2005.03

Arts et culture

Les céramiques de Jingdezhen : un trésor national

Texte de Liu Changbing, conservateur du musée des céramiques de Jingdezhen



Ouvert en 1954, le musée des céramiques de Jingdezhen est devenu l'une des premières institutions du genre en Chine et est resté à ce jour l'attraction culturelle touristique la plus renommée de Jingdezhen, capitale de la porcelaine.
Le musée abrite une grande variété d'expositions de poteries et porcelaines diverses cuites pour la plupart dans des fours à céramiques gouvernementaux durant les dynasties Ming et Qing (1368 — 1911). On compte aussi des pièces rares datant des dynasties Song (960 — 1276), Yuan (1271 — 1368), Ming (1368 — 1644) et Qing (1644 — 1911) dont la majorité sont considérées comme de véritables trésors nationaux. Parmi les collections se trouvent également des pièces artisanales de la République de Chine (1912 — 1949) ainsi que des chefs–d'œuvres réalisés par de célèbres céramistes de l'époque. Le musée est ainsi devenu une vitrine de la culture millénaire de la céramique de Jingdezhen et possède la plus grosse collection de pièces datant du siècle dernier.
La collection totale est divisée en 13 catégories et 250 sous–catégories de céramiques de plus de 2 000 formes et 10 000 motifs ornementaux différents. Parmi elles, 378 pièces ont gagné des prix nationaux, internationaux ou des médailles ministérielles d'or et d'argent et quatre ont remporté le prix national pour le développement de la nouvelle production. Les expositions présentent également des porcelaines offertes jadis comme tribut, ainsi que des pièces venant d'Allemagne, de Grande–Bretagne, du Japon, de Corée du Sud ou des Etats–Unis.

En 2004, le céramiste Cao Ganyuan a démontré ses talents à Aomori, au Japon.
Le céramiste Chen Jun s'est rendu à Osaka, au Japon en 2004 pour y faire une démonstration de ses talents.

Pendant des décennies, le musée a cultivé de nombreux céramistes de talent dont les plus célèbres sont Ning Qinzheng, vice–conservateur du musée et spécialiste en artisanat de la province du Jiangxi, Cao Ganyuan, superviseur académique du musée et président de l'Association des calligraphes de Jingdezhen, Chen Jun, conservateur assistant du musée et spécialiste en artisanat et enfin, Sun Lixin, spécialiste en artisanat, né dans une famille de céramistes, et directeur du centre d'échanges artistiques Wenbo de Jingdezhen. Nombre de leurs œuvres ont reçu des récompenses nationales et internationales et sont très prisées des collectionneurs chinois et étrangers.
Louées en Chine comme à l'étranger, les reliques culturelles et les œuvres d'art détenues par le musée sont apparues ces dernières années dans des expositions en France, au Japon, à Macao et Hongkong. Jingdezhen a fêté en 2004 son millième anniversaire tandis qu'en 2003, le Centre culturel chinois installé à Paris sous la tutelle du Ministère de la culture de Chine organisait une exposition intitulée Splendeur créée par le feu- Exposition des chefs–d'œuvre de porcelaine antiques de Jingdezhen. A l'occasion de cet événement, le président Jacques Chirac s'est exprimé : "En tant qu'essence de la culture chinoise, la porcelaine répand la renommée de la culture chinoise aux quatre coins du monde, et particulièrement en Europe."
L'exposition de céramiques, qui a montré l'héritage de la Chine lors de l'Année de la Chine en France, dans le cadre des années croisées France–Chine, a suscité l'intérêt du public français. L'exposition, avec seulement 60 pièces exposées, a ainsi attiré plus de 10 000 visiteurs.
Les œuvres en porcelaine de Jingdezhen ont soulevé l'intérêt général et participé au développement d'une culture internationale de la céramique. Ainsi, l'industrie de la céramique française a développé des relations privilégiées avec celle de Jingdezhen.

Bouteille en porcelaine mate aux éléments décoratifs représentant la Neige auspicieuse prévoyant une bonne récolte, œuvre de Ning Qinzheng.

De la dynastie Ming au milieu de la dynastie Qing, un grand nombre de porcelaines japonaises ont été réalisées à partir de celles de Jingdezhen, qui étaient déjà largement commercialisées et collectionnées dans le monde entier. A partir de la dynastie Ming, d'innombrables porcelaines de Jingdezhen ont été transportées en Europe par les commerçants portugais via Macao. Hongkong, métropole internationale connue comme la Capitale des collections d'art, compte depuis 100 ans de nombreux collectionneurs de porcelaines de Jingdezhen.
Lors de l'exposition des chefs–d'œuvre de porcelaine antiques de Jingdezhen, le quotidien Le Figaro a qualifié les pièces "de superbes porcelaines chinoises, resplendissant or blanc". Les bijoux détenus par le musée de Jingdezhen en font un palais de l'art qui dévoile une civilisation millénaire de la céramique.

Informations supplémentaires :
Appellation mondialement célèbre depuis le XVe siècle, Jingdezhen a joui de la réputation de son industrie de la céramique. Avant le XVIIIe siècle, la porcelaine n'existait pas encore en Europe. Sous l'influence de Jingdezhen, l'industrie de la céramique a véritablement commencé à se développer en Europe au XIXe siècle. De la fin de la dynastie Ming aux débuts de la dynastie Qing, la Chine a vendu beaucoup de pièces en Europe mais aussi dans le monde entier, grâce à la seule réputation de Jingdezhen. Connue dans certaines régions comme l'or blanc, la porcelaine était prisée des familles aristocratiques ou plus modestes. Les nobles d'Europe et du Japon s'enorgueillissaient de leur collection tandis que les compagnies maritimes se sont enrichies grâce au transport des céramiques de Jingdezhen. Autrefois, certain Européens utilisaient le mot "porcelaine" pour désigner la Chine.

Assiette traditionnelle bleue et blanche représentant La rivière Bian au jour de la Clarté pure, œuvre de Sun Lixin.
La déesse de la Grâce dans une attitude charmeuse, sculpture en porcelaine.
Paysage, jarre en porcelaine.