2004.11

Portrait

Liu Xiang s'envole

Texte de Zhiming



Le 28 août 2004, l'athlète chinois Liu Xiang remportait la médaille d'or du 100 mètres haies lors des Jeux olympiques d'Athènes avec un temps de 12.91 secondes. Liu Xiang est le premier Chinois à être monté sur la première marche du podium en course depuis les 108 ans d'existence des Jeux olympiques.

Ce soir là, une brise venue de la mer Egée venait caresser doucement l'ancienne plaine d'Attique. Toutes les caméras étaient tournées vers le jeune athlète chinois Liu Xiang. Aligné derrière la ligne de départ du 110 mètre haies, Liu souhaitait faire de cette course un moment historique en offrant pour la première fois de l'histoire des Jeux olympiques une médaille d'or à la Chine. Devant lui, s'étendait la piste orange qui semblait l'attirer avec passion, portant tous les rêves et la gloire du sport chinois. Non loin, l'entraîneur de Liu Xiang, regardait son protégé, les yeux pleins de confiance et d'espoir après des années d'entraînement intensif.
C'est par hasard que Liu Xiang — dont le prénom signifie «voler» — s'est tourné vers le sport. Il y a dix ans, étudiant à l'école primaire de Guannong Xincun dans l'arrondissement Putuo de Shanghai, il se distinguait déjà de ses camarades de classe par sa taille, sa force et sa vivacité d'esprit. Encouragé par son professeur de sport, l'adolescent a commencé les entraînements de course, une discipline qui est devenue le point de départ de sa carrière d'athlète.
Liu Xiang remporte la médaille d'or du 110 mètres haies avec un temps de 12 .91 secondes, lors des Jeux olympiques d'Athènes.
Liu Xiang en tête au 110 mètres haies. Il est le premier Asiatique à avoir remporté une médaille d'or olympique en course.

Tout ne s'est pourtant pas passé sans difficulté. Admis à une école de sport–études, Liu Xiang a dû se confronter au refus de sa mère pour qui les études devaient rester prioritaires. Heureusement, son père, Liu Xuegen, également passionné de sport, lui a apporté beaucoup de soutien, persuadé que son fils y trouverait un moyen de conserver une excellente santé.
Liu Xiang a consacré sa première année au saut en hauteur qui lui a été d'une grande aide dans ses entraînements aux haies. C'est ainsi le titre de Jeune As du saut en hauteur de Shanghai qui a permis à sa mère de changer son attitude négative à l'égard du sport.
A son entrée à l'école secondaire, Liu Xiang mesurait déjà 1,70 m. Lors d'une course des élèves de Shanghai, le jeune sportif a remporté la seconde place du 100 m puis a commencé à s'entraîner aux haies. En deux ans, il faisait déjà partie des trois meilleurs athlètes chinois de cette discipline mais une période de fragilité psychologique a failli lui faire abandonner l'athlétisme. Liu Xiang a consulté son père au sujet de sa volonté de quitter le monde du sport. Bien des années après, la discussion qu'ils ont eue entre père et fils est restée intacte dans la mémoire du jeune athlète. Liu Xuegen qui avait compris la sévérité de la situation, avait suggéré à son fils de retourner à l'ancienne école secondaire de Yichuan, trouvant ainsi les mots pour le faire changer d'avis…
Six mois plus tard, Liu Xuegen recevait un appel de l'entraîneur de l'équipe de Shanghai, Sun Haiping, qui s'occupait déjà de Liu depuis plusieurs années et était très positif sur son avenir. D'après lui, Liu Xiang possédait d'excellents avantages physiques avec sa taille élancée et son sens aigu du rythme mais devait encore développer certaines qualités techniques. Il lui a ainsi suggéré de participer aux entraînements à titre d'essai pour une semaine.
L'entraîneur s'inquiétait malgré tout de la raideur des mouvements de Liu Xiang qui ne courait pas aussi vite que les six mois précédents. Sun était sur le point de se décourager lorsqu'il a remarqué chez son protégé une grande capacité à apprendre : «Je lui ai appris un nouveau mouvement qu'il a aussitôt mis en pratique. Ce genre de talent est très rare. La faculté de compréhension est très importante chez les athlètes car les atouts physiques ne suffisent pas». En juillet 2002, Liu a enregistré un temps de 13.12 secondes au 110 mètres haies, battant le record asiatique du Chinois Li Tong en 1994 et le record des adolescents du monde détenu depuis 24 ans par le coureur américain Renaldo Nehemiah. C'est à cette époque que Liu Xiang a commencé à attirer l'attention du monde entier.
Sur les murs de son dortoir se trouve la devise : «On ne peut rien faire pour allonger la vie, mais on peut faire quelque chose pour l'élargir. On ne peut contrôler les autres, mais on peut se contrôler. On ne peut prévoir le lendemain mais on doit profiter du jour même. On ne peut toujours connaître le succès mais il faut essayer d'y parvenir». Après chaque victoire, Liu Xiang et son entraîneur fixent les prochains objectifs qui vont le pousser à battre ses propres records, car pour lui, la compétition est avant tout un défi lancé à soi–même.

Liu Xiang et ses parents.
Liu Xiang s'entraîne avec son entraîneur Sun Haiping.

En dehors du stade, Liu Xiang montre beaucoup de gratitude et de respect à ses proches. Après les entraînements, il rentre directement à la maison pour passer du temps avec ses parents et son grand–père. Mais pour l'amour du sport, il a fait des sacrifices qu'il regrette encore. A cause des 9es jeux nationaux de Chine, Liu Xiang a dû quitter le chevet de sa grand–mère gravement malade. L'athlète a remporté la première place du championnat mais à son retour, sa grand–mère était décédée. Le jeune homme que les parents n'avaient pas informé pour ne pas le perturber lors de la compétition a pleuré toute la nuit et regrette depuis de ne pas avoir pu accompagner sa grand–mère dans les derniers moments de sa vie.
L'anniversaire de Liu Xiang, le 13 juillet, co?ncide avec la date à laquelle Beijing a été nommée ville d'accueil des Jeux olympiques 2008. Depuis, il n'a pas cessé de redoubler ses efforts lors des entraînements. Et lorsqu'il se demande quel cadeau offrir à ses parents, son entraîneur ne manque pas de lui rappeler que « son seul succès est le meilleur cadeau qu'il puisse leur offrir». Grâce à ses encouragements, Liu Xiang ne cesse de donner le meilleur de lui–même.
Le 28 août 2004, plus de 30 proches de Liu Xiang, dont son grand–père de 87 ans, se sont rassemblés à la maison pour regarder la retransmission de la finale homme du 110 mètres haies. Des centaines de voisins s'étaient également donné rendez–vous pour regarder l'événement.
Liu Xiang, agenouillé devant la piste couleur brique, attend le lancer du départ. Fidèle à son nom, il s'envole au–dessus des haies et prend la tête de la course. Le public apprécie le rythme qui fait la fierté de son entraîneur. Tout le travail, le talent et les efforts de Liu Xiang paye aujourd'hui sur ce stade olympique. Liu Xiang, l'athlète qui voulait abandonner…Ici, se trouvent la foi de ses parents et l'anéantissement de tous les doutes. Ici, court en tête de ligne l'un des plus grands athlètes chinois.

Liu Xiang enfant.
Liu Xiang hors des heures d'entraînement.
Liu Xiang a attiré l'attention du monde du sport.

Trois haies…
Deux haies…
La dernière haie…puis la ligne d'arrivée !
La mère de Liu Xiang explose de joie face aux journalistes. Des claquements de pétards retentissent tandis que des jeunes montent sur le toit de la maison pour célébrer au champagne la victoire du jeune homme.
Liu Xiang a gagné.
Sur le chronomètre, un temps de 12.91 secondes…