2005.04

Tourisme

L'histoire préservée à l'imprimerie des sutras bouddhistes de Dege

Texte de Liu Dianwen



Fabrication de planches.

Dans une région très peu habitée, située à l'ouest de la province du Sichuan, les artisans et gardiens de la maison des Sutras de Dege pratiquent et protègent leurs reliques bouddhistes imprimées à partir de planche de bois sculptées depuis plus de 200 ans.
Le district de Dege, dans les montagnes du département autonome tibétain de Garze, abrite une fabrique d'impression de sutras de plus de 3 000 m2. Du rez–de–chaussée au grenier, 270 000 planches de bois ayant servi à la réalisation de 208 livres sont ici stockées. 200 autres planches sont conservées pour l'impression de Tanka.
Outre les sutras bouddhistes et les arts classiques, les planches servent à la fabrication de dictionnaires, de biographies, d'ouvrages de références divers sur la médecine tibétaine, ainsi que des tomes sur l'astronomie, la littérature, la musique, l'architecture et les beaux–arts. Tous ces documents historiques jouent un rôle important dans la préservation de la culture, de l'histoire et de la religion du Tibet.
Considérée comme l'une des trois plus grandes collections tibétaines, la collection de la maison des Sutras de Dege contient 830 ouvrages classiques encore publiés aujourd'hui à partir des planches de bois. Ici, se trouve également les très rares planches contenant les textes sur Les origines du bouddhisme indien ainsi que Les 8 000 vers bouddhistes, écritures sacrées très importantes. L'art de l'impression à partir de planches de bois sculptées n'est presque plus pratiqué en Chine, mais dans la maison d'impression des sutras de Dege, les techniques xylographiques perdurent. Les caractères et les dessins sont précautionneusement gravés dans le bois qui, recouvert d'encre, est appliqué sur des feuilles de papier fabriqué à partir de fibres de stellera chamaejasme, une plante locale entrant parfois également dans la composition des remèdes. Les pages ainsi imprimées sont séchés à l'ombre avant d'être minutieusement assemblées.

Un travail effectué ici depuis plus de 200 ans.
Une imprimerie en effervescence.

Une seule méthode permettait autrefois de garantir la qualité des impressions. Chaque trait gravé de la planche de bois était rempli de poudre d'or. Plus la gravure était profonde, plus il fallait utiliser de poudre et plus l'artisan était payé. La profondeur des gravures était cependant limitée pour maintenir la qualité et la longévité de la planche.
La plupart des graveurs d'exception venaient du district de Jomda du Tibet, qui se trouvait autrefois sous la juridiction de Dege, où cet art s'est transmis de génération en génération. Les artisans actuels travaillent parfois même le bois avec des outils fabriqués par leurs a?eux. La majorité des vieilles planches de bois est toujours utilisée pour l'impression des sutras bouddhistes mais elles sont limitées dans l'usage à dix volumes de chaque ouvrage par an afin de les préserver. Ces dernières années, l'imprimerie a ainsi commencé à refaire ou à réparer des planches détériorées au fil du temps comme le très rare canon bouddhiste Tripitaka – Kanjur

L'imprimerie de sutras de Dege cachée au milieu des montagnes à 5 000 m d'altitude dans l'ouest du Sichuan.
Des imprimeurs examinant la qualité des planches.

C'est après avoir traversé la montagne rocheuse Chola, à 5 000 m d'altitude, que l'on descend dans le district de Dege, le long de la rivière Jinsha au Sichuan. Considéré comme le centre de la culture tibétaine Khampa, Dege possède une géographie très en relief, faite de profonds canyons, de rivières impétueuses, de hauts arbres et de pâturages verts. C'est au milieu de ce paysage que l'imprimerie a été fondée il y a plus de deux siècles par Chuji Donba Tsering, 42e chef de tribu de Dege et 6e lama couronné. On raconte que sa volonté de protéger les écritures et l'art de son peuple lui est venu un jour alors qu'il écoutait les lamas chanter les textes sacrés. Il concrétisa sa vision en réalisant, en 1729, la construction du palais de Degeba, prédécesseur de l'imprimerie des sutras bouddhistes de Dege. C'est là que furent notamment protégées les fameuses planches d'impression du canon sacré Kanjur.
Après avoir pris le poste de chef de tribu, le fils de Chuji Donba Tsering a continué de collectionner les planches gravées d'ouvrages de disciplines variées. Les chefs de tribu suivants ont aussi grandement contribué à l'agrandissement de l'imprimerie de Dege.
Les ouvrages actuellement imprimés, préservés et exposés sont des œuvres retraçant l'histoire des principales sectes du bouddhisme tibétain. L'inventaire de la collection compte des centaines de sutras honorant les cinq sectes de la religion. La majorité d'entre eux sont extrêmement rares, en particulier la dernière copie des Origines du bouddhisme tibétain, dont l'autre célèbre copie a été perdue en Inde. On dénombre également quelques livres précieux publiés en version bilingue tibétain moderne et sanskrit. En raison de sa riche collection de sutras bouddhistes et de blocs d'impression, son architecture hors pair, sa variété de peintures murales et de sculptures ainsi que sa longue histoire, l'imprimerie de sutras de Dege va certainement bientôt gagner le titre de patrimoine mondial de l'humanité.