2004.11

Arts et culture

Vie et mort sur les hauts plateaux de Hoh Xil

Texte de Wang Lei



 

La réserve naturelle de Hoh Xil est une terre désertique du plateau du Qinghai–Tibet qui s'étend des montagnes Tanggula au sud, aux montagnes Kunlun au nord. Située à environ 4 700 m d'altitude, la réserve est une terre hostile et froide, où l'air est raréfié et l'homme interdit d'accès. C'est ici pourtant que Lu Chuan, réalisateur cinématographique d'avant–garde, et son équipe de plus de 100 personnes, ont passé 120 jours pour le tournage du film Hoh Xil qui décrit l'Ouest de la Chine.

Le scénario de Hoh Xil
Après le massacre d'un groupe d'antilopes tibétaines et le meurtre de plusieurs gardes–forestiers à Hoh Xil, Ga Yu débarque de Beijing pour mener l'enquête et fait la connaissance du capitaine Ritai. Dès son arrivée, Ga Yu commence ses investigations et se rend sur les lieux du crime où ont été abandonnées des centaines de peaux de bêtes. Le capitaine Ritai se jure d'attraper les contrebandiers mais les gardes–forestiers rencontrent de nombreuses difficultés, luttant contre le froid et les embûches des bandits. Perdu au milieu de cette région dépeuplée et observant les montagnes environnantes silencieuses, Ga Yu réalise que cette enquête le conduit à un voyage entre la vie et la mort.
Les gardes–forestiers traquent les contrebandiers et se retrouvent séparés d'eux par une rivière glacée. Sans hésitation, ils se jettent dans l'eau froide, engageant avec les bandits une terrifiante bataille. Mais leur chef réussit à s'échapper et la patrouille doit décider de se lancer à sa poursuite ou d'abandonner. Ga Yu s'assied silencieusement dans la jeep qui roule à toute allure. Il réalise alors que le destin de ces gardes–forestiers est une chasse sans fin sur cette terre hostile.

Hoh Xil est basé sur une histoire vraie.
Autrefois, Hoh Xil abritait des millions d'antilopes tibétaines dont les peaux ont été utilisées pour fabriquer des châles très luxueux. Depuis le milieu des années 1980, le prix de ces fourrures a considérablement augmenté, engendrant une recrudescence de la contrebande. Ainsi en quelques années, le nombre d'antilopes tibétaines a conséquemment diminué. Pour sauver ces animaux et empêcher les contrebandiers d'agir, des patrouilles de garde–forestier Han et Tibétains ont été mises en place dans les années 1990. Parmi elles, la plus ancienne et la plus célèbre est celles des Yacks sauvages dirigée par le Tibétain Suonan Dajie qui a mené pendant cinq ans une lutte sans merci contre les contrebandiers d' Hoh Xil.
Le 18 janvier 1994, Suonan Dajie et quatre des membres de son équipe ont embarqué 20 bandits et confisqué 7 voitures ainsi que 1 600 peaux d'antilopes. Alors qu'ils passaient près du lac du Soleil, un autre groupe de contrebandiers leur a tendu une embuscade. Quelques jours plus tard, le corps inerte de Suonan a été retrouvé abandonné…
Lu Chuan s'est inspiré de l'histoire de Suonan pour le scénario de son film.
«Nous avons enduré de nombreuses difficultés pour réaliser le tournage du film» explique Lu Chuan dont l'équipe a parcouru plus de 6 000 km pour filmer divers endroits tels que Yushu et Golmud qui se trouvent éloignés l'un de l'autre par plus de 1 700 km. Les acteurs du film, originaires du plateau du Qinghai–Tibet et âgés d'environ 28 ans, ont vécu leur première expérience de tournage à l'exception du célèbre acteur tibétain, Dobje interprétant le rôle du capitaine Ritai. Lu Chuan a choisi des acteurs locaux pour donner au film plus d'authenticité et de vraisemblance. «Hoh Xil est un film d'aventures. L'histoire d'une lutte acharnée entre les contrebandiers et les protecteurs d'antilopes représente la lutte pour la survie et l'éternel combat entre l'homme et la nature. Ce film est une histoire de croyances et de vie. Il traite en même temps des conditions de vie humaines et de l'environnement naturel».