2005.03

Exclusif

 

Des pays sans frontières – La Chine répond à un appel à l'aide désespéré

Texte de Wang Yongqiang



Des images satellite de la rive Nord de Banda Aceh en Indonésie avant et après le tsunami. L'image de gauche a été prise le 23 juin 2004. L'autre, prise le 28 décembre, représente les zones inondées et les bâtiments détruits.

Au petit matin du 26 décembre 2004, après qu'un tremblement de terre atteignant une magnitude 9 sur l'échelle de Richter a coûté la vie à près de 250 000 personnes, les lumières de Zhongnanhai, siège du Comité central du Parti communiste chinois et du Conseil des affaires d'Etat, n'étaient pas encore éteintes. La Chine se préparait à développer la plus grosse campagne de secours internationale de son histoire.
L'aide a officiellement débuté lorsque le président Hu Jintao s'est mis en relation avec les dirigeants de l'Inde, de l'Indonésie, du Sri Lanka, du Bangladesh, des Maldives, de la Tha?lande, de la Malaisie et du Myanmar. Au nom de la Chine, du peuple chinois et de lui–même, le président a exprimé sa sincère sympathie ainsi que ses profondes condoléances tout en informant que les préparatifs d'une aide d'une ampleur sans précédent étaient déjà bien avancés.
Dans un communiqué officiel, le président Hu a indiqué que «Chaque citoyen chinois est concerné par le drame des pays et des habitants touchés par la catastrophe. Nous partageons votre souffrance d'avoir perdu vos proches, vos amis et vos compatriotes. Nous continuerons à faire de notre mieux pour vous aider en matière de secours et de reconstruction». Puis a ajouté : « Le peuple chinois, les peuples des autres pays de la région et ceux du monde entier sont prêts à vous apporter leur soutien dans ces temps difficiles »
Les citoyens chinois, qui ont réalisé plus de 280 millions de RMB de dons privés, se sont fait l'écho de leurs dirigeants. Les célébrations de la nouvelle année ont été mises en sourdine. L'atmosphère de fête régnant traditionnellement sur la place Tian'anmen à cette date a fait place à une foule sans entrain.
Dans une ampleur sans précédent, les Chinois ont rassemblé moyens humains, matériel et argent dans des initiatives aussi bien gouvernementales que privées. La Société de la Croix–Rouge de Chine a été submergée par les propositions de volontariat et de dons avec plus de 1 000 appels téléphoniques par jour sur ses lignes spéciales Tsunami. Les employés des entreprises pharmaceutiques ont quant à eux effectué de nombreuses heures supplémentaires afin d'augmenter la production des vaccins les plus urgents. Les journaux et sites Internet ont publié des informations relatives aux dons en première page.

Le 5 janvier 2005 : les écoliers du primaire de la ville de Quanzhou de la province du Fujian prennent activement part à l'effort de don ayant suivi le tsunami.
Le 1er janvier 2005, Taipei : des pratiquants bouddhistes taiwanais prient pour les victimes du tsunami lors d'une cérémonie religieuse.
Shanghai : les Shangha?ens très attentifs à la situation sur la zone sinistrée.

Pendant ce temps, le gouvernement chinois entreprenait déjà de distribuer une aide qui pourrait atteindre plus de 80 millions d'USD. Les ministères concernés, comme celui des Affaires étrangères, ont alors mis en place un système de réponse d'urgence et établi un comité de pilotage chargé de contrôler de près le travail sur le terrain et de distribuer l'aide supplémentaire suivant l'évolution de la situation sur le terrain.
Le 28 décembre, l'aide alimentaire arrivait directement des centres de production à l'aéroport de Beijing. Le 29 décembre à 9h25, le premier avion affrété par la Chine, transportant cette aide alimentaire ainsi qu'une partie des 100 tonnes de matériel de secours, atterrissait au Sri Lanka et était ainsi le premier vol international transportant des secours à arriver au Sri Lanka. Lorsque l'équipage a commencé à décharger l'aide alimentaire et que la population à bout de force a réalisé combien ces aliments avaient été rapidement produits et transportés, certains se sont littéralement effondrés en larmes.
Le 3 janvier 2005 à 18 h, un second vol transportant à son bord 70 tonnes de nourriture et de matériel décollait de l'aéroport de Beijing à destination de Colombo au Sri Lanka. Le 4 janvier, un autre vol quittait Tianjin à destination de la Tha?lande.
L'avion du Premier Ministre Wen Jiabao a également participé à l'effort. A l'occasion de son voyage pour assister à la réunion spéciale des dirigeants de l'ASEAN relative aux conséquences du Tsunami à Jakarta en Indonésie, le Premier Ministre a ordonné à l équipage et à son personnel de réduire au maximum leurs bagages pour pouvoir transporter de l'aide d'urgence. Plus de 16 tonnes d'équipements et de matériel ont ainsi pu faire le voyage en plus de la délégation officielle et de l'équipage.
Dix jours après la catastrophe, quelques 60 millions de RMB de matériel avaient déjà été délivrés aux pays les plus touchés.
Le gouvernement a également envoyé des équipes chargées de l'évaluation de la catastrophe et des équipes médicales en Indonésie et au Sri Lanka. Des experts en test ADN ont été envoyés en Tha?lande et quatre experts du contrôle des maladies ont été affectés à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les dirigeants de l'Etat et les officiels de haut rang ont, non seulement assumé leurs responsabilités officielles, mais également contribué de manière personnelle. Ainsi, le Premier Ministre Wen Jiabao, après avoir déclaré une aide supplémentaire de 500 millions de RMB au nom de la Chine et de son peuple, a personnellement réalisé un don de 2 000 RMB. Les dons personnels des employés du Comité central du parti communiste et du Conseil des affaires d'Etat ont également afflué.

La rue Huaihai au centre–ville de Shanghai: Les passants font des dons généreux.

Plus poignant encore, les dons individuels de citoyens de toutes les classes sociales et de toutes les provinces sont arrivés par milliers. Les organisations religieuses ont tenu des offices pour collecter des fonds. Même les handicapés se sont déplacés jusqu'aux centres de dons alors que les malades du cancer offraient eux aussi leurs économies. L'argent a été déposé dans des urnes au coin des rues, sur les campus universitaires, dans les magasins, les restaurants et les monastères du pays.
Les paysans du village Huangcheng Xiangfu situé dans la province du Shanxi ont donné 500 000 RMB. Pour Zhang Jiasheng, chef du village, «Nos vies sont devenues meilleures. Nous devons tendre la main pour aider les peuples touchés par la catastrophe».
Jiang Yiman, Vice–Président de la Société de la Croix–Rouge de Chine, a signalé que si le peuple chinois avait déjà fait des dons généreux pour des causes internationales comme les famines en Afrique dans les années 80 ou durant les guerres d'Afghanistan et d'Irak, l'effort mené suite au Tsunami est sans précédent.
Lors de la réunion du 31 décembre 2004 avec les représentants des pays sinistrés et des organisations internationales, le Premier Ministre Wen Jiabao a été abordé par Nihal Rodrigo, Ambassadeur du Sri Lanka en Chine. Celui–ci a raconté au Premier Ministre sa rencontre avec deux collégiens chinois qui se sont rendus à l'ambassade du Sri Lanka faire chacun don des 100 RMB offerts par leurs parents pour le Nouvel An plutôt que de faire des visites touristiques.
Liu Xujun, un homme d'âge moyen du district de Yanggu de la province du Shandong n'ayant jamais eu de travail permanent, est allé en train à Beijing pour se rendre à l'un des bureaux de la Croix–Rouge faire don de 200 RMB avant de reprendre un train pour rentrer chez lui.
Le jour du Nouvel An, des bouddhistes du continent chinois et de Taiwan ont tenu un office religieux au temple Lingguang à Beijing durant lequel ils ont récolté 9,9 millions de RMB.
Parmi les nombreux malades qui ont participé aux dons, le groupe de soutien des malades du cancer en phase terminale a collecté 4 000 RMB. «En tant que groupe d'individus souffrant de maladie mortelle, nous avons profondément ressenti la douleur causée par la catastrophe…Et nous avons ressenti l'amour dégagé par la Chine entière. Nous savons tous que nous devons être attentifs à ceux qui ont encore plus besoin de soin et d'amour. » s'est exprimé le directeur du centre, qui souhaite garder l'anonymat.

Zhao Xinyan (à gauche), un médecin de l'équipe de secours chinoise sur la zone de la catastrophe.
Le 30 décembre 2004, Beijing : des membres de l'équipe de recherche et de secours lisent les dernières nouvelles en attendant leur vol pour Aceh en Indonésie.

Le 6 janvier, lors de la Réunion spéciale des dirigeants de l'ASEAN relative aux conséquences du Tsunami, le Premier Ministre Wen a répété que la Chine continuait à aider la reconstruction des zones sinistrées en procurant de nouveaux matériaux et outils nécessaires à la réparation des routes, ponts, écoles, hôpitaux et autres infrastructures.
Le Premier Ministre a ajouté que le secteur des technologies chinois participerait au développement d'un système d'alerte au Tsunami et que les données pertinentes du satellite météorologique chinois Fengyun–2 seront partagées avec les pays de la région. C'est au cours de la réunion de l'ASEAN que le Premier Ministre Wen s'est engagé à attribuer l'équivalent de 83 millions de USD d'aide. «La Chine reste un pays en voie de développement et n'est pas riche. Notre assistance est désintéressée et est maximale par rapport à nos moyens. Les Chinois pensent toujours ce qu'ils disent et nous respecterons nos promesses».
Kofi Annan, Secrétaire général de l'ONU, a annoncé que la communauté internationale était « reconnaissante » au gouvernement chinois pour son aide. « La réponse du gouvernement chinois a été assortie d'une générosité sans précédent du grand public. » Kofi Annan a particulièrement loué l'attitude «d'un garçon de Shenyang de 6 ans qui a fait don de toutes ses économies, celles–ci s'élevant à 22 USD».
Le Président des Maldives Maumoon Abdul Gayoom a déclaré que lorsque son pays traversait des heures difficiles, le peuple chinois «avait été aux côtés de la population des Maldives et avait apporté un soutien et une assistance exceptionnels».

Le 9 janvier 2005 : plus de 100 travailleurs ruraux font des dons sur un chantier de la ville de Sanya dans la province de Hainan.
Le 6 janvier 2006 : Zhao Xinyan, un membre de l'équipe internationale de secours chinoise soigne un enfant fiévreux dans une ville touchée par le tsunami au Sri Lanka.
Aéroport de Banda Aceh : Hou Shike, un médecin de l'équipe de secours internationale chinoise, panse les blessures d'un enfant. Les 16 médecins de l'équipe de secours internationale chinoise sont arrivés à Banda Aceh en Indonésie le 31 décembre 2004.

Pour le Ministre des affaires étrangères du Sri Lanka Lakshman Kadirgamar, la rapidité de l'intervention chinoise incarne « …les profonds sentiments d'amitié du peuple chinois». Selon Rahmah Pramono du Ministère des affaires étrangères de l'Indonésie, «le seul avion officiel à avoir apporté du matériel aux victimes du Tsunami a été celui du Premier Ministre chinois et cela nous a profondément touchés».
D'après Chen Xianyi, directeur du Service d'urgence du Ministère de la Santé publique de Chine, une équipe médicale comptant 189 membres a été mise en place pour apporter de l'aide sur le terrain ainsi qu'un soutien depuis la Chine. Le personnel provenait principalement d'équipes de secours médical du gouvernement et de la Société de la Croix–Rouge de Chine et était principalement bénévole. L'équipe s'occupe des traitements médicaux, du traitement de l'eau potable et également des corps défunts.
Le jour suivant le tsunami, des scientifiques de l'Institut de génome de Beijing dépendant de l'Académie des sciences de Chine ont demandé à être envoyés sur les zones de la catastrophe. Les époux Wang Mingxin et Wang Qian, tous deux médecins à l'Hôpital général de la Police armée de Beijing, ont ainsi offert leurs services. Wang Qian est devenue membre de la première équipe internationale de secours envoyée en Indonésie tandis que Wang Mingxin était envoyé avec la seconde équipe.
Avant son départ, interrogé sur la difficulté de la tâche à accomplir, les privations personnelles et les risques de maladies, Wang Mingxin a simplement répondu : « En tant que médecin, je n'ai pas le choix ».
Pour un médecin, un scientifique ou un laborantin, la plupart des tâches sont éprouvantes —tant physiquement que mentalement — et absolument essentielles. Le 1er janvier, une équipe de cinq experts chinois en génétique est arrivée en Tha?lande. Leur mission : procéder à des tests ADN sur tous les corps non identifiés retrouvés en Tha?lande.
Le 3 janvier, une équipe de recherche sino–singapourienne a été envoyée sur la plage de Banda Aceh en Indonésie, une des zones les plus touchées. La principale tâche de l'équipe : la recherche des corps dans les ruines.
«C'est un travail difficile» explique Yuan Benhang, dirigeant de la partie chinoise de l'équipe. «Cependant, chaque membre de l'équipe pense pouvoir mener la tâche à bien». Yuan explique qu'en raison des odeurs presque insupportables et des tâches difficiles et déprimantes, les membres de son équipe ont été sélectionnés pour leur résistance psychologique et leur expérience. De plus, ajoute–il, ils font leur maximum pour faire preuve de respect envers les défunts et réconforter leurs familles.
D'après le Premier Ministre Wen Jiabao, malgré le travail énorme accompli au lendemain de la catastrophe, la majorité du travail reste à faire. « La reconstruction et la réadaptation suite à la catastrophe sont des tâches ardues, nécessitant un soutien solide et une aide de la communauté internationale». La Chine, conclut–il, est prête à contribuer activement à ces efforts.