2004.11

Les étrangers en Chine

Une jeune mariée américaine dans la campagne de Chengdu

Texte et photographies de Liu Chenping



La jeune mariée descend du palanquin soutenue par une demoiselle d'honneur.
Un couple heureux.

Le 28 août 2004, un mariage a attiré l'attention de tous les villageois de Jiuchi, situé aux environs de la ville de Pengzhou dans le Sichuan. Pour la première fois dans l'histoire du village, la mariée, une jeune Américaine, intégrait une famille de paysans chinois.

Une vieille ballade raconte :
Le soleil couchant rougeoie et la lune qui monte dans le ciel éclaire le monde d'une lumière argentée.
Les fleurs rouges des pêchers et les fleurs blanches des pruniers rivalisent au printemps.
Tenant la main de la mariée, le jeune époux a le visage rougit d'émotion.

Les paroles de cette vieille ballade entonnée par le président de cérémonie ont accompagné les deux époux désireux de respecter les coutumes du mariage traditionnel chinois. C'est en cet après–midi d'été que Jin Ling, jeune étudiante de doctorat à l'université d'Harvard, a ainsi intégré sa nouvelle famille selon la coutume ancestrale. Agé de 35 ans, son époux, Wang Zhengdong, a été admis à l'université d'Harvard au début des années 1990 où il a obtenu un master de biologie en 1997. Il est finalement resté aux Etats–Unis où il a intégré une entreprise américaine. C'est en 2001, lors d'un bal de campus, que le jeune homme a rencontré Jean Pesola, qui préparait alors un doctorat à Harvard. Charmé par la jeune fille, Wang a invité Pesola pour une danse qui a marqué le début de leur romance. Peu de temps après, elle adoptait le nom chinois de Jin Ling.

La nouvelle mariée est confiée à son mari.
Les deux mariés se saluent.

A 11h30, la route conduisant au village était déjà noire de monde et chacun regardait en direction du village de Jiuchi. Pendant ce temps, une centaine de personnes s'était rassemblée dans la cour de la famille Wang qui avait été décorée pour l'occasion de lanternes rouges et de banderoles. Wang Zhengdong, vêtu d'un costume de la dynastie Tang et d'un chapeau assorti exprimait sa gratitude à ses amis tandis que le senior de la famille finissait de préparer la cérémonie de mariage.

Le voile est levé.
Après avoir montré leur respect aux parents du jeune époux, le couple reçoit en présent une enveloppe rouge contenant de l'argent.

A midi précise, le palanquin de la jeune mariée porté par huit hommes et escorté de deux motos est arrivé dans la cour sous les roulements des tambours, des gongs et les claquements des pétards rythmant une performance de yangge, danse folklorique populaire destinée à accueillir le convoi. La mariée, également parée d'une robe de l'époque Tang, est alors descendue du palanquin, soutenue par une demoiselle d'honneur, tandis que le membre le plus âgé de la famille, avait déjà sacrifié une dinde en l'honneur du couple. Puis, sous les acclamations des villageois, le jeune marié a conduit son épouse dans le hall des ancêtres afin de leur témoigner leur respect. Le couple a dû suivre les règles du cérémoniel officiel en saluant les parents du marié puis en se saluant respectivement. Ils ont également dû boire la coupe de vin nuptial indispensable à une cérémonie de mariage traditionnelle. La jeune mariée, peu familière de ces traditions, était un peu stressée et a commis quelques maladresses qui ont fait sourire l'audience, pleine de considération et de tolérance. Le marié n'a toutefois pas manqué de rassurer son épouse pour la mettre à l'aise.
Lorsque le cérémoniel a touché à sa fin, Wang a autorisé sa femme à soulever son voile qui a laissé apparaître un superbe sourire. Pour Jin Ling, ce mariage n'était pas seulement l'occasion d'expérimenter la culture chinoise mais surtout de prouver à sa nouvelle famille sa volonté de devenir une belle–fille digne de ce nom. La déclaration d'amour de la jeune femme à son époux a finalement soulevé un tonnerre d'applaudissement.