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En
vous promenant dans la cour d'un peintre, vous pouvez vous
retrouver soudainement au milieu d'une installation.
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Chaque
peintre de Songzhuang s'enorgueillie d'un studio spacieux.
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La plupart des
peintres maîtrisent les techniques de base et nombreux sont
ceux qui sont allés à l'université. Certains
disposaient d'un travail stable avant de venir s'installer au village.
Yan y a acheté une ferme à cour carrée en 1994,
s'y est installé et y vit heureux depuis.
«A Songzhuang, chacun se trouve face à l'autre»,
explique Yan. «Personne ne se sent inférieur ou supérieur.
Votre travail parle pour vous, pas les autorités».
Exprimant sa satisfaction de vivre dans un village d'artistes, il
ajoute : «Ici, je peux échanger mes points de vue avec
mes camarades peintres et nous pouvons explorer ensemble l'art moderne
et expérimental et ainsi acquérir un sentiment d'appartenance
impossible à obtenir sinon».
Vivre dans son logement spacieux de Songzhuang le protège
du tourbillon d'activité de la vie urbaine et lui permet
de cultiver son tempérament doux. Le mode de vie qu'il a
choisi lui permet d'avoir plus de temps libre pour profiter de la
vie. Il se sent en confiance dans ce lieu paisible et peut dorénavant
se concentrer plus efficacement sur sa peinture.
«C'est une vraie joie que de vivre parmi des amis qui partagent
les mêmes visions, qui peuvent se rassembler au moindre coup
de sifflet» dit Yan.
Pour Da Long, qui est arrivé à Songzhuang il y a trois
ans pour gagner sa vie et réaliser ses envies artistiques,
la vie dans le village n'est pas aussi pratique qu'en ville mais
elle le libère des pressions de la vie urbaine. A Songzhuang,
il a fait l'expérience d'un style de vie qui a disparu dans
les villes et ses souvenirs d'enfance sont revenus.
D'un côté pratique, Da Long estime que quand les artistes
se réunissent, il y a des économies d'échelle
pour le marketing et la promotion et, qu'en conséquence,
plus d'opportunités se présentent. Son espoir est
d'atteindre ses objectifs artistiques tout en poursuivant son rêve
d'enfant.
En plus de l'emplacement géographique et de l'atmosphère
unique, c'est souvent le bas coût de la vie qui attire les
peintres ici. Une maison spacieuse à Songzhuang peut être
louée pour 100 yuans par mois ce qui convient aux peintres
souhaitant disposer d'un revenu stable et attire les peintres qui
veulent s'installer au sein d'une communauté artistique.
Après plusieurs années de dur travail, quelques chanceux
parmi ces artistes villageois sont devenus célèbres
en Chine et à l'international. Ils sont invités dans
des événements artistiques internationaux comme la
Biennale de Venise et leurs travaux sont achetés par des
collectionneurs étrangers. Certains possèdent villas
et voitures, d'autres ont gagné une certaine influence ou
ont vendu toutes leurs pièces. Pourtant même ceux qui
ont le plus de succès restent loin de la richesse et la majorité
des peintres du village restent inconnus et mènent une vie
simple.
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Durant
leur temps libre, les artistes jouent souvent aux cartes ou
font des repas ensemble. Un poulet rôti est servi en
forme de sculpture.
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Les
salons du village sont meublés et décorés
suivant le goût des propriétaires.
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Cet anonymat
leur amène souvent une certaine satisfaction de ce qu'ils
ont accompli plutôt que de la gêne. Ils ont acheté
les maisons abandonnées ou de vieilles écoles pour
en faire leur maison. Ils ont dessiné euxmêmes
ces logements, sont allés chercher des pierres le long des
rivières et les ont posées une par une avec l'aide
des paysans.
En entrant à Songzhuang, vous trouverez que les maisons à
cour carrée sont aménagées différemment
suivant le style et goût de chaque artiste. Ici et là,
on trouve une cuve réparée avec art, des lampestempêtes
audessous du toit, une balançoire emmêlée
dans du liseron et du chèvrefeuille, des barrières
en bambou et des tonnelles d'où pendent de nombreuses calebasses.
Un étang de lotus, un pont en arche, des fleurs et plantes
pouvant pousser librement, tout révèle l'originalité
et le sens esthétique du propriétaire de la cour.
Les salons sont décorés avec des tables carrées
démodées, petites et grandes, cheminées, pianos,
porcelaines, bibelots et sculptures sur pierre. Ces maisons ont
l'air de sortir d'un film mais sont pourtant réelles. Presque
tous les peintres ici ont de larges studios qui les aident à
garder l'esprit ouvert.
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Fumer
a toujours été un thème important du
travail du peintre Yan Yu.
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Pour les peintres
du village, l'environnement campagnard paisible et isolé
les rend non seulement plus proches de la nature mais leur donne
également une indépendance et une distance intellectuelle
qu'ils estiment nécessaires pour ne pas être distraits
de la pratique de leur art.
Le peintre Yan Yu vit dans une grande maison mise en valeur par
une cour spacieuse. D'après lui, sa famille est satisfaite
de sa vie. Ils peuvent profiter du bon air et de légumes
frais sans être coupés de la vie urbaine. Ils expérimentent
le plaisir d'être proches de la terre, proche des plantes
et des animaux, ce qu'ils voient comme de la poésie.
Pour beaucoup des artistes du village, rien n'est plus important
qu'une vie stable, tranquille et sans limite. Ils vivent comme ils
l'aiment parmi leurs amis.
Au printemps, ils plantent des arbres et des fleurs et mettent de
l'ordre dans leurs cours. L'été, ils vont souvent
nager et faire des grillades près de la rivière ou
encore jouer au volley. En automne, ils partagent avec leurs amis
les fruits du jardin. Enfin en hiver, ils partagent un verre autour
du feu ou se réchauffent ensemble au soleil.
Leurs travaux, qui n'obéissent à aucun schéma
particulier, sont par nature même, différents des créations
académiques.
Da Long a créé de nombreuses installations. Son travail
reflète le conflit entre la culture chinoise et la culture
occidentale. Dans un de ses travaux, joueurs d'échecs internationaux
et d'échecs chinois se font face sur le plateau de jeu. Il
utilise une chaise à trois pieds pour représenter
le déséquilibre de l'univers. Il a installé
un violon dans une silhouette de femme sous les traits d'un erhu
(un instrument à deux cordes) sur une plateforme à
motifs de qi pao (traditionnelle robe près du corps fendue
avec une encolure haute). Ces installations ne se sont pas bien
vendues à cause des difficultés de transport mais
Da Long a toujours confiance en son travail. Il a construit sa propre
maison et prévoit de rester au village.
Pendant des années Yan Yu a représenté un fumeur,
cigarette à la bouche. Le fumeur paraît content, enveloppé
dans sa pâle fumée, sans faire attention au monde.
Il est difficile de savoir ce que Yan veut montrer. Estce
une satisfaction muette ou un certain cynisme ? Mais il n'y a pas
de cynisme dans la vie de Yan. Sa femme a un revenu stable et Yan
vend souvent ses peintures. Alors pour eux, la vie au village est
plutôt satisfaisante.
Yan Yu et Da Long ne peuvent pas deviner combien de temps il leur
faudra pour arriver au succès mais ils savent qu'ils en sont
sur le chemin. Pour tous les artistes du village, le plus important
est d'apprécier la vie selon leurs propres critères
tout en continuant individuellement leur pèlerinage artistique.
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