2004.11

Tourisme

Turfan au–dessus et au–dessous du sol

Texte de Nan Xianghong
Photographies de Zhai Kelun



Le passage de plusieurs charrettes d'ânes soulève un nuage de poussière qui voile les ruines de l'ancienne ville de Gaochang.
Construite avant Jésus–Christ, l'ancienne ville de Gaochang située près des montagnes de Feu, à 46 km à l'est de Turfan, est un entremêlas de petites allées et de ruelles. Les murs de la vieille cité sont encore bien préservés et il reste encore des douves. Gaochang a été une ville importante sur la Route de la Soie pendant près de 1 000 ans mais a été incendiée lors d'une guerre au cours du XIVe siècle.

Le bassin de Turfan qui se trouve à 182 km à l'ouest d'Urumqi (capitale de la Région autonome ou?goure du Xinjiang) est l'endroit le plus bas du monde après la Mer morte de Jordanie, localisée à 392 m en dessous du niveau de la mer. Le lac Aydingkol, dont la surface de l'eau se trouve à 155 m en dessous du niveau de la mer, est le point le plus bas de Chine. Le basin de Turfan est également connu comme l'endroit le plus chaud et le plus sec de Chine.
La température s'y élève à 35 ˇăC, au moins 100 jours par an, et la température record a été enregistrée à 49.6 ˇăC (la température maximale enregistrée sur la terre s'est élevée à 83.3 ˇăC le 13 juillet 1975). Depuis de nombreuses années, la moyenne annuelle des précipitations n'est que de 16 mm, ce qui explique le surnom de pôle sec qui est également donné en Chine au bassin de Turfan.
A travers le bassin se trouve un réseau de 1 200 karez (système d'irrigation) totalisant 5 000 km de longueur qui alimente les champs de l'oasis du bassin. Le réseau de karez est l'un des trois plus grands ouvrages de l'ancienne Chine avec la Grande Muraille et le Grand Canal Beijing–Hangzhou.
Turfan est souvent comparé à un oiseau à deux têtes, dont l'une, enfoncée dans le sol, révèle l'histoire de la ville, et l'autre, au–dessus du sol, évolue avec les progrès du bassin. Il existe une histoire sur cet oiseau dans les soutras bouddhistes. Des broderies à l'effigie de l'animal ont été découvertes dans les anciens tombeaux Astana de Tourfan en 1975.

Ferme abritée par la verdure.
Femmes sur le chemin de la mosquée.

Une création de la nature et de l'homme
Outre la chaleur de cette «terre de feu», la nature a doté le bassin de Turfan de montagnes de Feu qui semblent s'embraser lorsque le soleil est au zénith. Peu élevées, elles sont couverte de plis dont la forme évoque des «langues de flammes» de couleur ocre. La chaleur du soleil y est telle qu'il est possible de cuire un œuf sur la roche en 15 minutes. Une courte promenade sur le sable brûlant déforme par ailleurs les semelles des chaussures des randonneurs.
Peu surprenant alors, qu'une histoire ancienne raconte que les officiels locaux de Turfan s'assoient toujours nus dans une baignoire d'eau fraîche pour délibérer sur les affaires en cours.
En été, les portes et les fenêtres des maisons restent closes toute la journée tandis que les familles s'abritent dans les celliers pour échapper à la chaleur. Lorsque la température descend un peu, les gens montent sur le toit des maisons pour dormir à la belle étoile, profitant du vent frais qui souffle de la montagne enneigée Bogda.
En dépit de cela, Turfan est un verger qui produit les raisins les plus parfumés du monde. Les voyageurs qui se rendent au Xinjiang ne manquent jamais de visiter la ville, où ils peuvent s'enivrer de vin servi sous des pergolas tout en appréciant les danses ou?goures.
Dans les endroits un peu plus élevés, on ne trouve pas de maison d'habitation si ce n'est les ruines des anciennes villes de Jiaohe et de Gaochang. De petites bâtisses en forme de nid d'abeilles construites en hauteur avec des mottes de terre servent au séchage des raisins. Le vent chaud et sec qui entre par des trous percés dans le mur transforme les raisins fraîchement cueillis en de délicieux fruit secs.
Les habitants de Turfan ont choisi de vivre près de l'eau et des montagnes ou dans des vallées telles que la ravine des Raisins, la ravine du Bois ou celle de Tuyu. Là, se trouvent de nombreuses habitations typiques qui possèdent chacune une pergola devant la maison et une vigne à l'arrière. Outre leur grain juteux, les vignes apportent un peu de fraîcheur et protègent les habitants du soleil ardent. L'histoire de la culture de la vigne à Turfan remonte à plus de 3 000 ans.
Les reliques découvertes à Turfan révèlent le passé brillant de la ville. Les tombeaux millénaires et les momies bien conservées, le papier jin (premier papier produit en Chine en 348), les premières annotations tirées des Annales et du Soutra Saddharmapundarika, œuvres réalisées entre 695 et 699, nous en disent plus long encore.

La danse et les chants constituent le quotidien des femmes ou?goures.


Une source de vie souterraine
Le réseau souterrain de karez est la source de vie de Tourfan. Aujourd'hui, les experts débattent encore pour savoir s'il vient de l'ancienne Perse, des Plaines centrales de Chine ou s'il a simplement été réalisé par les peuples locaux. Ce qui importe en réalité est que Turfan a été radicalement transformé par l'installation de ce système d'irrigation.
Un karez est un canal souterrain qui conduit les neiges fondues des montagnes Tianshan vers les vignes. A travers le désert de Gobi, se trouvent ainsi de nombreux monticules de terre espacés les uns des autres par un bout de terre et qui s'étendent jusqu'aux montagnes lointaines.
Selon un vieux Ou?gour de 75 ans, rencontré au hasard du périple, la mise en place des karez est un travail manuel particulièrement difficile. Les paysans doivent creuser des puits à un intervalle de 20 ou 30 m et les relier un par un canal souterrain jusqu'à ce qu'ils puissent recevoir de l'eau. Aucune technologie moderne ne peut pourtant effectuer ce travail aussi bien que l'homme assure le vieillard qui creuse des karez depuis 65 ans et poursuit ses explications détaillées sur la manière de réaliser ces canaux. «Il faut allumer une lampe avant de creuser, mais l'espace est très réduit et le manque de largeur ne permet qu'à un seul homme d'y travailler. La terre est remontée au sol à l'aide d'un treuil et entassée autour du puits».
La plus grosse difficulté est de garder le sens de l'orientation à douze mètres de la surface de la terre. Si le karez n'est pas construit dans la bonne direction, les deux puits verticaux ne peuvent y être reliés. L'ouvrier doit garder les yeux fixés sur la lampe à huile qui indique la direction où le canal doit aller. Le manque d'oxygène est particulièrement difficile à supporter et certains ouvriers sont atteints de maladies oculaires.
Selon le vieil homme, maintenir un karez en bon état est tout aussi difficile que d'en construire un car la terre, souple et branlante après l'hiver, a tendance à s'effondrer. Les karez sont drainés à chaque printemps, faute de quoi le réseau serait bouché et les maisons souffriraient les unes après les autres de sécheresse.
Le canal souterrain est un canal d'irrigation faisant couler l'eau encore glacée de la montagne Tianshan vers la maison du vieil homme. L'eau s'écoule lentement entre les peupliers, sous les racines enchevêtrées et les feuilles. La viande, les fruits et les légumes sont conservés près de l'eau tandis que la maîtresse de la maison vient de temps à autre remplir son seau. L'harmonie et la paix règnent partout ici. Le canal, de moins d'un demi–mètre de largeur, fournit de l'eau à plus de 40 vignobles, comme celui du vieillard. Ce dernier cultive plus de 15 sortes de raisin sur un petit terrain de 0,33 hectares qui représente le gagne–pain de la famille.
L'eau permet à la région la plus sèche et la plus chaude de Chine d'avoir un peu de verdure et de cultiver les raisins les plus parfumés qui soient. Elle permet également au habitants de supporter les vents chauds et secs.
Vu du ciel, un réseau de karez semble traverser le désert comme une colonne de fourmis. On estime que la longueur totale du réseau de karez de Turfan excède la longueur du Changjiang (Yangtsé), plus long fleuve de Chine, et celle de la Grande Muraille.

Séchage des raisins.
Le réseau karez qui conduit l'eau des sommets enneigés vers le désert est vital pour le basin de Tourfan.
Etal de viande.