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Le temps se
déroule lentement dans la zone rurale de la Région
autonome Zhuang du Guangxi, une région parsemée de
montagnes aiguisées qui s'élèvent de la terre
rouge comme des couteaux géants. Dans la vallée s'étendent
des champs fertiles de ma?s, de riz et de canne à sucre que
les peuples du Guangxi cultivent jour après jour selon la
méthode traditionnelle transmise de génération
en génération. Ici, les gens se déplacent principalement
à pied ou sur des charrettes tirées par des buffles
et, plus rarement, en trois roues, en scooters ou en minivans.
Le temps alterne souvent entre un ciel bleu azur, où un soleil
tropical chauffe de ses rayons ardents les champs et les ouvriers
au travail, et d'épais nuages noirs déversant des
pluies inondant les récoltes.
Les peuples du Guangxi cultivent essentiellement du riz, de la canne
à sucre, du ma?s, de l'arachide et de la jute. Les agriculteurs
consomment généralement le riz et les céréales
tandis que l'arachide sert à confectionner des soupes ou
à faire de l'huile de cuisson. La jute, qui ressemble au
chanvre, est utilisée pour tisser les cordes qui servent
à lier les bottes de canne à sucre. Cette dernière
est le véritable gagnepain des fermiers. Elle les éloigne
de la faim, leur permet d'envoyer les enfants à l'école,
d'acheter les fertilisants et les pesticides qui garantissent une
récolte abondante, de remplir le réservoir des tracteurs
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Chen
Hanpei, 55 ans, devant son champs de canne à sucre,
exploite 2 hectares de terre avec sa femme, ses deux fils
et ses deux filles.
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Pendant des années, les fermiers
du Guangxi ont vécu de la canne à sucre qui connaît
pourtant aujourd'hui une véritable crise depuis l'entrée
de la Chine dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001.
Les récentes importations de canne à sucre sur le
marché chinois, à des prix défiants toute concurrence,
ont fait chuter les cours des récoltes du Guangxi. Les villageois
ont ainsi dû se rendre en ville pour chercher du travail,
laissant les femmes veiller aux champs et élever les enfants.
Les écoliers ont quitté l'école et la chute
des prix a réduit le budget familial en particulier pour
les frais médicaux.
Nanning, la capitale du Guangxi, représente la nouvelle Chine.
Environ 3 millions de personnes résident dans cette cité
tentaculaire qui vit au rythme des téléphones cellulaires,
des grandes marques, des parcs publiques, des lumières des
néons et des boîtes de nuit déversant du hiphop
américain et servant du Jack Daniel et de la Budweiser.
A 70 km de là, se trouve la ville de Fusui, siège
du district du même nom. A 2 km au nord de la ville, après
avoir passé l'usine abandonnée MSG, se trouve le village
de Balian qui ressemble à un petit hameau de maisons séparées
par des hectares de canne à sucre. Dans ces petits îlots
de verdure, les marques luxueuses et les téléphones
mobiles ne signifient rien. C'est ici un art de vivre que la Chine
a laissé derrière elle en entrant dans l'ère
de la modernité. Le pays s'est ouvert au capitalisme, se
laissant envahir par un flot d'investissements et laissant apparaître
une nouvelle réalité. L'entrée de la Chine
dans la globalisation a certes offert aux consommateurs l'opportunité
d'une vie meilleure et aux citadins, celle de trouver de meilleurs
emplois mais de nombreux problèmes sont apparus. C'est précisément
dans les régions reculées que la force motrice de
la modernisation est mise à une rude épreuve. La globalisation
est un courant irrésistible et les dirigeants de la Chine
sont en train de réorganiser la structure économique
afin d'obéir aux lois dictées par l'OMC. Dans un tel
contexte, les fermiers du district de Fusui sont de bons baromètres
pour voir comment la Chine arrive à gérer la situation
et quels sont les efforts à mener à l'avenir.
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Li
Da Jing, âgé de 43 ans, fermier Zhuang de canne
à sucre, et sa famille à l'heure du repas. Pour
augmenter ses revenus, il vend du tofu fait maison à
ses voisins.
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La
ville de Fusui se trouve à 70 km de Nanning, la capitale
du Guangxi, mais il semble qu'elle est plus éloignée
encore du monde moderne.
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Un monde
à part
Le Guangxi est la premier producteur de canne à sucre de
Chine avec une production annuelle de 4 millions de tonnes de sucre,
soit 7 millions de tonnes de canne à sucre brute par an.
Avant l'entrée de la Chine dans l'OMC, le prix d'une tonne
de canne à sucre brute s'élevait à 250 yuans
puis est passée à 190 yuans entre 2002 et 2003 et
170 yuans entre 2003 et 2004. L'année prochaine, ce même
prix devrait atteindre 160 yuans par tonne. Selon un rapport récemment
publié par la Commission d'Etat pour les affaires des nationalités,
cette chute des prix a entraîné une perte annuelle
de 350 yuans pour chaque agriculteur, dont le revenu annuel n'est
que de 2 000 yuans en générale.
Chen Hanpei est un fermier Han de 55 ans qui vit avec sa femme,
ses deux filles et ses deux fils. Il possède vingt poulets,
un cochon, un chien et un chat, un buffle ainsi que 2 hectares de
terre dont 80% de canne à sucre.
Ces dernières années, les prix ont suffisamment baissé
pour que Chen s'inquiète de savoir s'il aura assez d'argent
l'année suivante pour acheter des engrais ou louer un tracteur
pour préparer les champs. Chen et sa famille habitent ici
depuis des générations et sa fille, Chen Yongxian,
explique qu'il n'y a pas de solution au problème. «Partir
en ville ? Pour quoi faire ? »
Chen Hanpei vit dans un petit hameau de maisons aux briques rouges
qui abrite environ 45 familles. En 1990, un pont a été
construit pour relier le village à la route pavée
qui relie Fusui et Changping. «Depuis, notre vie a beaucoup
changé» explique Chen Yongjian, âgé de
30 ans et chef adjoint du village. «Le gouvernement nous aide
à améliorer certaines choses comme l'irrigation des
champs, la construction des routes et d'un terrains de basketball
pour les écoles».
Ils étaient au courant des changements qu'apporterait l'OMC
et la plupart des villageois savent depuis 1992 qu'il leur faudrait
faire des réajustements. «Aujourd'hui nous ne voyons
pas de bénéfices directs de l'entrée de la
Chine sur le marché international et ne percevons que les
effets négatifs. Nous devons attendre pour voir ce que va
nous apporter l'OMC dans le futur ».
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Les
villages des fermiers exploitant la canne à sucre sont
situés à environ 6 km des villes et des marchés.
Les mototaxi sont pratiques pour se rendre en ville.
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De retour
à Beijing
Le potentiel des bénéfices à long terme pour
la Chine après l'entrée dans l'OMC est considérable.
L'importance du marché va apporter davantage d'investissements
étrangers et pousser en avant l'économie du pays tandis
que les producteurs chinois ont accès au marché international.
Mais la restructuration des secteurs industriels signifie que de
nombreux ouvriers d'usine en faillite se retrouvent sans emploi.
Un problème d'autant plus difficile à gérer
qu'avant l'OMC, la Chine devait déjà faire face à
une forte migration de sa population rurale. En 2000, on a estimé
à 100 millions le nombre de ruraux ayant immigré vers
les villes à la recherche d'un emploi. Làbas,
ils se retrouvent en concurrence avec les licenciés des entreprises
d'Etat.
Les analystes s'intéressent aujourd'hui de plus en plus aux
régions comme le Guangxi.
«Sans législation prioritaire et sans programme d'intervention,
les minorités ethniques et plus particulièrement les
femmes vont être aussi confrontées à de sérieux
problèmes » estime la Commission d'Etat pour les affaires
des nationalités dans son rapport au gouvernement. «Or
cela n'est pas en harmonie avec le développement continu
de la société chinoise, nuit à la grande union
de nos nationalités et compromet la sécurité
frontalière. »
Pour Zuo Ting, économiste à l'Université d'agronomie
de Chine, l'OMC n'a pas encore eu pour le moment de véritable
impact. Elle a touché les producteurs de laine, de soja,
de coton et de canne à sucre et a exacerbé des problèmes
déjà existants, en creusant notamment le fossé
entre pauvres et riches.
«La question fondamentale est le fossé entre les zones
urbaine et rurale et l'entrée de la Chine dans le marché
international peut accroître ces problèmes».
En dehors de régions comme le Guangxi, où l'agriculture
est le gagnepain de la majorité de la population, l'OMC
n'a eu que de faibles conséquences.
«Les peuples des minorités ethniques ne connaissent
pas l'OMC» explique Li Xiaoyun, professeur à l'Université
d'agronomie de Chine qui a dirigé les études des affaires
ethniques. «Ils ne connaissent pas les raisons des pertes
économiques dont ils sont victimes. Ce qu'ils savent juste,
c'est qu'ils doivent travailler davantage et passer plus de temps
encore dans les champs. Et tandis qu'ils attendent des conséquences
positives de cette entrée dans l'OMC, ils sont incapables
de trouver de meilleurs emplois jusqu'à ce que davantage
de ressources soit disponibles. »
Lors d'une discussion sur le rapport de la Commission d'Etat pour
les affaires des nationalités, en juin 2004, Andres Liebenthal,
directeur du département de l'environnement et du développement
social de la Banque mondiale a expliqué que si l'entrée
dans l'OMC est globalement bonne pour la Chine, cette stratégie
a forcément produit des gagnants et des perdants».
Aujourd'hui, le challenge de la Chine est donc de trouver un moyen
de redistribuer les gains engendrés par l'OMC en faveur des
perdants.
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Dans
le Guangxi, le travail est dicté par la météo.
Les jours de pluie, les paysans restent chez eux à
moins qu'une urgence ne les contraigne à sortir dehors.
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Bien
que le développement ait atteint le Guangxi, et plus
spécialement sa capitale, Nanning, les vieilles traditions
survivent encore dans les endroits plus reculés. La
charrette tirée par un buffle reste un moyen de transport
toujours populaire pour se rendre d'un village à un
autre.
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