir compris la situation dans
laquelle je me trouvais, il m'a non seulement remboursé
les frais que j'avais engagés mais il m'a aussi trouvé
une location moins chère (80 000 yuans par an) dans
le bâtiment où se trouve toujours notre centre.
Je lui suis très reconnaissante car le bâtiment
est plus spacieux et correspond davantage aux besoins des
enfants. La situation s'est donc finalement bien arrangée
et l'argent économisé a permis au centre de
démarrer.
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De
nombreux étudiants choisissent le centre Bo Ai
pour effectuer leur stage.
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Les
employés de Bo Ai consacre tout leur amour aux
enfants.
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J'ai recruté
deux infirmières, un docteur, un professeur et plusieurs
employés au chômage puis j'ai organisé
un stage de formation pour les sept membres de l'équipe.
Le 1er avril 1996, j'ai obtenu la licence du gouvernement
et c'est ainsi que le centre de rééducation
Bo Ai a été officiellement créé.
Après l'ouverture, il a néanmoins fallut faire
face au manque de personnel qualifié, d'expérience
professionnelle et de fonds mais aussi à l'incompréhension
de la communauté. Je devais pourtant me frayer un chemin
à travers ces obstacles. A cette époque, la
physiothérapie, la thérapie par occupations,
la thérapie linguistique et autres disciplines similaires,
n'étaient pas enseignées dans les universités
chinoises et il n'y avait pas réellement de spécialistes
de la rééducation. De plus, les hôpitaux
ne possédaient presque pas de neurologistes et neurochirurgiens
qualifiés dans la rééducation. Très
peu de gens se sont consacrés aux recherches sur la
psychologie, l'éducation des enfants, la rééducation
physique, la thérapie par la musique
Grâce à mes lectures et ma propre expérience
dans les centres de rééducation provinciaux
que j'ai visités, j'ai accumulé des connaissances
et ai progressivement développé un plan de formation
pour le centre Bo Ai. De nombreux journalistes issus de la
presse ou de la télévision se sont intéressés
à notre centre de traitement, premier du genre à
Shanghai. C'est ainsi que le gouvernement municipal de la
ville, certains citoyens et étrangers ont commencé
à nous aider dans notre projet.
Après avoir lu des articles concernant le centre, un
avocat étranger A. Godwin qui travaillait à
Shanghai, nous a présenté sa mère qui
était de passage en Chine : Barbara Godwin, une physiothérapeute
ayant plus de 40 années d'expérience dans le
traitement de la paralysie cérébrale des jeunes
enfants. Peu de temps après, je partais grâce
à eux à Melbourne en Australie pour suivre une
formation tout frais payés. J'ai visité làbas,
plus de 10 centres spécialisés ainsi que des
ateliers pour adultes. J'étais à même
d'observer le matériel moderne utilisé pour
la rééducation. J'y ai beaucoup appris sur les
dernières théories concernant les enfants handicapés,
y ai été témoin du soutien de la communauté,
des avancées technologiques et du succès des
résultats. Avant de rentrer à Shanghai, j'ai
fait une halte à Hongkong où je m'étais
arrangée avec l'office de l'Organisation Mondiale de
la Santé pour visiter les écoles et centres
spécialisés de l'île. Les opportunités
de voir des centres de traitement de la paralysie cérébrale
à l'étranger m'ont fait réaliser combien
le fossé entre la situation de la Chine et le développement
des autres pays était important.
J'ai alors compris qu'une très grande responsabilité
m'incombait et que le chemin serait difficile. Je savais qu'il
me faudrait travailler d'arrachepied pour arriver à
la hauteur de ce qui a déjà été
fait dans ce domaine. Toutes les bonnes choses qui ont été
réalisées dans le monde sont le résultat
de la sagesse et de l'assiduité des hommes. Chacun
doit prendre les initiatives et relever les défis que
la vie a mis sur son chemin.
Je suis donc revenue avec beaucoup de nouveaux concepts et
me suis impliquée corps et âme dans mon travail.
Shanghai a connu de rapides changements ces dernières
années, ce qui a également touché le
domaine de la rééducation des enfants. La maladie
est désormais mieux appréhendée par la
population en général et l'on comprend mieux
les besoins des organisations spécialisées.
Après avoir commencé dans un environnement d'ignorance,
nous avons non seulement réussi à ce que les
gens acceptent cette maladie mais, plus encore, aident les
enfants atteints de paralysie cérébrale.
Plusieurs jardins d'enfants et écoles ont ouvert des
classes spéciales pour les enfants à problèmes
et il existe désormais des écoles spécialisées
qui possèdent leurs propres classes pour enfants paralysés.
Les hôpitaux pour enfants ont ouvert des départements
de rééducation combinant kinésithérapie
et théories pédagogiques dans les pratiques
de rééducation des enfants handicapés.
Peu à peu, le travail de notre centre a aussi été
favorablement accueilli par la communauté.
Ces six dernières années, plus de 300 enfants
atteints de la terrible maladie ont reçu des traitements
dans le centre Bo Ai. Parmi eux, 40 sont aujourd'hui capables
de marcher et d'intégrer des jardins d'enfants ou des
écoles primaires. L'enfant le plus âgé
du centre a déjà été accepté
dans une école élémentaire.
Connaître un enfant à son arrivée au centre
puis le voir se tenir debout et marcher sans assistance, voir
un sourire illuminer un visage ou les larmes de joie des parents
sont mes plus grands plaisirs. C'est dans ses moments que
je me rends vraiment compte que tout cela valait le coup.
Nous avons fait les premiers pas dans le domaine de la rééducation
pour les enfants handicapés et avons attiré
l'attention de la communauté. Mais il a été
très difficile pour notre centre privé de se
développer parce que la Chine est un pays qui se développe
luimême et que le niveau du système d'aide
social n'est pas encore très élevé. Par
ailleurs, le traitement de la paralysie cérébrale
n'en est qu'à ses balbutiements et il existe encore
de nombreux fossés à combler dans ce domaine.
Nous devons consolider ce que nous avons et trouver des fonds,
nous avons besoin d'équipe spécialisée.
A cause de mon investissement personnel pour les enfants atteints
de paralysie cérébrale, j'ai perdu mon emploi
et brisé mon couple. Cependant, il y a beaucoup de
choses qui me comblent de bonheur. Le centre Bo Ai a aidé
tellement d'enfants ! Ce n'est pas un centre parfait mais
c'est toujours mieux que de ne rien avoir du tout. Le succès
de Bo Ai va faciliter la création d'autres établissements
et permettre à des enfants malades d'être plus
fortunés que mon fils.
Je pense souvent que la vie d'une personne est si éphémère,
si fragile et insignifiante à l'échelle de l'histoire.
Si chaque personne était capable dans le cours de sa
vie d'apporter le bien autour d'elle, alors les vies seraient
riches, comblées et vaudraient le coup d'être
vécues.
Centre
de rééducation des enfants Bo Ai
Adresse : 20, ruelle 101, avenue Xiaomuqiao, arrondissement
Xuhui, 200032 Shanghai
Tél. : 02164165239 ou 64184930
Fax : 02164438868
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