2005.03

Série : A travers le Xinjiang (3)

Le mariage Tadjik — une coutume colorée

Texte et photographies de Wang Lei



Située dans l'ouest de la Chine, la Région autonome ou?goure du Xinjiang était autrefois appelée Xiyu (Région occidentale). Elle a obtenu le statut de province en 1884 puis son autonomie en 1955. Plus grande région autonome de Chine, le Xinjiang couvre plus de 1,6 million de kilomètres carrés pour une population de 17 millions d'habitants. L'année 2005 marque le 50e anniversaire de l'établissement de la région autonome ou?goure du Xinjiang.

Les mariages Tadjiks donnent lieu à des vacances pour le village entier.

En cette matinée un peu spéciale, tandis que les premiers rayons de soleil illuminaient le district autonome Tadjik de Taxkorgan, dans la région autonome ou?goure du Xinjiang, Kamaxia s'était levé de bonne heure pour aider son voisin à préparer le mariage de sa fille. Officier de la police locale du petit village, il connaît la mariée et son époux, professeur d'art dans une école secondaire. Pour les Tadjiks, groupe ethnique habitant la région du plateau du Pamir, le mariage est plus qu'une cérémonie entre famille et amis. Tout comme Kamaxia, nombreux sont ceux qui s'étaient ainsi levés à l'aube pour donner un coup de main aux préparatifs du mariage. En route vers la maison de ses amis, Kamaxia est allé saluer un autre voisin qui avait installé pour l'occasion un four dans sa cour afin de faire bouillir le mouton et préparer le shouzhuafan (plat à base de riz, de mouton et de légumes que l'on mange traditionellement à la main). Les préparatifs pour le banquet commencent de bonne heure car nombreuses sont les bouches à nourrir à l'occasion de cette fête.
Pour les Tadjiks, la célébration d'un mariage dans la communauté donne lieu à des vacances pour tout le monde. Tous les villageois, hommes et femmes, participent aux préparatifs et offrent leurs congratulations aux jeunes époux.

Les femmes jouent généralement du tambours, tandis que les jeunes hommes jouent du nayi (piccolo en os d'aigle).
L'époux accompagne sa femme qui quitte sa maison et ses parents. Remplie de sentiments de joie et de tristesse, la mariée tombe souvent en larme.

Les célébrations nuptiales sont toujours préparées avec soin et enthousiasme. Elles sont une opportunité de faire la fête avec ses voisins et amis, de se revêtir de ses plus beaux atours et de faire preuve de chaleur. Un visiteur assez fortuné pour assister à toute la cérémonie ne manquera pas d'apprécier la paix, l'amitié et la chaleur des Tadjiks.
Un mariage Tadjik réalisé dans les règles de la tradition a toujours lieu après une période de trois jours. Durant les deux premiers jours, les familles des futurs époux accueillent leurs parents et amis, chantant, dansant et dînant dans leurs villages respectifs. Ce n'est que le troisième jour, que le marié se rend chez sa femme.
Les festivités sont centrées autour de la musique et de la danse. Il est ainsi commun de voir les hôtes et leurs invités danser ensemble au son des tambourins et des nayi (piccolo en os d'aigle).

Chaperonnés par les membres les plus âgés de leurs familles respectives, les jeunes mariées reçoivent leurs vœux de bonheur chez la femme.
La voisine de la mariée prépare des plats pour les invités du mariage.

L'apogée de la cérémonie arrive au moment où l'hôte principal jette de la farine sur le couple. Les jeunes mariés s'en répandent eux aussi l'un sur l'autre puis mangent de la viande et du nang (pain croustillant) avec du sel et boivent de l'eau pour symboliser leur union éternelle et le bonheur conjugal.
La mariée Tadjik est vêtue d'un costume ethnique coloré avec des cuissardes et un chapeau fleuri brodé par ses soins. Une écharpe rouge offerte par sa belle–famille couvre sa tête tandis qu'un voile blanc cache son visage.
Son époux porte un chapeau de soie rouge et blanc qui symbolise une vie future heureuse. D'après la tradition Tadjik, la couleur rouge représente le beurre et le blanc, le lait.
Une serviette symbolisant une nouvelle vie
Selon la tradition du mariage Tadjik, le marié reste dans la maison de sa femme la nuit de noce. Le lendemain, le couple quitte la maison sur un cheval qui les conduit vers la maison du marié. L'époux tient les rênes, sa femme installée derrière lui. Le long du chemin, tandis qu'ils passent devant les maisons de leurs amis et membres de leurs familles, le chef de la maison offre un bol de lait mélangé avec du beurre au marié qui est également aspergé de farine.
Lorsqu'ils arrivent à la maison, la belle–mère de la jeune mariée place sur le pas de la porte une serviette que le couple foule avant d'entrer pour symboliser la nouvelle vie qui commence.
Epilogue : toutes ces coutumes existent depuis des générations et sont restées inchangées à une seule exception : aujourd'hui, les couples quittent souvent la maison en voiture et non plus à cheval.

Informations sur les Tadjiks :
D'après le cinquième recensement réalisé en 2000, on dénombre plus de 41 000 membres de l'ethnie Tadjik en Chine. La grande majorité d'entre eux résident dans le district autonome Tadjik de Taxkorgan sur le plateau du Pamir ainsi qu'à Shache, Zepu, Yecheng et Pishan dans le sud du Xinjiang. Les Tadjiks possèdent leur propre langue qui appartient à la branche orientale de l'ancien Perse (peuple indo–européen qui s'était établi en Iran) mais parlent également ou?gour. Les Tadjiks suivent la religion islamique et vivent principalement de l'élevage et de l'agriculture.

Conseils de voyage :
Le plateau du Pamir : surplombant la partie sud du Xinjiang, le Pamir, ou «toit plat» en ancien perse, est une chaîne montagneuse incluant les sommets de l'Hindu Kush, de l'Himalaya, du Karakorum, du Kunlun et de Tianshan. Il abrite également le mont Qogir (8 611 m), le deuxième pic le plus haut du monde, le pic Muztag (7 595 m — connu comme «le père de l'iceberg»), le pic Kongur (7 719 m) et le pic Kongur Tiube (7 595 m). Les sections centrale et sud de l'ancienne route de la soie transitaient autrefois par ce plateau. L'autoroute qui relie Kashgar et le district de Taxkorgan s'étend sur plus de 300 km. Cette route fait également partie de l'autoroute qui relie la Chine au Pakistan.

Comment se rendre à Taxkorgan : les voyageurs sans passeport doivent remplir les formalités de frontières à Kashgar. Des bus quotidiens partent de la station de bus de Kashgar pour Taxkorgan.

Informations complémentaires :
Il est recommandé aux voyageurs souffrant de mal d'altitude de s'équiper en matériel à oxygène.
Les voyageurs ayant l'intention de rentrer en contact avec les Tadjiks doivent s'informer préalablement sur les coutumes principales de cette ethnie, en particulier sur les tabous qui concernent les visiteurs.