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Les étrangers en Chine
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Des pierres
solides, une neige moelleuse coup d'il sur une Chine
changeante
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Texte
et photographies de Lowell Bennett
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Perspective
occidentale Observations et commentaires de Lowell Bennett
:
Quelques heures de balades dans Beijing ne suffisent pas à
un occidental pour apprendre des choses sur la culture chinoise,
mais permettent en revanche de se familiariser un peu avec la vie
quotidienne et de ressentir de nombreuses émotions. D'imposantes
structures gouvernementales et idéologiques, des jardins
délicats, d'anciens palais, des centres commerciaux animés,
des districts éclairés comme des nightclubs, pléthore
d'étudiants, d'honnêtes chauffeurs de taxi et de patrons
de bar amicaux, les images viennent trop facilement pêlemêle
pour parler de cette nation. Au cours de sa longue histoire, la
Chine a été conduite par des affaires d'état,
de de géopolitique et d'économie représentant
les briques de la fondation d'une nation moderne.
Mais peutêtre que la vraie grandeur de ce pays est faite
de tout autre chose : les éléments fondamentaux d'une
grande civilisation conçue pas à pas par l'ensemble
de son peuple. Tous sont des acteurs de cette société
qui s'appuie sur le passé, lutte avec son présent
et regarde vers l'avant, tout en supportant le poids de sa culture.
Aujourd'hui la Chine est entrée dans une nouvelle ère
très différente de ce qu'elle a pu connaître
à travers sa longue histoire. Tandis que le gouvernement
étend les horizons de la nation, que les citoyens courent
après la prospérité, que l'industrie s'est
emparée des territoires du commerce global, que les dirigeants
s'efforce de maintenir la paix dans le pays et dans le monde
on dirait que l'on peut trouver un peu de gaieté au lac Houhai
L.B.
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Gardes
en patrouille sur la place Tian'anmen.
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Cité
interdite.
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Je suis arrivé
en Chine au milieu de l'hiver, en bénéficiant de la
désignation officielle plus que généreuse d'expert
étranger ainsi qu'un contrat pour travailler en tant que
correcteur dans cette vénérable publication quinquagénaire
qu'est China Pictorial. L'économie qui se développe
chaque jour davantage, les plats fumants, les Pékinois enthousiastes
,
tout contrastait vraiment avec la première impression que
j'avais de la Chine. Mais la première chose dont je veux
cependant parler est le froid glacial qui venait cisailler mes oreilles
roses de Californien.
Trois semaines après mon arrivée, le pays bénéficiait
d'une semaine de vacances, le bureau était fermé,
une neige digne de cartes postales tombait doucement sur la ville
et j'évitais autant que possible de sortir dehors pour affronter
le froid. Mais, après avoir abandonné les quelques
excuses que je me donnais, je sortis ma veste, pris mon sac à
dos et mis le nez dehors à la découverte de la remarquable
ville de Beijing.
La place
Tian'anmen
A 15 heures environ, je sautais d'un taxi et je réalisais
que je me trouvais au centre de Beijing et centre politique absolu
de toute la Chine. La place Tian'anmen peut apparaître rude,
résolue et austère. L'impression de se tenir là
pour de bon était d'autant plus palpable comptetenu
des conditions climatiques. La neige avait tenu au sol la nuit précédente
et des flocons continuaient leur course folle. Le jour était
froid et gris comme le granit. Sur cette grande esplanade aux dalles
lisses, où la visibilité était limitée
à ce qui se trouvait juste devant moi, je me trouvais plongé
dans le silence du brouillard, le froid de l'hiver et encerclé
par les dalles de la place.
A quelques pas, en face de la place, se trouvent des édifices
imposants : le Palais du peuple, le Musée national de Chine
et le Mémorial de Mao Zedong. Je me sentais dominé
par ces grands buildings gouvernementaux, remplis de culture, d'histoire
et de grands hommes. Cet endroit est témoin des choix historiques,
des décisions qui influent sur le destin du peuple et des
changements des forces de notre planète. C'est également
d'ici que le pays est poussé en avant.
Les gardes de la place Tian'anmen restent immobiles pendant des
heures en plein air comme s'ils représentent la détermination
et la résiliation d'un pays et de ses citoyens. Les jeunes
sentinelles patrouillent et gardent le monument sur lequel qui garde
les empreintes de la guerre, la révolution et le sacrifice.
À certains endroits, les gardes d'honneurs sont rigides,
concentrés, imperturbables dans l'adversité du froid,
du vent et de la neige. Debout devant les drapeaux d'une autre nation
et les imposantes constructions nationales, j'ai perçu une
force étrange émanant de la place Tian'anmen.
Note : Construite en 1651, la place Tian'anmen a été
élargie de six fois sa taille originelle. Plus grande place
actuelle du monde, elle s'étend sur plus de 440 000 m2. Le
bâtiment central de la place est le Monument aux héros
du peuple. Les dalles sont numérotées pour faciliter
le rassemblement des parades.
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Une
ruelle dans le quartier du lac de Houhai.
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Une
rue très calme du quartier de Donghuamen dans le centreville
de Beijing.
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Le parc Zhongshan
En retraite de la place Tian'anmen et après avoir emprunté
l'un des tunnels qui traverse la large avenue Chang'an, j'atteins
un monde très différent. La tranquillité du
parc Zhongshan offre un aperçu de la douceur de la Chine.
Couverts d'un tapis moelleux de neige blanche, le jardin et ses
pavillons sont surplombés par les murs et les tours d'angle
de la Cité interdite. Dans cet environnement si calme, les
éléments naturels et les bâtiments ne peuvent
cacher leurs atours. Ce domaine ne laisse pas de place à
l'ostentation ou à la force. Les chemins enneigés
conduisent à des coins abrités. Un kiosque est comme
replié dans son petit monde gelé, indépendant,
inoffensif, intelligent de design, sans besoin de murs ou de créneaux.
Ici, un jeune enfant, futur empereur, a sans doute grimpé
à tel ou tel cyprès. Puis, des années plus
tard, homme puissant de par son sang, son armée et son pays,
il a dû regarder, souriant, son propre fils grimper à
son tour sur le même arbre. L'ancien cyprès se souvient
peut être d'avoir tendu ses bras à quelques enfants.
Mais dans le froid glacial, de cet aprèsmidi, les arbres
semblent indifférents à l'étranger dans le
brouillard. Derrière eux, les plantes attendent elles aussi
impatiemment l'arrivée du printemps.
Note : Durant la dynastie Liao (916 1125), l'actuel parc
Zhongshan était le site de Xingguosi (Temple de la renaissance
nationale), où les empereurs célébraient les
dieux de la terre et priaient pour obtenir de bonnes récoltes.
Etendu sur 240 000 m2, le parc a été reconstruit en
1914 tel qu'il était en 1420. En 1928, le site a été
renommé Zhongshan, à la mémoire du docteur
Sun Yatsen (également connu en Chine comme Sun Zhongshan),
considéré comme le fondateur de la République
de Chine.
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Elégance
décontractée au parc Zhongshan.
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En
attendant le printemps au parc Zhongshan.
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La Cité
interdite le Palais impérial
En faisant quelques pas vers l'est du parc de Zhongshan, on se retrouve
devant les murs épais et les tours d'angle de la Cité
interdite. Après en avoir franchi la porte, on se retrouve
dans une formidable forteresse entourée de vastes palais
d'une extraordinaire beauté et à l'histoire remarquable.
Le palais impérial des dynasties Ming et Qing est plus connu
des occidentaux sous le nom de Cité interdite. C'est en 1401,
que Zhu Di, second empereur de la dynastie Ming en a ordonné
la construction. Achevé en 1421, l'édifice comprenant
9 000 chambres était sans doute le lieu de vie et de travail
le plus incroyable de tous les temps. 24 empereurs y ont vécu
et gouverné les affaires de l'Etat. C'était autrefois
le domaine privé des empereurs, des intendants, des concubines,
des garnisons et des gardes d'honneur. Les soldats continuent de
veiller sur la vieille cité mais les intrus ne sont aujourd'hui
que de placides étrangers et des citoyens intrigués
armés de leur téléphone portable et de leur
caméra digitale. Il y a 600 ans, sous l'il attentif
des gardes du palais, les enfants de la lignée impériale
couraient dans ses avenues et dans ses cours, riant aux éclats
tandis qu'ils se lançaient leurs boules de neige. Que faisaient
alors mes ancêtres ? Lorsque la famille impériale chinoise
a emménagé pour la première fois dans son somptueux
palais, l'Europe venait de sortir du MoyenÂge et Christophe
Colomb n'avait pas encore traversé l'Atlantique et découvert
son Nouveau Monde.
Note : Le Palais impérial ou Cité Interdite,
avec 50 000 m2 de surface bâtie, occupe plus de 720 000 m2
dans le centre de Beijing. Le dernier empereur à en avoir
occupé les lieux était Pu Yi qui a abdiqué
le 12 février 1912 à l'âge de 6 ans. Dans les
années qui avaient précédé, la dynastie
Qing s'était affaiblie et les affaires nationales chinoises
étaient soumises au dictat mercenaire des puissances occidentales.
Ainsi, le climat était propice à la révolution
et à la fin du régime impérial.
Le quartier de Donghuamen
En sortant du palais par la porte Wumen, en marchant un kilomètre
le long du canal gelé, je suis arrivé dans un quartier
de petites boutiques et de ruelles résidentielles. Surprenant,
de se retrouver dans le centre d'une métropole internationale
et de pouvoir se promener dans une ruelle silencieuse bordée
de part et d'autres d'arbres. En raison du brouillard, il était
étrange de ne voir personne venir, de ne sentir aucune animation,
un silence presque total. Un homme à vélo, âgé
de la cinquantaine, bravait les éléments, pour rentrer
au chaud dans sa maisonnette enveloppée par la brume. La
tranquillité de ce paysage ressemblait à une de ses
vieilles scènes de campagne au petit matin. Pourtant, quelques
pâtés de maison plus loin, après avoir continué
jusqu'à l'intersection suivante, je me retrouvais à
nouveau à Beijing.
La zone commerciale de Donghuamen est comme ses villes en plein
essor, avec leurs buildings de bureaux imposants, leurs centres
commerciaux animés, leurs restaurants innombrables, leurs
boulevards animés par une circulation intense et les piétons
qui, très calmes, et comme méprisant la mort, arrivent
malgré tout à se frayer un passage. Comme beaucoup
d'autres, voire presque tous les occidentaux, ma première
impression en marchant dans les rues de la ville a été
très marquée par ce mélange déconcertant
de véhicules, de bicyclettes et de piétons. S'arrêter
ou même ralentir pour laisser les piétons est une règle
à laquelle se plient rarement les conducteurs. Tirant profit
de leur nombre ou d'un moment opportun, les cyclistes leur laissent
la possibilité de se frayer un chemin. Tout cela semble bizarrement
fonctionner ainsi. Les conducteurs conduisent bien, les piétons
esquivent les voitures avec agilité et le trafic paraît
ainsi le plus naturel et le plus fluide du monde sur une rue nouvellement
goudronnée. Mais pour les occidentaux moins familiers de
Beijing, et peutêtre ceux accoutumés aux boulevards
moins animés comme ceux de Sarasota, de Floride ou de NewYork,
il est conseillé d'attendre de traverser avec les locaux
plutôt que de prendre des risques.
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Le
marché nocturne de Donghuamen dans la zone commerciale
de Wangfujing.
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La zone commerciale
de Wangfujing
Je suis ainsi arrivé dans le marché nocturne en plein
air de Donghuamen. Si je devais acheter une nouvelle veste et mourais
d'une faim de loup, je pouvais satisfaire dans cette rue mes deux
nécessités, en cinq minutes et en quelques pas seulement.
On peut entrer d'abord dans une boutique de vêtements et puis
en sortir pour manger, déguster des brochettes de moutons tout
en sirotant du jus de jujube. En continuant plus loin, je me retrouvais
au Xin Dong An Plaza situé au nord de la rue commerciale de
Wangfujing. L'endroit est essentiellement fréquenté
par les étrangers. Là se trouvent de nombreuses boutiques
ciblant les acheteurs occidentaux. Je décidais donc de quitter
cet endroit.
Après 1,5 km, tandis que je traversais une rue sans fin de
magasins très tendance, de coiffeurs à la mode, de boutiques
de musique et de bistros, j'entendis deux voix féminines venant
de derrière moi et me saluant d'un chaleureux Hello. Récemment
diplômées d'université, les deux jeunes femmes
étaient anxieuses de parler anglais. Après quelques
plaisanteries, j'étais invité à boire du thé.
J'expliquais qu'il était plutôt l'heure de boire un cocktail
et étais prêt à refuser. Je me suis alors rapidement
souvenu que le cocktail du soir n'était pas une pratique courante
en Chine. Je sortis mon plan de Beijing et voulais leur demandais
quelle était la meilleure route pour se rendre à Houhai.
Cette question les a probablement froissées. Avant de se quitter,
elles m'ont brutalement conseillé d'y aller en taxi. J'ai accepté
leur conseil.
Note : Le marché nocturne de Donghuamen, près
de l'hôtel Palace, est pour les occidentaux, l'endroit idéal
où déguster des encas traditionnels chinois tels
que la soupe de thé (chatang), les brochettes de mouton (yangrou
chuan) et les gâteaux de riz glutineux (zhagao).
Le lac Houhai
La nuit était tombée sur les ruelles tortueuses couvertes
de neige qui semblaient comme surréalistes et sorties d'un
autre temps. A peine éclairées par des lanternes rouges,
les façades restaient dans l'ombre, trahie par la lumière
des intérieurs qui s'échappaient des portes ressemblant
à mon idée préconçue d'Américain
du vieux Shanghai. Ce spectacle de nuit est fascinant. Au bout de
la rue, la scène ressemblait à un paysage suisse. Une
myriade de boutiques, de cafés et de clubs sont serrés,
desquels jaillissent les lumières douces. A l'extérieur
les néons lumineux et les vibrations de la musique habillaient
la ruelle, la promenade et le lac gelé. Certains bars semblaient
relativement tranquilles tandis que d'autres crachaient leur tube
de house favoris.
En parcourant quelques mètres, j'eus droit successivement à
du jazz, de la pop américaine, de la techno, de la musique
des années 80, du rock trash européen ainsi que de la
musique classique. J'avais déjà fait plusieurs kilomètres
dans la neige et le froid et étais sur le point de terminer
ma petite expédition. Je traversais un petit pont qui surplombe
le lac quand mon oreille fut attirée par Take five de Dave
Brubeck. L'établissement était chaleureux, récent,
bien décoré, élégamment éclairé
et les propriétaires sympathiques. J'y dégustais donc
un délicieux Martini, sans trop de vermouth, en très
bonne compagnie. Si j'étais allé prendre du thé,
je n'aurais pu me réjouir dans ce bar
Note : Le quartier de Houhai (Lac arrière) comprend
70 petits bars ainsi que plusieurs nightclubs et restaurants donnant
sur le lac. Quand les conditions le permettent, il est possible de
faire du patin à glace sur la surface gelée du lac.
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